ÉCOLE EN DIFFICULTÉ : CHERCHER DES SOLUTIONS PLUTÔT QUE DES COUPABLES

Depuis plusieurs années, je constate, comme beaucoup de Mauritaniens, que l’école traverse une période particulièrement difficile.

Ce n’est plus seulement une impression ou un débat de salon : les analyses du secteur éducatif, les rapports de l’UNESCO et de l’UNICEF, ainsi que les résultats des examens nationaux montrent des difficultés réelles, notamment en lecture, en compréhension, en calcul et en maîtrise des langues d’enseignement.

Ce constat existe. Le nier serait une erreur.
Mais à mes yeux, une autre erreur consiste à chercher absolument un responsable unique.

Je ne suis ni enseignant, ni chercheur, ni spécialiste de l’éducation.
Je suis simplement un citoyen mauritanien qui observe, qui échange, qui écoute et qui regarde autour de lui.

À travers mon parcours, mes échanges avec des enseignants, des parents, des responsables associatifs et des jeunes, je constate à la fois les difficultés rencontrées par beaucoup d’élèves, mais aussi leurs capacités, leur envie de réussir et leur potentiel lorsqu’ils sont réellement accompagnés.

Ce que j’observe, c’est que les situations sont très différentes d’un enfant à l’autre.
Certains manquent de confiance, certains ont des difficultés de concentration, certains vivent dans des familles fragilisées par la pauvreté, l’éloignement ou l’instabilité, tandis que d’autres réussissent malgré des conditions parfois très difficiles.

Cela montre bien qu’il n’existe pas une seule explication.

Sur les réseaux sociaux, je vois souvent revenir les mêmes accusations : ce serait la faute des enseignants, des parents, des langues, des réformes, de l’administration, des écrans ou encore de telle ou telle région ou communauté. Pour moi, désigner un coupable unique est une facilité intellectuelle.

La réalité est beaucoup plus complexe.
Les travaux menés sur l’école mauritanienne montrent que les difficultés scolaires résultent de facteurs qui se cumulent : la pauvreté, les inégalités entre villes et campagnes, l’éloignement géographique, les conditions de vie des familles, la malnutrition, le manque d’infrastructures, l’insuffisance de manuels et de matériel pédagogique, la formation et l’encadrement des enseignants, ainsi que les difficultés liées à la langue d’apprentissage.

En Mauritanie, la question des langues est centrale.

L’arabe est la langue principale d’enseignement, tandis que le français est introduit progressivement et reste important pour plusieurs matières scientifiques et pour la poursuite des études.
Or, beaucoup d’élèves rencontrent des difficultés dans l’une ou l’autre de ces langues, ce qui freine leur compréhension des cours et augmente le risque de décrochage.

Il faut donc avoir un débat honnête et serein sur les langues.
Oui, il faut renforcer l’apprentissage de l’arabe, du français et des langues nationales. Oui, il faut mieux préparer les élèves à passer d’une langue à l’autre. Mais dire que l’échec scolaire serait dû à une seule langue, à une seule communauté ou à une seule réforme me semble une conclusion trop rapide.

Les difficultés de l’école mauritanienne ne peuvent pas être réduites à une question identitaire ou communautaire. Elles sont d’abord une question de justice sociale, de moyens, de formation, d’organisation et de continuité des politiques publiques.

Dans ma propre expérience, j’ai souvent constaté que la différence ne se faisait pas uniquement sur l’origine, la région ou la langue d’un enfant, mais surtout sur l’accompagnement, l’encadrement, la volonté d’apprendre et les opportunités qui lui sont données.

Un enfant encouragé, qui trouve des adultes capables de lui transmettre le goût de l’effort et la confiance en lui, peut progresser énormément.
À l’inverse, un enfant laissé sans repères, sans livres, sans suivi et sans perspectives peut rapidement décrocher, quelle que soit son origine.

Je pense aussi que nous devons regarder certaines évolutions de notre société. Beaucoup de jeunes grandissent aujourd’hui dans un environnement où les écrans, les réseaux sociaux et les contenus rapides peuvent rendre plus difficile l’apprentissage de la concentration, de la patience et de l’effort.

Ce n’est pas une critique de leur génération : c’est un constat sur le monde dans lequel ils évoluent.

Mais en Mauritanie, les écrans ne sont pas la principale explication. Pour beaucoup d’enfants, le premier obstacle reste l’accès même à l’école, la distance, le coût indirect de la scolarité, le manque de cantines, de transports, de sanitaires, d’eau, d’électricité ou de salles de classe adaptées.

Pour retrouver une école plus forte, je crois qu’il faut revenir à quelques priorités essentielles :

Renforcer les apprentissages fondamentaux : lire, écrire, comprendre, calculer, argumenter et raisonner.

Garantir une véritable maîtrise de l’arabe, tout en améliorant l’apprentissage du français et la valorisation des langues nationales puular, soninké wolof,

Redonner le goût de l’effort, de la lecture et de la connaissance.

Mieux accompagner les élèves en difficulté dès le primaire, plutôt que d’attendre l’échec au collège ou au lycée.

Former, soutenir et valoriser davantage les enseignants, qui travaillent souvent dans des conditions très difficiles.

Équiper les écoles en manuels, en bibliothèques, en matériel pédagogique et en infrastructures de base.

Aider les familles à jouer pleinement leur rôle, notamment par l’alphabétisation et le soutien à la parentalité.

Lutter contre l’abandon scolaire, particulièrement en milieu rural et chez les filles.

Donner davantage de stabilité, de continuité et d’évaluation aux politiques éducatives.

Je crois aussi beaucoup à la transmission entre générations.
Les adultes ont une responsabilité : transmettre les connaissances, mais aussi les valeurs du respect, de la curiosité, de la persévérance, du travail bien fait et du sens des responsabilités.

Nous ne devons pas opposer les générations, les régions, les communautés ou les langues. Nous devons nous demander collectivement comment donner à chaque enfant mauritanien les meilleures chances de réussir, qu’il vive à Nouakchott, à Nouadhibou, à Kaédi, à Kiffa, à Rosso ou dans une zone rurale éloignée.

Mon constat est simple : notre école traverse une crise sérieuse, mais elle n’est pas condamnée.

Elle a besoin de lucidité, de courage, de moyens et de pragmatisme.

Je préfère un débat fondé sur des faits, sur l’expérience des enseignants et des familles, et sur des solutions concrètes, plutôt qu’un débat alimenté par les peurs, les rivalités ou les accusations.

Le véritable enjeu n’est pas de trouver un coupable.

Le véritable enjeu est de transmettre à nos enfants et petits-enfants les connaissances, les repères et la confiance nécessaires pour construire leur avenir et celui de la Mauritanie.

Abdoulaziz DEME
Le 27 Octobre 2026

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