La lutte contre l’esclavage : une nouvelle variable électorale et démocratique 

Au Guidimakha, jamais un rendez-vous avec les urnes n’a suscité, de mémoire autant enthousiasme, et de clivages nés tous azimuts dans un contexte de rupture avec les sentiers battus, sur fond de nouveaux enjeux électoraux où  le local est tout aussi important, voire plus déterminant que le niveau macro. 

Ces élections municipales, législatives et régionales du 13 mai 2023, feront date dans l’histoire politique de notre pays. 

En effet, le foisonnement des candidatures, des plus irréductibles,  aux plus iconoclastes reste incontestablement l’un des curseurs d’une société traversé par des débats publics et communautaires,  nouveaux par la façon de poser les problématiques sur des questions existentielle et politique. 

Dès lors, ces consultations électorales impliquent des  changements du paysage politique,  déjà visibles à  travers la sociologie des candidats et des candidatures, au point de contraindre les acteurs  politiques à repenser : discours et  praxis politiques, devenus caducs avec la naissance d’une nouvelle conscience politique dont le crédo est la revendication de l’égalité pour tous au sein d’une même communauté linguistique et culturelle.  

Cette nouvelle situation semble  tourner à l’avantage du pouvoir,  car elle met en opposition et  implique un discours plus critique voire violent  entre les catégories sociales à l’intérieur d’une même communauté,  dont le pacte est rompu par l’élan d’émancipation – une aubaine pour les groupes dits  d’origines serviles – de se soustraire du joug de l’ancien ordre qui les réduit à un statut peu enviable et  quasi exclus de l’exercice du pouvoir.  

Les alliances et deals scellés, depuis des lustres fidèles à des intérêts familiaux, communautaires ou historiques de la société traditionnelle, ont volé en éclat ; à  la faveur de la  prise de conscience de nombreuses masses ou classes sociales astreintes, autrefois au » vote  par vassalité « . 

L’influence du mouvement d’émancipation: Ganbanaxu Fede

Né en France, en  2016, ce mouvement propose un nouveau contrat social de la société Soninké où les hommes naissent libres et égaux en dignité et en droit : en clair, la fin du système des castes et de la stratification sociale. 

Ainsi, ce mouvement révolutionnaire par ses revendications  s’attaque à  l’un des piliers de la société Soninké.  Il sonne la fin des privilèges comme lors de la révolution de 1789 où la noblesse s’était opposée jusqu au dernier soupir aux idées des Lumières pour défendre un « honneur » évanescence  et qui n’avait d’existence et de grandeur  que par le déshonneur et la déshumanisation.  

Ce mouvement a contribué à un éveil des mentalités  qui a engendré une fracture de la société, et même reconfiguration de l’ordre social sur fond d’intérêts divergents.  

Au regard, de la nouvelle sociologie des candidats au Guidimakha, il est indéniable que le  mouvement Ganbanaxu, décrié  par une partie de la communauté Soninké a fait avancer le débat  démocratique et le pluralisme politique. 

Gaye TRAORE , président du mouvement Ganbanaxu Fede est formel : « Ce qui se passe aujourd’hui au Guidimakha et partout en Mauritanie sur la scène politique montre la forte pénétration des idées d’émancipation, de  liberté,  d’égalité et de citoyenneté pour tous  que prône le mouvement Ganbanaxu »

« Le mouvement  a contribué à la prise de conscience citoyenne et républicaine, si bien que  désormais,  les communautés discriminées ne sont plus considérées comme du « cheptel votant » obéissant à une consigne de vote  » a martelé d’un ton ferme et sans la moindre hésitation, le président de Ganbanaxu Fede ».  

Et Gaye TRAORE s’ajouter :  »  Nous n’avons à priori aucune coloration politique.  Nous sommes un mouvement d’abord revendicatif,  apolitique, républicain et pacifique

Cependant tout accord entre  Ganbanaxu et un quelconque parti politique ne peut se nouer que sur la base de la défense des droits et des devoirs des citoyens ».

