Le document de travail ECA/SRO-NA/ICSOE/41/5 examiné mardi à Rabat à l’ouverture de la 41ème réunion du Comité Intergouvernemental des Hauts Fonctionnaires et d’Experts pour l’Afrique du Nord, au titre du Point 5 de l’ordre du jour dresse un bilan sans concession : l’Afrique du Nord reste la première sous-région africaine pour la réalisation des ODD, mais cale. Les progrès réalisés dans le cadre de l’ODD 17 étaient mitigés. C’est ce qui ressort de la présentation de Wafa Aidi, spécialiste des questions sociales au Bureau Sous-régional de la CEA en Afrique du Nord.
A noter que l’ODD 17 (Objectif de développement durable n° 17) est le dernier des 17 ODD adoptés par les Nations Unies en septembre 2015 dans le cadre de l’Agenda 2030.
Le constat : stagnation et vulnérabilité
Le Score global : 64,8/100 en 2026 est identique à 2025, en léger recul par rapport à 65,2 en 2024. La sous-région n’est pas sur la voie d’atteindre les ODD d’ici 2030.Classement par pays : Maroc (71,7 – 68e mondial), Algérie (71,6 – 70e), Tunisie (71,3 – 72e), Égypte (69,0 – 86e), Mauritanie (57,4 – 137e), Soudan (47,7 – 165e). Libye : données non disponibles.78% des évaluations des 17 ODD montrent des difficultés majeures ou notables. Seuls deux objectifs sont atteints : ODD 10 (inégalités) en Algérie, et ODD 13 (climat) en Mauritanie, Maroc et Soudan.

Les causes : conflits, pression du service de la dette, déficit de financement estimé entre 670 et 848 milliards de dollars par an pour l’Afrique, fragmentation des politiques.
Focus ODD 17 : Partenariats pour la réalisation des objectifs
C’est le cœur du rapport. Le score ODD 17 est passé de 66 à 73 en dix ans (+10%), avec des progrès réels mais inégaux.
La mobilisation des ressources intérieures constitue le talon d’Achille. Ratio impôts/PIB moyen : 12,2% en 2024, sous le seuil de 15% recommandé par l’Engagement de Séville / FMI.
On note des disparités extrêmes : Tunisie 25,26% et Maroc 20,78% en tête, Libye 1,22% et Soudan 1,95% en queue. Algérie 9,35% (forte volatilité liée aux hydrocarbures), Mauritanie 15,30% en forte hausse (9,75% en 2005). Pour les recettes publiques totales / PIB : de 21% en 2000 à 25% en 2026 en moyenne, mais de 4% au Soudan à plus de 68% en Libye.
Le rapport salue les réformes : Maroc (taux d’IS unifiés, réforme TVA, fiscalité locale), Tunisie (facturation électronique, impôt sur la fortune, contributions des grandes entreprises). La CEA appuie depuis 2022 l’Égypte, la Libye et la Mauritanie contre la fraude fiscale et les flux illicites.
S’agissant des ressources extérieures, la stabilité des diasporas IDE : 1,8% du PIB en moyenne en 2025. Mauritanie 5,43% (mines/énergie), Égypte 4,23% (grâce aux réformes), Tunisie 2,04%, Maroc 1,83%.Envois de fonds : 3-4% du PIB en moyenne, plus stables que l’IDE et l’APD, et résilients aux crises. Maroc, Égypte, Tunisie en tête. La CEA a un projet 2024-2028 pour les canaliser vers l’investissement productif.
Concernant la dette, c’est l’alerte rouge. Le service de la dette est passé de 10-13% des exportations entre 2005-2020 à 22% en 2021 et près de 20% en 2024. L’Égypte et la Tunisie enregistrent les plus fortes hausses, l’Algérie reste à des niveaux faibles.
Pour la rubrique science, technologie et commerce Internet fixe : des progrès sont enregistrés mais retard sur les économies avancées. Tunisie 14,97 abonnements/100 hab., Algérie 13,32, Égypte 11,69, Maroc 7,30, Mauritanie 0,95.Utilisateurs Internet : Maroc 91%, Libye 82%, Tunisie/Algérie 77%, Égypte 75%, Mauritanie 46%, Soudan 12%.
Et pour les écotechnologies : Moins de 4 milliards $ d’exportations en 2024 pour toute l’Afrique du Nord, sur un marché mondial de 2 700 milliards. Égypte et Tunisie dominent.
S’agissant des tarifs douaniers : Baisse générale depuis 1990, la plus forte au Maroc. Mais Algérie, Égypte, Mauritanie et Tunisie maintiennent une protection élevée, surtout agricole.
Pour ce qui est des capacités statistiques Indice de performance statistique (sur 100) : Égypte 78, Tunisie 75, Maroc 73 (au-dessus de la moyenne mondiale 64 et africaine 58), Mauritanie 58, Algérie 55, Soudan 42, Libye 35. Six pays sur sept ont une loi statistique conforme aux principes de l’ONU.
11 recommandations du rapport pour accélérer l’ODD 17
Le Bureau propose une approche transformationnelle :a) Élargir l’assiette fiscale et numériser l’administration fiscale
- b) Aligner les dépenses publiques sur santé, éducation, protection sociale ;
- c) Améliorer la soutenabilité de la dette et la transparence ;
- d) Accélérer la ZLECAf au-delà des tarifs : barrières non tarifaires, commerce numérique, chaînes de valeur régionales ;
- e) Mobiliser capitaux privés et financements mixtes innovants ;
- f) Mettre à profit les envois de fonds : réduire les coûts, inclusion financière :
- g) Étendre le haut débit abordable en zones rurales :
- h) Renforcer l’innovation : R&D, incubateurs, partenariats universités-entreprises ;
- i) Renforcer les systèmes statistiques avec métadonnées et modélisation prédictive ;
- j) Approfondir coopération régionale sur planification intégrée et résilience climatique ;
- k) Intégrer les ODD dans la planification et budgétisation nationales.
Le document conclut : des progrès, mais la mobilisation des ressources reste insuffisante. Sans actions coordonnées sur fiscalité, dette, investissement, numérique et données, l’Afrique du Nord manquera l’ODD 17 et, par ricochet, l’ensemble de l’Agenda 2030 et de l’Agenda 2063.
Bakari Gueye/Rabat
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