Post-scriptum : cette société où les enfants enfantent des enfants…

Mariage précoce, grossesses extra-conjugales et post-pubertaires, deux phénomènes qui sonnent le glas de la jeunesse de nombreuses filles. Elles sont légion à devoir quitter l’école, donc à renoncer à toute ambition et carrière, lorsque les pièges de la jeunesse les prennent dans leurs mailles ou à chaque fois que le poids des traditions et des coutumes se fait écrasant et les arrache aux délices d’une liberté faite d’insouciance…   Tomber en état de grossesse à 13, 14, 15 ou … 17 ans, c’est se condamner au calvaire d’une maternité difficile à entretenir si on échappe à tous les périls que représente le fait de porter, entretenir et donner la vie dans ses entrailles. Les chiffres sont préoccupants : « chaque jour 20 000 filles de moins de 18 ans donnent naissance à leur premier enfant dans les pays en développement. » souligne le rapport 2013 du FNUAP. En Mauritanie, pays en développement, on évalue à 29% le taux de grossesse chez les jeunes filles de moins de 18 ans. Pays musulman fortement marqué par les us et coutumes de ses différentes communautés, la Mauritanie fait partie des espaces d’Afrique où les jeunes filles sont exposées aux pratiques traditionnelles nuisibles : le gavage, l’excision et l’infibulation sont, entre autres, des moyens de contrôle du corps de la femme pour la préparer au mariage. Le plus souvent ce mariage intervient précocement et expose la jeune adolescente à une série de tortures. Une nuptialité douloureuse prenant la forme de viols permanents et des grossesses et accouchements souvent fatales sont le lot de la plupart de ces enfants sans enfance que la société condamne à donner la vie à d’autres enfants. Et là où il faut parler d’enfant-mère, c’est bien dans une société où malgré les textes fixant la majorité à 18 ou 21 ans, on continue selon une certaine mentalité à soutenir que religieusement parlant dès qu’une fille a 5000 jours de vie, elle devient prête pour le mariage…A cela il faut ajouter un univers moral carcéral impitoyable dans lequel on installe toutes les filles violées et qui n’osent ni dénoncer un proche parent incestueux ni porter plainte contre des délinquants auprès des autorités, de crainte de se faire prendre pour une dévergondée et se retrouver derrière les grilles…Se marier dès ses premières menstrues, voilà ce à quoi beaucoup de filles ont été poussées à rêver. Car avoir 20 ans sans être mariée, c’est être une « mboura » ou une « mboombri thiooydo », ou encore « une khoussou sontonté » selon que l’on est respectivement en milieu maure, peul ou soninké pour désigner une vieille fille. Comme quoi les défis à relever au-delà des ceux liés à la santé restent ces traditions qui enchaînent à double tour de cadenas.

K-Tocka

source: Magazine Le Choix 

Janvier 2014