Nous ne sommes pas contre l’Etat comme certains veulent le faire croire. Nous sommes encore une fois pour l’application des lois pour que la citoyenneté triomphe sur le déterminisme de naissance, c’est tout le sens de Ganbanaxu ».

L’impact du discours d’un autre mouvement à  la fois politique et abolitionniste : IRA 

 L’apport du leader abolitionniste Biram Dah Abeid  a également joué dans ce nouvel intérêt pour la chose politique, avec un bouleversement des configurations traditionnelles.  

Les profils des candidats ont fondamentalement changé. Désormais, il faut compter avec une diversité de candidats assez représentative de la sociologie locale.

Moussa SOUMARE, membre du Bureau Exécutif du RAG (Refondation pour une Action Globale), l’aile politique du mouvement IRA est ferme : « Grâce aux actions corrélatives que les mouvements abolitionnistes mènent depuis  une décennie maintenant, on assiste  à des choix pertinents sur les candidatures aux élections législatives, municipales et régionales ».

Cela est d’autant plus vrai qu’au niveau du Guidimakha, a dit M. SOUMARE, « Ces élections sont marquées par l’avènement d’une jeunesse capable de faire un changement ».

Et d’ajouter que pour une fois «  La coalition de l’Alternance Démocratique a choisi des candidats issus de  milieu Gabanaxu, alors qu’auparavant, les choix des candidats étaient discutés en Assemblée Générale du village et les chefferies traditionnelles imposaient leur veto, souvent au parti au pouvoir ».

M. SOUMARE finit par un constat : « Nous constatons que les autres partis commencent à faire les mêmes choix  en désignant tête des listes des personnes issus de milieux socialement défavorisés. Pour finir, nous dirons que les mouvements abolitionnistes ont contribué au développement du processus démocratique et électoral en République islamique de Mauritanie ; même s’il est difficile de faire accepter cette idée par certains ».

Selon Lô GOURMO, juriste universitaire, avocat, et analyste politique, la montée en puissance des groupes sociaux historiquement défavorisés est un processus naturel mais loin d’être mécanique. 

Pour lui, c’est la fin de la dynamique de marchandage politique. « Désormais, l’électorat s’identifie à des courants politiques porteurs de leurs revendications et aspirations profondes ». 

Et le Professeur Lô d’ajouter : «  tous les partis politiques en Mauritanie (opposition et majorité)   sont conscients de cette nouvelle situation, qui se manifeste par la volonté des groupes marginalisés ou exclus de se repositionner politiquement », citant l’exemple des femmes, des jeunes, et des groupes sociaux  exclus de l’exercice politique, en raison de leur origine sociale etc.

S’agissant des raisons de cette nouvelle configuration, le professeur Lô a dit : « elles sont multiples et de plusieurs ordres. Cependant, on peut effectivement affirmer que le discours de revendications sociales,  porté par  les mouvements d’émancipation a contribué  à  l’émergence d’une nouvelle conscience et culture politiques, caractérisée par la liberté politique des acteurs au niveau communautaire ».  

Qu’en est-il du parti au pouvoir ? 

La dynamique émancipatrice et revendicative d’un nouvel ordre social, plus juste et égalitaire loin du déterminisme de naissance, enclenchée par les organisations et mouvements  plus proches  de la société civile que des politiques jouit d’une forte pénétration au niveau des « masses laborieuses » d’où  son succès.  Ainsi les discours et les appels pressants en faveur d’une redéfinition des profils des représentants de la société, avec la fin du monopole de certaines familles et certains groupes dans  l’exercice politique au détriment de la majorité ont été entendus jusqu’au sommet de l’Etat.

Le  parti El INSAF (parti au pouvoir) a visiblement pris en compte cette nouvelle variable dans le choix de ses candidats. En effet, dans plusieurs localités les candidatures issues de milieux défavorisés ont été préférées à  celles issues de groupes qui  « amènent la danse » depuis plusieurs décennies en raison de leur statut  social  dit de « privilégié » 

    Seyré SIDIBE

OndeInfo 

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