« Une culture sans infrastructures n’est qu’un vent qui passe. » — Joseph Ki-Zerbo
L’économie numérique, en particulier dans sa dimension marchande (le commerce électronique), repose sur un trépied d’infrastructures fondamentales : des plateformes vitrines (sites web et applications mobiles), un référentiel d’adressage géographique précis, et enfin un système de paiement en ligne fluide et sécurisé. Si l’un de ces pieds manque à l’appel, c’est l’ensemble de l’édifice qui s’effondre.
Alors que la Mauritanie s’apprête à adopter sa Stratégie Nationale du Commerce Électronique, une avancée majeure est en train de se concrétiser : le lancement d’une infrastructure nationale unifiée d’adressage géographique et numérique, conforme aux normes de l’Union Postale Universelle (UPU).
Ce futur référentiel d’adressage permettra de géolocaliser avec précision les parcelles, bâtiments, équipements et points d’intérêt sur tout le territoire national. Les bénéfices dépasseront largement le cadre commercial :
- Accès facilité aux services publics ;
- Optimisation des services postaux et logistiques ;
- Visibilité accrue pour les activités économiques locales ;
- Levée du verrou logistique pour la livraison du e-commerce.
Avec l’avènement de cette cartographie unifiée et l’adoption massive des applications de mobile banking par la population, on pourrait penser que toutes les conditions sont désormais réunies pour voir émerger une économie numérique mauritanienne dynamique et fonctionnelle.
C’est pourtant oublier le dernier goulot d’étranglement : la fragmentation des paiements.
Bien que les applications bancaires locales connaissent un succès populaire indéniable, leur intégration directe au sein des plateformes de commerce électronique s’apparente aujourd’hui à un véritable parcours du combattant pour les développeurs.
En effet, la majorité de ces solutions de paiement ne mettent pas à disposition d’API (Application Programming Interface) standardisées. Une API est une interface logicielle clé qui permet à deux systèmes informatiques différents — ici, un site marchand et une banque — de communiquer facilement et de valider une transaction en temps réel.
Faute d’API ouvertes et harmonisées, intégrer un moyen de paiement sur un site e-commerce impose de développer du sur-mesure pour chaque établissement bancaire. Cette « acrobatie algorithmique » alourdit considérablement les coûts et la complexité technique, décourageant les startups, les commerçants et les développeurs indépendants.
Le Switch National du GIMTEL : la solution fédératrice ?
Pour sortir de cette impasse et démocratiser le paiement en ligne, l’approche la plus cohérente et inclusive réside dans la centralisation via le Switch national du GIMTEL (Groupement Interbancaire de Monétique et de Transactions Électroniques).
À condition que le GIMTEL ouvre ses API aux développeurs et aux acteurs de l’écosystème numérique, les développeurs n’auraient plus à intégrer individuellement chaque application bancaire. Une seule intégration standardisée ouvrirait la porte à l’ensemble du réseau interbancaire national.
La modernisation de l’adressage géographique est une promesse remarquable pour l’avenir de la logistique en Mauritanie. Cependant, sans une simplification radicale de l’intégration des moyens de paiement, les plateformes e-commerce peineront à décoller.
Permettre des transactions fluides, simples et universelles grâce à des API ouvertes n’est pas une simple exigence technique : c’est le véritable chaînon manquant pour l’émergence d’une économie numérique mauritanienne inclusive et transformatrice
Ismail Diop
https://ismaaylajoop.com
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