En marge des travaux de la 41ème réunion du Comité Intergouvernemental de Hauts Fonctionnaires et d’Experts pour l’Afrique du Nord (CIHFE-AN) dont les travaux prennent in aujourd’hui à Rabat, Dr Nassim Oulmane a répondu à nos questions sur les problématiques majeures auxquelles fait face la région.
Dr Nassim Oulmane est Directeur du Bureau sous-régional pour l’Afrique du Nord de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), basé à Rabat, Royaume du Maroc. Il était précédemment Chef de la Section des ressources naturelles, de l’économie verte et bleue, et de la sécurité alimentaire au sein de la
Division du changement climatique, de la sécurité alimentaire et des ressources naturelles de la CEA, basée au siège de l’organisation à Addis-Abeba, en Éthiopie. Il compte plus de 25 ans d’expérience professionnelle dans le monde académique, l’administration nationale, les organisations internationales et le système des Nations Unies. Il a également exercé les fonctions de Directeur par intérim de la Division technologie, changement climatique et gestion des ressources naturelles de la CEA, ainsi que de Directeur par intérim du Bureau sous-régional de la CEA pour l’Afrique du Nord.
Économiste de formation, le Dr Oulmane est spécialisé dans le développement durable, le changement climatique, l’économie verte et bleue, la biodiversité et les marchés du carbone, la gouvernance des ressources naturelles, le commerce international, la transformation économique et les politiques de développement. Ses travaux récents portent sur la promotion de trajectoires de croissance inclusives et résilientes face au climat en Afrique, la gestion durable des ressources naturelles, le renforcement de la gouvernance de l’économie bleue, le développement des marchés
du carbone et de la biodiversité, ainsi que la mobilisation de financements innovants pour le développement durable, notamment la finance climatique, la finance bleue et les instruments de dette durable.
À la CEA, il a joué un rôle de premier plan dans plusieurs initiatives continentales relatives à la finance climatique, à la valorisation du capital naturel, à la dette durable, aux minéraux critiques, au développement de l’économie bleue et à l’intégration régionale. Le Dr Oulmane a également coordonné le Forum régional africain pour le développement durable, principale plateforme continentale d’examen des progrès réalisés dans la mise en œuvre des Objectifs de développement durable et de l’Agenda 2063, ainsi que de préparation de la contribution collective de l’Afrique au Forum politique de haut niveau des Nations Unies sur le développement durable. Dans ce cadre, il a contribué à renforcer la concertation régionale et à accélérer les efforts en faveur du développement durable sur le continent.
Avant de rejoindre la CEA, le Dr Oulmane a occupé des fonctions dans le monde académique, l’administration publique et les institutions internationales, notamment en tant que Coordonnateur du Programme des chaires de l’Organisation mondiale du commerce. Il a enseigné l’économie, le commerce international et les politiques de développement dans des universités en Afrique, en Asie et en Europe.
Le Dr Oulmane est l’auteur et le coauteur de nombreux ouvrages et publications scientifiques. Il conseille régulièrement les gouvernements africains, les organisations régionales et les partenaires internationaux sur les stratégies d’économie bleue, la résilience climatique, les financements innovants, les solutions de dette durable, la gouvernance des océans, la gestion du capital naturel et les trajectoires de développement durable pour les États côtiers et insulaires. Ses travaux visent à articuler transformation économique, durabilité environnementale et inclusion sociale au service des priorités de développement de l’Afrique et de l’agenda plus large du Sud global. Questions:
Le CIHFE se tient cette année sous le thème : « Renforcer les mécanismes de résilience économique pour faire face aux répercussions des chocs mondiaux simultanés en Afrique du Nord ». Quel impact de la guerre au Moyen Orient avec la fermeture du Détroit d’Ormuz et la hausse des prix du pétrole ?
Les pays font face à de nombreuses crises, mais ce qui est en train de changer et qui impacte vraiment beaucoup nos pays, c’est qu’on a de la simultanéité. C’est-à-dire que ces crises arrivent de plus en plus en même temps et les pays sont obligés de faire face aux conséquences de ces crises qui les touchent de manière différenciée, les pays important du pétrole et les pays exportateurs de pétrole vont être impactés différemment. Mais la simultanéité aussi de ces crises rend les réponses à ces crises de plus en plus compliquées. C’est pour cela que l’objectif, c’est de passer d’une logique de réponse à des crises à une logique d’anticipation et d’intégration de cette question de vulnérabilité et de résilience très en amont de la conception des politiques socio-économiques, etc. Ce qui nous permet de moins réagir et d’être dans l’action, dans l’anticipation. Lorsqu’on intègre cela dans nos modèles, dans nos politiques économiques, ça permet de mieux gérer ce type de crise.
