Réunion ad-hoc à Rabat du Groupe d’Experts du bureau sous régional de la CEA

Au deuxième jour de la 41ème réunion du Comité intergouvernemental de hauts fonctionnaires et d’experts pour l’Afrique du Nord (CIHFE-AN), a ouvert sa Réunion du Groupe d’Experts (EGM) sur le thème « Préparation aux transformations futures : Conception de politiques pour des sociétés, économies et écosystèmes résilients ».

Devant les représentants des États membres, organisations internationales, think-tanks et monde académique, le Dr Nassim Oulmane, Directeur du Bureau sous régional, a livré un discours de rupture avec l’ancien modèle de développement.

Remise en cause de l’ordre économique mondial

Il a noté qu’au cours de la période qui a suivi les indépendances, le développement économique s’est traditionnellement appuyé sur une énergie abondante et bon marché, l’essor de la consommation de masse, les économies d’échelle et les chaînes de valeur mondiales. Ce modèle a atteint son apogée au début des années 2000 avec l’hypermondialisation et la fragmentation internationale de la production. Mais, au cours des vingt dernières années, cet ancien ordre économique mondial a été progressivement érodé par une succession de chocs : crise financière mondiale, volatilité des prix du pétrole, pandémies et réorganisation des chaînes d’approvisionnement. Aujourd’hui, l’Afrique du Nord est confrontée à des chocs répétés, persistants et interdépendants liés au changement climatique, aux contraintes sur les ressources, à la fragmentation géoéconomique et aux bouleversements technologiques rapides induits par l’intelligence artificielle. Le chiffre choc sur le climat :Les dommages économiques totaux causés par les catastrophes naturelles liées au climat ont été multipliés par plus de dix depuis les années 1980 et dépassent 150 milliards de dollars par an depuis 2020.Le réchauffement climatique devrait atteindre 2 degrés Celsius autour de 2048. Selon des estimations récentes de la CEA, l’Afrique du Nord pourrait perdre au moins 11% de PIB par habitant pour chaque hausse de température de 1°C, tandis que le reste de l’Afrique pourrait perdre jusqu’à 20% de PIB pour chaque degré supplémentaire. Ces estimations constituent probablement des valeurs minimales, compte tenu du caractère non linéaire des effets économiques.

S’agissant du défi de l’IA et de la fracture numérique, le Dr Oulmane a alerté sur la double face de l’IA : potentiel considérable en agriculture, santé, éducation, finance, mais incertitude majeure sur l’emploi et les écarts de productivité entre pays. Il a donné un chiffre inédit sur l’infrastructure : « L’Afrique du Nord compte aujourd’hui 57 des quelque 296 centres de données recensés en Afrique. Ce chiffre reste toutefois très faible comparé aux quelque 1 670 centres de données en Asie, 3 750 en Europe et 5 338 en Amérique du Nord.» D’où son appel : investissements massifs dans les centres de données et dans les compétences numériques. La nouvelle définition de la résilience : C’est le cœur philosophique du discours, en rupture avec la vision classique : « Se préparer à ces transformations technologiques et écologiques est précisément ce qui nous réunit aujourd’hui. Comment pouvons-nous nous préparer de manière adéquate à ces transformations et aux chocs imprévus qui ne manqueront pas de survenir ? En faisant de la résilience économique, sociale et écologique une priorité. La résilience ne consiste pas simplement à absorber un choc et à revenir à la situation antérieure. Elle est la capacité de faire face aux chocs aigus, de s’adapter à l’évolution des conditions et de se transformer lorsque les trajectoires de développement existantes ne sont plus viables ou durables. Les politiques économiques et les stratégies de développement ne pourront tenir leurs promesses que si la résilience est intégrée dès leur conception, plutôt que d’être ajoutée sous la forme d’interventions une fois la crise déclenchée. Cela suppose de mobiliser des outils tels que la prospective stratégique et l’analyse économique, de renforcer la coopération régionale et de développer des mécanismes de financement durable capables de soutenir les investissements nécessaires à la résilience. » Appel aux décideurs : « C’est pourquoi la CEA continue d’appeler les décideurs publics à considérer la résilience non comme une simple réponse réactive, distincte de la croissance, ni comme un moyen de restaurer le statu quo après une crise, mais comme une dimension centrale de la stratégie de développement elle-même. »

Les travaux de la journée de cette réunion EGM se sont articulé autour de trois sessions : Défis mondiaux, Prospective stratégique et Conception de politiques résilientes. Objectif : examiner des outils de politique publique pour concevoir des politiques plus résilientes, identifier les domaines prioritaires en financement durable, coopération régionale, renforcement des capacités, et formuler des recommandations concrètes. Ces recommandations seront transmises à la plénière du CIHFE le 5 novembre, puis à la 59ème session de la Conférence des ministres africains des finances (COM2027) à Addis-Abeba en mars 2027.

Bakari Gueye/Rabat

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