Par Zakaria THIAM

La Mauritanie connaît depuis quelques années une évolution encourageante vers davantage de transparence dans la gestion publique. Cette dynamique accompagne les transformations de l’administration, les réformes institutionnelles et l’amélioration progressive des équilibres économiques et sociaux. Dans ce processus, le numérique apparaît comme un levier majeur améliorer les services publics, renforcer la redevabilité dans la gestion des affaires publiques et rapprocher l’État des citoyens comme l’a vivement exprimé le Président de la République à travers son discours historique prononcé le lundi 20 octobre 2025 devant les élèves sortants de l’ENAJM.
La période 2019-2026 constitue, à cet égard, une séquence importante. Les autorités mettent en avant les progrès réalisés en matière de stabilisation macroéconomique, de réduction de la dette, de développement des infrastructures, de protection sociale et d’accompagnement de la jeunesse. Ces avancées doivent toutefois être appréciées à la lumière des défis persistants liés à la pauvreté, à l’emploi, à l’égalité d’accès aux opportunités et à la confiance dans les institutions.
Selon les chiffres avancés par le Président de la République lors de sa conférence de presse du 24 juillet 2026, la dette publique, qui représentait en 2019 entre 79 % et 91 % du PIB, selon le périmètre retenu, se situerait désormais autour de 40 à 45 % du PIB. Les données du FMI vont dans le même sens, avec une dette estimée à 39,2 % du PIB en 2025. Le déficit budgétaire serait par ailleurs inférieur à 1 % du PIB. Cette amélioration des équilibres macroéconomiques constitue un acquis important, notamment après les chocs successifs de la pandémie de Covid-19, de la guerre en Ukraine, des tensions inflationnistes et des crises régionales.
Cependant, la stabilité macroéconomique ne suffit pas à elle seule à établir une véritable culture de transparence. Celle-ci suppose que les citoyens puissent accéder à l’information publique, comprendre les décisions, suivre l’utilisation des ressources et disposer de mécanismes de contrôle et de recours efficaces. C’est précisément dans ce domaine que la transformation numérique peut jouer un rôle déterminant.
La digitalisation comme outil de redevabilité
La transformation numérique de l’administration ne doit pas être considérée comme une simple modernisation technique. La dématérialisation des procédures peut réduire les contacts directs, limiter les interventions discrétionnaires, conserver des traces des opérations et faciliter le suivi des dossiers. Elle contribue ainsi à réduire les risques de favoritisme, de traitement différencié ou d’intervention informelle.
Les récents concours organisés par les pouvoirs publics viennent confirmer cette transparence reconnue par la quasi-totalité des citoyens.
La véritable valeur du numérique réside toutefois dans sa capacité à rendre l’action publique plus accessible et plus vérifiable. Une administration qui publie ses procédures, ses délais, ses décisions, ses données budgétaires et les résultats de ses programmes devient plus lisible pour les citoyens et plus facilement contrôlable.
La transparence numérique devrait donc reposer sur trois principes essentiels : l’accès à l’information, la traçabilité des décisions et le contrôle des résultats.
Protection sociale : de la dépense à la transparence des résultats
La protection sociale constitue un autre domaine dans lequel le numérique a renforcé en Mauritanie la confiance. Selon les données tirées de plusieurs sources, le taux de pauvreté serait passé de 27 % en 2024 à 25,2 % en 2025, soit environ 55 000 personnes sorties de la pauvreté en une année, selon l’estimation de la Banque mondiale.
Parallèlement, les programmes sociaux ont connu une forte progression. En juin 2026, la Délégation générale TAAZOUR avait consacré au total plus de 249 milliards d’anciennes ouguiyas aux programmes de protection sociale, de lutte contre la pauvreté et d’amélioration des conditions de vie des populations vulnérables.
L’importance de ces ressources rend leur traçabilité d’autant plus nécessaire. La digitalisation a permis de mieux identifier les bénéficiaires, réduire les doublons, suivre les transferts, évaluer les programmes et mesurer leur impact. L’enjeu est ainsi de passer d’une communication principalement centrée sur les montants dépensés à une logique de transparence fondée sur les résultats : où les ressources sont-elles utilisées, au bénéfice de qui et avec quels effets ?
Jeunesse, emploi et égalité d’accès
La jeunesse représente également un domaine essentiel pour l’émergence d’une nouvelle culture de transparence. L’importance accordée par le Président de la République à cette frange de la société, a conduit le Gouvernement à mener des campagnes de recrutement ayant permis l’intégration d’environ 8 000 jeunes dans différents secteurs de l’administration, parallèlement au développement de programmes d’appui aux PME, de formation et d’accompagnement.