L’Afrique du Nord fait face à un réchauffement climatique deux fois plus rapide que la moyenne mondiale, fragilisant profondément ses écosystèmes, ses économies et ses sociétés.
Quelles solutions face à ce problème majeur et quelles sont les caractéristiques des plans d’adaptation climatique en Afrique du Nord ? Y a-t-il un modèle dans la région?
Alors, effectivement, l’Afrique du Nord est très touchée par le changement climatique, mais bien sûr, c’est difficile d’avoir un seul modèle unique nord-africain, parce que la diversité de l’Afrique du Nord fait que on a des zones sahéliennes, des zones côtières avec des climats différents. La zone du Nil, du bassin du Nil est totalement différente des zones sahéliennes, etc. Donc il n’y a pas de modèle unique. Par contre, ce qui est commun, c’est l’importance d’avoir des stratégies d’adaptation qui doivent être intégrées, comme je disais tantôt, dans les politiques économiques. C’est-à-dire que l’adaptation et la gestion du changement climatique ne doivent pas se faire de manière découplée ou déconnectée des politiques économiques. De ce fait, dans la conception des politiques économiques, la dimension adaptation, la dimension résilience doit être intégrée. Donc c’est le modèle qui doit être commun à nos pays. Et bien sûr, il faut savoir mesurer le coût de l’inaction climatique. Qu’est-ce que ça va coûter à notre économie et donc qu’est-ce que ça va coûter à nos citoyens si on n’intègre pas tout de suite et bien en amont le coût de l’inaction climatique. C’est pourquoi il est vraiment très important, et bien sûr, l’accès au financement pour pouvoir soutenir cette adaptation.
Donc accompagner les pays pour mieux accéder au financement climatique. La question de l’insécurité alimentaire également se pose avec acuité.
A propos de l’insécurité alimentaire et agricole : La baisse des rendements agricoles (estimée jusqu’à -20 % pour certaines cultures) pèse lourdement sur l’agriculture pluviale, la production animale et la dépendance aux importations de céréales.
Qu’est ce qui est fait ou envisagé dans ce domaine pour aller vers une agriculture plus résiliente aux changements climatiques ?
Alors bien sûr, comme vous l’avez dit, c’est un défi majeur pour le continent, la question de la sécurité alimentaire. Surtout, beaucoup de pays sont importateurs nets, et donc ont une vulnérabilité assez importante.
Et le fait que l’agriculture est très sensible à la pluie et aux variations pluviales est un défi. Donc, bien sûr, l’eau est centrale là-dedans. Par conséquent, améliorer l’efficacité de l’irrigation est une des premières solutions. Il faut travailler sur comment mieux gérer les ressources hydriques qui baissent. Le stress hydrique est une réalité. On a vu hier les données pour le cas du Maroc, on passait de 2600 hectolitres par an à 600. Ou 2500 à 600 par habitant. C’est énorme la baisse. Donc c’est une réalité qui frappe directement tous nos concitoyens. On doit aussi améliorer les systèmes de prévision météorologique et d’information météorologique. Donc passer à une smart agriculture par rapport à ça pour justement mieux gérer l’irrigation si on a une information beaucoup plus précise. Et là, des outils comme l’intelligence artificielle peuvent mieux aider à avoir des prévisions beaucoup plus fines au niveau local, ce qui va permettre à la fois de gérer, de mieux gérer tous les paramètres.
Qu’en est-il de la menace que constitue la montée du niveau des océans et les risques de submersion marine (le cas de Nouakchott en Mauritanie) ?
Effectivement cette question est bien prise en compte. Et nous sommes conscients de ce problème et nous œuvrons pour la recherche de solutions. La situation de la ville de Nouakchott avec la montée des eaux et les inondations est une réalité. La ville est protégée par le cordon dunaire et il faut travailler sur cela.
Nous aidons les pays à accéder aux financements qui permettent de faire face à tous ces problèmes.
Propos recueillis par Bakari Guèye à Rabat
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