Mauritanie : un remaniement dans l’ombre du scandale électrique

Le gouvernement mauritanien a présenté sa démission vendredi 9 octobre, mais le Premier ministre reste en place. Moctar Ould Diay, nommé en août 2024, a remis sa démission au président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, qui l’a presque aussitôt reconduit et chargé de former une nouvelle équipe.

Un rapport qui précipite les choses. La décision intervient moins de 24 heures après la publication du rapport de la commission d’enquête indépendante sur l’incendie de deux postes de transformation électrique. La panne géante avait touché six communes sur neuf à Nouakchott, soit plus d’un million de personnes. Le document met directement en cause l’ancien ministre de l’Énergie, Mohamed Ould Khaled, pour des défaillances de suivi et de contrôle, ainsi que plusieurs responsables du secteur. Il relève aussi des manquements dans l’attribution d’un marché public lié au renforcement des capacités de la Somelec.

La continuité plutôt que la rupture.

En reconduisant son Premier ministre, le chef de l’État envoie un signal de stabilité. Ancien ministre des Finances et ex-directeur général de la SNIM, Ould Diay est considéré comme un proche du président. Le départ des ministres les plus exposés permet de répondre à l’indignation de l’opinion sans modifier l’orientation du pouvoir.

L’opposition réclame des suites judiciaires.

Elle demande des poursuites après les incendies. Un remaniement sans sanctions risquerait d’apparaître comme une réponse cosmétique. La crise survient aussi alors que se préparent des discussions avec l’opposition, ce qui pourrait donner au dialogue un poids politique plus important.

Des défis économiques bien au-delà de l’énergie.

Le premier chantier est la fiabilité du réseau électrique, dont dépendent ménages et entreprises. Les perspectives du pays reposent par ailleurs sur le gaz, notamment le projet Grand Tortue Ahmeyim, développé avec le Sénégal, ainsi que sur les mines et la pêche. Les investisseurs regarderont surtout si la gouvernance des marchés publics s’améliore.

Ce qu’il faut suivre. Trois points diront si ce remaniement change quelque chose: le respect du cahier de charges par le nouveau ministre de l’Énergie, d’éventuelles poursuites contre les responsables, et le calendrier du dialogue avec l’opposition.

Sidi Ahmed Cheine

Le 13 octobre 2026

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