Le chef de l’État a reconduit Mokhtar Ould Djay à la tête du gouvernement. J’en prends acte. En tendant la main au président, je proposais une sortie de crise fondée sur le redressement du pays, la justice, l’apaisement et la réconciliation nationale.
Il avait une occasion historique de rompre avec les pratiques qui ont conduit la Mauritanie dans l’impasse. Il a choisi le statu quo. Il aurait pourtant dû colmprendre que les élites qui gouvernent le pays depuis un peu moins de vingt ans ont eu tout le temps nécessaire pour le réformer.
Elles ont échoué. Pis encore, elles ont exacerbé le mécontentement populaire et aggravé les crises.
Comment pourraient-elles réussir demain là où elles ont échoué hier ?En reconduisant son Premier ministre plutôt qu’en entendant la colère du pays, le chef de l’État a privilégié la continuité au détriment du changement. Cette décision ne répond ni aux interrogations lancinantes soulevées par les affaires récentes ni aux préoccupations pressantes des Mauritaniens, accablés par la vie chère, le chômage, la pauvreté, la corruption et les inégalités.
Elle ne répond pas davantage à la faillite d’un gouvernement dont l’amateurisme, l’incompétence et le clientélisme ont précipité le pays dans une crise multiforme et l’enfoncent, jour après jour, dans la déliquescence.
Elle ne traduit enfin aucune volonté de désamorcer les tensions liées à la persistance d’anachronismes et de lourds passifs historiques, ni de remettre en cause les lois liberticides qui hypothèquent l’avenir du pays et entravent son développement.
Cette décision révèle surtout la fracture grandissante entre un chef de l’État enfermé dans le cercle étroit de sa coterie et les aspirations profondes du peuple mauritanien.
La mobilisation sur les réseaux sociaux, les prises de position de citoyens et de leaders d’opinion, les appels répétés au départ de Mokhtar Ould Djay sont autant de manifestations d’un désaveu massif du Premier ministre et de son équipe.
En passant outre, le président a infligé une véritable claque aux Mauritaniens, y compris à une large partie de sa propre majorité, qui réclamaient un changement.
Il confirme ainsi qu’il s’est retranché dans une tour d’ivoire, coupé des réalités du pays, sourd aux attentes de l’opinion publique et incapable de mesurer l’ampleur du rejet que suscite son gouvernement.
Au-delà du maintien d’un homme, cette décision confirme qu’aucune rupture n’est engagée et que les pratiques à l’origine de la crise ont toutes les chances de perdurer.
De nouveaux visages feront peut-être leur entrée au gouvernement, mais un remaniement ne saurait tenir lieu de changement de cap.
Ce qui fait défaut, c’est une vision, une stratégie cohérente, une véritable volonté de redresser le pays et des élites intègres, compétentes et passionnées, capables de porter un projet de réforme à la hauteur des défis nationaux.Mokhtar Ould Djay porte une responsabilité politique majeure dans la dérive actuelle de l’État. Le maintenir à son poste, c’est prolonger une orientation dont les limites sont désormais manifestes et ignorer délibérément les exigences de changement exprimées par les Mauritaniens.
La Mauritanie a besoin d’un changement profond de gouvernance, d’un État impartial et d’une citoyenneté pleinement égale pour tous. Je demeure, comme toujours, ouvert à tout dialogue sincère, mais je ne confondrai jamais le dialogue avec la légitimation du statu quo.Le redressement du pays ne saurait dépendre de la seule volonté du pouvoir.
Il exige une mobilisation nationale et la construction d’une véritable alternative au service de tous les citoyens.Dans les prochaines semaines, je proposerai un plan de sauvetage national pour sortir le pays de la crise.
J’appellerai également les forces de l’opposition à s’accorder sur une stratégie commune de mobilisation populaire et de conquête démocratique du pouvoir, en vue des échéances électorales de 2028 et 2029.
Il appartient désormais à l’opposition de mesurer pleinement la fracture entre le pouvoir et la population et de faire un choix historique : se ranger du côté du peuple, capitaliser sur le rejet exprimé et le transformer en une mobilisation populaire organisée, capable de faire émerger une alternative démocratique crédible ; ou faire profil bas et continuer d’avaler les couleuvres d’un régime qui méprise ses opposants.
Le temps n’est plus aux arrangements sans lendemain ni aux dialogues qui entretiennent le statu quo. Il est à la mobilisation, à l’organisation et à la conquête démocratique du pouvoir, pour rendre aux Mauritaniens leur souveraineté et leur espoir.
Biram Dah Abeid, 10 Octobre 2026
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