Le gouvernement met en avant la construction de 3 700 kilomètres de routes goudronnées comme l’une des réalisations majeures de son bilan.
Un chiffre important, certes. Mais l’évaluation d’une politique routière ne peut se limiter au nombre de kilomètres inaugurés. Elle doit aussi prendre en compte l’état des infrastructures, leur entretien et leur capacité à rester durablement au service des populations.À cet égard, la situation de la route Nouakchott–Nouadhibou interpelle.Véritable artère économique du pays, cet axe relie les deux principales villes mauritaniennes et joue un rôle essentiel dans le transport des marchandises, les échanges commerciaux, l’approvisionnement des marchés et la mobilité des citoyens.En cette période de vacances et de forte circulation, cette route revêt également une dimension touristique majeure.
Elle constitue l’un des principaux accès au littoral nord, au Banc d’Arguin et à plusieurs sites naturels qui attirent chaque année des Mauritaniens comme des visiteurs étrangers. Son bon état de fonctionnement dépasse donc largement la question du simple déplacement : il touche directement au tourisme, au commerce et à l’économie locale.Or, aujourd’hui, le sable gagne du terrain.
Et par endroits, il suffit à rendre la circulation difficile, voire à interrompre le passage.Cette situation pose une question simple : à quoi servent les kilomètres de routes construits si certaines des infrastructures les plus stratégiques du pays ne sont pas suffisamment entretenues pour rester praticables ?Construire une route est une réalisation.
La protéger contre l’ensablement, l’entretenir et garantir sa praticabilité en permanence constituent une autre responsabilité, tout aussi importante.Le problème est d’autant plus préoccupant que l’ensablement de cet axe n’est ni nouveau ni imprévisible.
Dans un pays sahélien et désertique comme la Mauritanie, l’entretien des routes confrontées au déplacement des dunes devrait être considéré comme une priorité permanente, et non comme une intervention ponctuelle.
Il est également regrettable que toute remarque critique sur l’état des infrastructures soit parfois perçue comme une attaque contre le pouvoir ou contre le pays. Signaler une route bloquée ne signifie pas nier les réalisations nationales.
C’est, au contraire, attirer l’attention sur un problème qui concerne directement les citoyens, les transporteurs, les commerçants et l’économie nationale.À force de défendre les chiffres sans regarder la réalité du terrain, certains soutiens du pouvoir prennent le risque de confondre communication et bilan, applaudissements et satisfaction des citoyens.Un gouvernement doit naturellement être jugé sur ce qu’il construit. Mais il doit l’être tout autant sur sa capacité à entretenir, protéger et pérenniser ses réalisations.Car une route n’est pas une inauguration, encore moins une statistique. C’est une infrastructure qui doit rester ouverte, sûre et fonctionnelle.Et le sable, lui, ne lit pas les communiqués. Il ne regarde pas les chiffres. Il ne participe pas aux applaudissements.Il avance. Et lorsqu’on ne l’arrête pas, il recouvre les routes.Yedaly Fall
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