SÉNÉGAL : LA GESTION DES INSTITUTIONS NE SAURAIT ÊTRE UN JEU DE YOYO AUX ALLURES DE RÈGLEMENTS DE COMPTES

Par Momar Dieng Diop

Les démissions enregistrées ces derniers jours dans certaines sphères de l’État, à la suite du limogeage d’Ousmane Sonko, continuent d’alimenter les débats et les interrogations au sein de l’opinion publique.

Au-delà de leur portée politique, ces départs successifs donnent l’image préoccupante d’un pouvoir traversé par des tensions internes, dans un contexte pourtant marqué par de fortes attentes sociales et économiques.

Pour de nombreux Sénégalais, cette séquence politique intervient au plus mauvais moment. Le pays fait face à des défis majeurs : flambée du coût de la vie, chômage persistant des jeunes, précarité sociale grandissante et immenses attentes autour des réformes annoncées.

Dans un tel climat, les citoyens espéraient voir l’action publique concentrée sur les urgences nationales plutôt que sur des démonstrations de solidarité politique ou des rapports de force internes.

L’alternance avait pourtant suscité un immense espoir. Une large partie de la population croyait à l’avènement d’une gouvernance plus sobre, plus rigoureuse et davantage tournée vers les préoccupations réelles des citoyens.

Les promesses de rupture, de justice sociale et de transformation institutionnelle avaient nourri de profondes attentes, notamment chez les jeunes et les couches les plus vulnérables.

Cependant, plusieurs mois après l’arrivée des nouvelles autorités au pouvoir, un sentiment d’impatience et de désillusion commence à s’installer.

Beaucoup de Sénégalais peinent encore à percevoir les changements annoncés dans leur quotidien. Pendant ce temps, le débat public semble de plus en plus dominé par les tensions internes, les prises de position spectaculaires et les discours à forte charge émotionnelle.

Cette atmosphère est notamment entretenue par la multiplication de slogans et de formules idéologiques à forte portée symbolique, tels que « guide de la révolution », ainsi que par l’usage de termes inappropriés comme « gatsa gatsa » ou encore d’expressions de glorification personnelle telles que « Ousmane muu sell mi ».

Or, l’Histoire notamment à travers l’exemple tragique de la Libye nous rappelle les dangers liés à une personnalisation excessive du pouvoir et les dérives auxquelles elle peut conduire.

Il convient néanmoins de reconnaître à Ousmane Sonko un leadership qui demeure, jusqu’à présent, largement incontestable. Il a traversé de nombreuses épreuves, souvent dans des conditions particulièrement difficiles et parfois injustes, ce qui confère à son parcours un mérite indéniable.

Cependant, tout leadership, aussi fort et légitime soit-il, trouve sa véritable grandeur dans la capacité à faire preuve de discernement, de retenue et de hauteur de vue, afin de préserver l’intérêt supérieur de la Nation ainsi que les équilibres démocratiques indispensables à la stabilité et à la cohésion du pays.Le Sénégal n’a jamais bâti sa stabilité sur le culte d’un homme, mais sur la solidité de ses institutions, la culture du dialogue et le respect de l’équilibre républicain. Les surenchères verbales, les postures de confrontation permanente et les logiques de mobilisation militante fragilisent le climat politique et détournent l’attention des véritables urgences nationales.

Dans une démocratie mature et apaisée, aucune figure politique ne peut se substituer aux institutions de la République.

La légitimité démocratique ne se mesure ni à l’intensité des slogans ni à l’exaltation militante, mais à la capacité de gouverner avec responsabilité, retenue et efficacité. Les Sénégalais attendent des réponses concrètes à leurs difficultés quotidiennes, non des constructions symboliques destinées à entretenir des tensions inutiles.

De plus en plus de voix rappellent ainsi une évidence : le temps de la mobilisation permanente doit désormais céder la place au travail, aux résultats et à une action publique efficace.

Gouverner un pays exige de la hauteur, du sang-froid, de la stabilité et une volonté sincère de rassembler autour des priorités essentielles : l’emploi, le coût de la vie, l’éducation, la santé, la justice sociale et la restauration de la confiance dans les institutions.

Les préoccupations des Sénégalais demeurent profondément concrètes : accéder à un emploi, faire face à la vie chère, améliorer les conditions d’éducation et de santé, restaurer la confiance dans les institutions et offrir des perspectives à une jeunesse en quête d’avenir.

C’est sur ce terrain que les citoyens attendent leurs dirigeants.Le Sénégal a toujours su préserver, malgré les crises, une certaine idée de la stabilité et de la cohésion nationale.

Cet héritage demeure précieux. Aujourd’hui, une grande partie de l’opinion aspire moins aux tensions politiques qu’à une gouvernance apaisée, responsable et pleinement engagée dans la résolution des difficultés quotidiennes des populations.

Plus que jamais, le pays a besoin de sérénité dans le discours public, de maîtrise dans l’exercice du pouvoir et d’une action gouvernementale résolument orientée vers l’intérêt général.Épargnons à notre pays ces zones de turbulences inutiles et préjudiciables à la stabilité nationale. Sauvons notre Sénégal en faisant prévaloir, en toutes circonstances, l’intérêt général au-dessus des intérêts partisans et des querelles de personnes. Car c’est à ce prix que se construisent les nations fortes, unies et respectées.

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