CANDIDATURE DE COUMBA BÂ À LA TÊTE DE LA FRANCOPHONIE : LE SPRINT DIPLOMATIQUE EST ENGAGÉ

Par Mohamed Feily dit Antar

À quelques semaines de l’échéance de Phnom Penh, la Mauritanie joue une carte diplomatique importante. Portée au plus haut niveau de l’État et soutenue par un travail de mobilisation engagé depuis plusieurs mois, la candidature du Dr Coumba Bâ entre dans une phase décisive.Le compte à rebours est lancé.

La candidature du Dr Coumba Bâ au poste de Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) approche d’un rendez-vous déterminant.

Pour la Mauritanie, il ne s’agit pas simplement de présenter une personnalité à une responsabilité internationale. L’enjeu est également diplomatique, institutionnel et symbolique : faire entendre la voix du pays au sein d’une organisation qui rassemble 90 États et gouvernements.

Dans cette dernière ligne droite, une question mérite toute l’attention : comment transformer plusieurs mois d’efforts diplomatiques en soutiens effectifs au moment du vote ?

Une candidature portée au sommet de l’État

Depuis l’annonce officielle de la candidature, les autorités mauritaniennes ont fait de ce dossier une priorité diplomatique.

Le président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, s’est personnellement impliqué dans la démarche. Un comité de pilotage présidé par le Premier ministre a été mis en place, tandis que plusieurs membres du gouvernement ont été chargés de transmettre des messages présidentiels à leurs homologues étrangers afin de présenter la candidature et de solliciter leur soutien.

Le ministère des Affaires étrangères, sous la conduite de Mohamed Salem Ould Merzoug, a également mobilisé le réseau diplomatique mauritanien.

Ambassades, représentations diplomatiques et responsables gouvernementaux ont ainsi contribué à une campagne qui dépasse désormais le cadre d’une simple démarche protocolaire.Cette mobilisation s’est notamment traduite par des déplacements et des consultations dans plusieurs pays.

Du 10 au 16 septembre, la candidate mauritanienne a effectué une visite de travail au Canada, dans le cadre des efforts destinés à consolider les soutiens et à présenter son programme.

L’ensemble de ces initiatives témoigne de l’importance accordée par les autorités à cette candidature.

La Dr Coumba Bâ affronte trois autres candidats : la Rwandaise Louise Mushikiwabo, secrétaire générale sortante, la Congolaise Juliana Lumumba et le Roumain Dacian Cioloș.Chacun dispose d’atouts particuliers. Louise Mushikiwabo peut s’appuyer sur son expérience à la tête de l’organisation depuis 2018 et sur sa connaissance de ses mécanismes. Juliana Lumumba bénéficie du soutien des autorités de la République démocratique du Congo, qui mettent notamment en avant le poids démographique et linguistique de leur pays. Dacian Cioloș dispose, pour sa part, d’une expérience politique et européenne.

La compétition comporte néanmoins des défis distincts pour chaque candidature. Pour la secrétaire générale sortante, la question de la continuité se pose dans un contexte où les attentes de réforme et d’efficacité de l’organisation restent importantes.

Pour la candidate congolaise, l’un des enjeux consiste à fédérer suffisamment de soutiens au-delà de l’appui de son pays.

Le candidat roumain doit, quant à lui, construire une adhésion au sein d’un espace francophone où les équilibres africains occupent une place majeure.

Ces éléments constituent des enjeux de campagne, et non la preuve de faiblesses décisives. En l’absence de données fiables sur les intentions de vote, il serait hasardeux de désigner un favori ou de sous-estimer l’un des concurrents.

La candidature mauritanienne doit donc poursuivre son travail de conviction auprès de l’ensemble des États disposant du droit de vote.

Cinquante-trois voix : chaque soutien compteLe scrutin se jouera entre 53 États et gouvernements disposant du droit de vote. Dans une telle configuration, aucune candidature ne peut raisonnablement considérer les soutiens comme acquis avant le scrutin.

Les relations bilatérales, les échanges diplomatiques, la crédibilité du programme et la capacité à établir des convergences peuvent peser dans les discussions. Le vote à bulletin secret, annoncé dans le cadre de cette élection, ajoute une part d’incertitude : les déclarations de soutien ne permettent pas, à elles seules, de connaître le choix qui sera effectivement exprimé dans l’isoloir.

Pour la Mauritanie, l’enjeu consiste donc à maintenir le dialogue, à multiplier les contacts utiles et à consolider les engagements obtenus.

La candidate dispose d’arguments à faire valoir : son expérience ministérielle et diplomatique, sa connaissance des réalités africaines et francophones, ainsi que sa vision d’une organisation davantage tournée vers la confiance, l’équilibre et les résultats.Son programme met notamment l’accent sur le renforcement du dialogue entre les membres, l’efficacité de l’OIF et une coopération plus concrète au bénéfice des populations.

Reste à faire en sorte que ces propositions trouvent un écho auprès des pays appelés à voter.

Le remaniement ministériel ne doit pas interrompre la dynamique

La récente recomposition gouvernementale ne devrait pas détourner l’attention de cette échéance diplomatique. Un changement dans la composition du gouvernement ne signifie pas nécessairement un changement de priorité nationale.

La campagne a été engagée au nom de l’État mauritanien. Sa continuité doit donc reposer sur les institutions, la diplomatie et les mécanismes de coordination mis en place, indépendamment des mouvements intervenus au sein de l’appareil gouvernemental.

Les nouvelles équipes, comme les responsables qui ont conduit les premières étapes de la campagne, ont intérêt à préserver la cohérence de l’action engagée. Les contacts déjà établis doivent être entretenus, les démarches en cours poursuivies et les soutiens recherchés jusqu’à la dernière étape.Une candidature internationale exige de la constance.

Les dernières semaines ne sont pas le moment de relâcher l’attention, mais celui de vérifier les acquis, de combler les insuffisances et de maintenir le dialogue avec les partenaires.

Continuer à croire en l’issue du processusLa candidature du Dr Coumba Bâ constitue un rendez-vous important pour la diplomatie mauritanienne.

Elle mobilise des ressources politiques et diplomatiques et place le pays au cœur d’une compétition internationale de premier plan.Le résultat dépendra de nombreux facteurs, dont certains échappent à la maîtrise des autorités mauritaniennes. Mais l’incertitude du scrutin ne saurait justifier un ralentissement des efforts.

Continuer à travailler, maintenir la mobilisation et défendre le programme de la candidate : telle est la logique qui doit prévaloir jusqu’au vote.À Phnom Penh, la Mauritanie ne pourra compter que sur les soutiens effectivement réunis. D’ici là, chaque rencontre, chaque échange et chaque engagement vérifiable conserveront leur importance.

Dans cette dernière ligne droite, la constance diplomatique et la continuité de l’engagement national seront déterminantes pour défendre les intérêts de la Mauritanie et donner à sa candidature toutes les possibilités de faire valoir ses arguments.

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