Projet d’exploitation de l’or de Khabou : les défis sécuritaires, environnementaux et logistiques ne doivent pas être relégués au second plan

L’annonce du lancement du projet d’exploitation aurifère de Khabou constitue, à bien des égards, une opportunité majeure pour la Mauritanie.

Si les promesses en matière de croissance économique, de création d’emplois et d’accroissement des recettes publiques suscitent un réel espoir, elles ne doivent pas occulter les nombreux défis que ce projet soulève, notamment en matière de sécurité, de logistique et de protection de l’environnement.

L’exploitation industrielle d’une mine d’or ne se limite pas uniquement à l’extraction du minerai. Elle implique une chaîne logistique complexe et permanente : acheminement d’équipements lourds, transport de carburants, d’explosifs, de réactifs chimiques et de nombreuses autres matières parfois dangereuses, sans oublier l’évacuation de la production.

Pendant toute la durée de vie de la mine, des centaines, voire des milliers de mouvements de véhicules lourds seront nécessaires.Cette réalité conduit naturellement à une question essentielle : la Mauritanie est-elle prête à faire face à un tel défi logistique et sécuritaire ?

L’état actuel de l’axe routier reliant Nouakchott au Guidimakha demeure une préoccupation majeure. Cette route, qui constitue l’artère principale devant supporter une grande partie du trafic lié au projet, souffre de nombreuses dégradations : chaussées détériorées, signalisation inexistante , absence de voies adaptées aux convois exceptionnels et infrastructures de secours limitées, voire inexistantes.

Le seul troncs Nouakchott – Aleg de la route de l’Espoir endeuille presque quotidiennement en raison de tout ce qui est mentionné plus haut. Dans ces conditions, l’augmentation du trafic de poids lourds transportant parfois des substances dangereuses fait naître des inquiétudes légitimes, en raison des multiples risques:* augmentation des accidents de la circulation déjà très fréquents;* déversements accidentels de produits chimiques, avec comme conséquence la pollution des sols et des cours d’eau ;* menaces sur la santé des populations riveraines ;* dégradation accélérée des infrastructures routières existantes déjà mal en point.

Ces préoccupations ne relèvent pas de la spéculation. Plusieurs pays africains ayant développé des projets miniers d’envergure ont dû faire face à des incidents environnementaux et logistiques parfois lourds de conséquences. Ces expériences démontrent qu’un projet minier ne peut être considéré comme un succès uniquement en terme de rentabilité économique. Son acceptabilité sociale dépend également de sa capacité à protéger les populations et leur environnement.

À cet égard, les autorités publiques ne peuvent se limiter à la signature des conventions minières, elles doivent également s’assurer que les mesures d’accompagnement sont effectivement mises en œuvre avant même le démarrage de l’exploitation.

Parmi les interrogations qui méritent des réponses publiques on peut noter :* Quel plan de sécurisation du transport des matières dangereuses a été élaboré ?*

La route Nouakchott-Guidimakha fera-t-elle l’objet d’une réhabilitation adaptée aux besoins du projet ?

Les déviations au niveau des zones habitées sur l’axe pourraient prémunir les populations d’accidents forts probables en raison de l’état des routes dans les agglomérations qui sont plus des marchés donc encombrées par les populations, que des voies de circulation. Quels dispositifs d’intervention rapide seront disponibles en cas d’accident majeur ?

Les collectivités locales et les services de protection civile disposent-ils des moyens nécessaires pour faire face à une éventuelle catastrophe industrielle ?

Contrairement au Nord du pays le Sud se caractérise par les cours d’eau dont le fleuve et des terres arables dont la protection et la préservation doivent être garanties.

Les populations concernées seront-elles informées des risques et des mesures de prévention ?

Quels mécanismes indépendants assureront le contrôle du respect des normes environnementales pendant toute la durée du projet ?

Ces interrogations, loin de traduire une opposition au projet, elles participent plutôt d’une démarche de vigilance citoyenne.

Les grands projets structurants doivent être synonymes de progrès partagé et non de nouvelles sources de vulnérabilité.

Par ailleurs, l’entreprise chargée de l’exploitation devra démontrer son engagement à respecter les normes internationales en matière de sécurité industrielle, de protection de l’environnement et de responsabilité sociétale.

Les autorités mauritaniennes auront, quant à elles, la responsabilité d’exercer un contrôle permanent, rigoureux et indépendant sur le respect de ces obligations.

La transparence constitue également un impératif. Les citoyens ont le droit d’être informés des engagements pris par les différentes parties, des études d’impact réalisées, des plans de gestion des risques ainsi que des mécanismes de suivi mis en place.

L’exploitation de cette mine d’or de Khabou peut constituer une belle opportunité pour la Mauritanie, à condition qu’elle s’accompagne d’une politique exemplaire de prévention des risques, de protection des populations et de préservation de l’environnement.

Le véritable développement ne consiste pas uniquement à extraire des richesses du sous-sol. Il consiste aussi à garantir que ces richesses ne se construisent jamais au détriment de la vie humaine, de la sécurité des citoyens et du patrimoine naturel que nous avons le devoir de transmettre aux générations futures.

Bakary Seta Wagué Ancien Responsable National de la Logistique de Bulk Mining Explosives -BME-Mauritanie.

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