La numérisation des recrutements, des candidatures et de l’accès aux programmes publics a permis de renforcer l’égalité entre les citoyens. La publication des critères de sélection, des résultats quelques heures après la tenue des concours ont contribué notamment à réduire les soupçons de favoritisme et à restaurer la confiance des jeunes dans les institutions.
Cette transformation doit cependant être inclusive. La dématérialisation ne doit pas créer une nouvelle forme d’exclusion pour les populations ayant un accès limité à Internet ou aux outils numériques. La transparence numérique doit donc nécessairement s’accompagner d’une politique d’inclusion numérique.
Commande publique et secteur minier : deux priorités
La commande publique constitue probablement l’un des domaines où le numérique peut produire les effets les plus immédiats. La généralisation des procédures électroniques, la publication des appels d’offres, des critères de sélection et des résultats d’attribution ont permis d’élargir la concurrence et d’améliorer l’égalité d’accès aux marchés publics.
La transparence doit couvrir l’ensemble du cycle du marché : lancement, soumission, évaluation, attribution, exécution, éventuelles modifications et réception. Une telle traçabilité réduirait l’espace laissé aux interventions informelles et permettrait aux entreprises de mieux connaître les règles du jeu.
Le secteur minier appelle une exigence similaire. L’application rigoureuse du principe « premier venu, premier servi », lorsque les conditions légales et techniques sont réunies, constitue une garantie d’objectivité. Mais cette règle doit être vérifiable. La publication numérique des informations relatives aux demandes, à l’attribution, au renouvellement et au suivi des titres miniers renforcerait la prévisibilité du cadre réglementaire et la confiance des investisseurs comme des citoyens.
Le numérique ne remplace pas l’État de droit
Le numérique ne peut toutefois produire, à lui seul, la transparence. Une plateforme numérique ne garantit pas automatiquement l’impartialité d’une décision et ne saurait remplacer la justice, les institutions de contrôle ou les mécanismes de recours.
La digitalisation n’est véritablement un outil de bonne gouvernance que lorsqu’elle s’inscrit dans un cadre institutionnel solide, fondé sur l’égalité devant la loi, la sécurité juridique, la stabilité des règles et l’application effective des procédures.
Une administration peut être entièrement digitalisée tout en demeurant opaque si les données ne sont pas accessibles, si les critères de décision ne sont pas connus ou si les citoyens ne disposent d’aucun moyen efficace de contestation. Le numérique doit donc être conçu comme un outil au service de l’État de droit, et non comme son substitut.
Vers une nouvelle culture de confiance
Le bilan de la période 2019-2026 met en évidence une Mauritanie qui a renforcé ses équilibres macroéconomiques et développé ses politiques sociales malgré plusieurs chocs extérieurs. La baisse de la dette, la maîtrise du déficit, les investissements dans les infrastructures et l’augmentation des efforts de protection sociale constituent des éléments importants de cette trajectoire.
Ces progrès appellent désormais une exigence accrue de transparence. Plus l’État intervient dans l’économie et les politiques sociales, plus les citoyens doivent pouvoir suivre son action. Plus les investissements publics progressent, plus les procédures d’attribution et d’exécution doivent être accessibles. Plus les programmes sociaux se développent, plus leurs bénéficiaires et leurs résultats doivent pouvoir être évalués.
Le numérique peut favoriser cette évolution en faisant émerger une culture administrative fondée davantage sur la règle que sur la relation personnelle, sur la traçabilité plutôt que sur l’opacité et sur la publication de données vérifiables plutôt que sur la seule communication institutionnelle.
Cette dynamique comporte également une dimension politique. La transparence est une question administrative et technologique, mais aussi une question de confiance dans les institutions. Un dialogue permanent entre les acteurs politiques, économiques et sociaux comme vivement souhaité et recommandé par le Président de la République permet d’anticiper les tensions, de rechercher des compromis sur les grandes réformes et de consolider la confiance. Le numérique peut, dans ce cadre, faciliter l’accès à l’information et favoriser une participation citoyenne mieux informée.
La Mauritanie dispose ainsi de plusieurs conditions favorables à l’émergence d’une nouvelle culture de transparence : transformation numérique progressive de l’administration, amélioration des équilibres macroéconomiques, renforcement des politiques sociales, investissements dans les infrastructures et volonté affichée de moderniser la gestion publique.
Zakaria THIAM
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