Mauritanie : derrière le remaniement, un message de fermeté

Par Mohamed Fall Sidatt

Contrairement à beaucoup de mes concitoyens, je n’avais accordé aucune importance à cet énième remaniement gouvernemental. Je n’ attendais rien de bon de ce régime. Mais je refuse de garder le silence, car derrière les apparences d’un changement gouvernemental se dessine une orientation politique lourde de menaces pour l’avenir démocratique de notre pays.

Défaire, …refaire…

Vendredi 9 octobre, le Premier ministre El Moctar Ould Djay a annoncé en direct à la télévision la démission de son gouvernement,. On est tout juste au lendemain de la publication d’un rapport accablant sur les incendies survenus dans les centrales de la SOMELEC. Quelques heures plus tard, il revenait au devant de la scène. Il est chargé de former un nouveau gouvernement, au grand désarroi d’une partie importante de l’opinion publique.

Ce scénario rocambolesque, digne d’un film hollywoodien, ne constitue en rien une réponse convaincante aux révélations du rapport. Il ressemble davantage à une opération de communication destinée à calmer les critiques, sans remettre en cause les choix fondamentaux du pouvoir. Le véritable enjeu n’est donc pas le remaniement lui-même, mais le message qu’il véhicule.

S’agit-il de détourner l’attention de l’opinion publique ? Ou de refermer rapidement une crise devenue embarrassante ? Ou plutôt d’un pas de plus vers un troisième mandat, après les multiples appels à l’amendement de la Constitution et sa prescription presque officielle dans l’agenda du parti au pouvoir, El Insaf ? Quoi qu’il en soit, cette manœuvre relève davantage d’un calcul politique que d’une réelle volonté de répondre à la crise.

Mais le plus préoccupant, à mes yeux, se situe ailleurs : dans l’orientation qui semble se dessiner à travers la nomination d’un nouveau ministre de l’Intérieur et le départ de trois figures importantes de l’appareil gouvernemental, à savoir les ministres de l’Intérieur, de la Défense, ainsi que le secrétaire général du gouvernement.

Ces personnalités incarnaient, chacune à sa manière, un certain équilibre entre différentes sensibilités au sein du pouvoir. Face à elles se dressait une aile dure, favorable à un troisième mandat. Leur départ soulève donc une question essentielle : sommes-nous face à une fuite en avant ? Le pouvoir cherche-t-il désormais à éliminer toute autre alternative ?

Et dans ce remue-ménage gouvernemental, c’est la nomination du nouveau ministre de l’Intérieur qui a particulièrement retenu mon attention. Je l’avais connu lorsqu’il était secrétaire général du ministère de l’Hydraulique : un homme d’une ignorance assumée, presque revendiquée avec fierté. Sa nomination à la tête du ministère de l’Intérieur ne peut avoir d’autre justification que la détermination de Ghazouani à avancer dans son plan diabolique.

C’est à l’opposition démocratique que je souhaite adresser un avertissement particulier.

Le temps de l’attentisme est révolu. Les événements récents doivent être analysés pour ce qu’ils sont : un durcissement de la gouvernance, une réduction de l’espace de contestation et une préparation du terrain à une nouvelle confrontation politique. La classe politique commettrait une grave erreur en considérant les mésaventures de ces derniers jours comme de simples événements sans portée stratégique.

L’appel du président Biram Dah Abeid à élaborer une nouvelle stratégie doit s’articuler sur cette nouvelle donne. Il ne suffit plus de réagir aux décisions du pouvoir au fur et à mesure qu’elles surviennent. Il faut anticiper, construire une vision commune et préparer une réponse politique cohérente.

Cela suppose de dépasser les divisions, de clarifier les objectifs et de faire du respect de la Constitution, des libertés publiques, de l’alternance démocratique et de l’égalité devant la loi des exigences non négociables.

Face à un éventuel durcissement du pouvoir, l’opposition doit opposer une stratégie démocratique, une mobilisation citoyenne responsable et une vigilance institutionnelle constante. Elle ne doit ni sous-estimer les risques, ni céder à la provocation. Son devoir est de défendre les libertés et l’alternance par des moyens pacifiques, politiques et constitutionnels.

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