Il est des hommes dont la disparition dépasse la douleur de leurs proches pour devenir le deuil de toute une nation.
Djibril Zakaria Sall était de ceux-là. Avec son rappel à Dieu, la Mauritanie perd un écrivain pionnier, un haut serviteur de l’État, un intellectuel engagé et l’un des témoins les plus précieux de son histoire contemporaine.
Son parcours illustre une conviction profonde : servir son pays ne se limite pas à l’exercice d’une fonction. C’est aussi préserver sa mémoire, transmettre ses valeurs et éclairer les générations futures. Cette double mission, Djibril Zakaria Sall l’a accomplie tout au long de son existence, avec la même discrétion, la même exigence et le même amour de la Mauritanie.
Commissaire de police respecté, il s’est distingué par son professionnalisme, son intégrité, son sens élevé du devoir et son humanisme.
Dans une profession où l’autorité est constamment mise à l’épreuve, il privilégiait la justice, le dialogue et le respect de la dignité humaine. Ses collègues et tous ceux qui l’ont côtoyé gardent le souvenir d’un homme droit, d’un responsable compétent et d’un serviteur de l’État dont les qualités faisaient l’unanimité.Mais son nom restera surtout attaché à une autre aventure, celle de la naissance de la littérature mauritanienne d’expression française.
À travers ses poèmes et ses récits, Djibril Zakaria Sall a donné une voix à une Mauritanie plurielle, riche de ses cultures, de ses langues et de ses traditions.
Il a raconté les mutations d’une société en construction, les défis du vivre-ensemble, les aspirations de la jeunesse et les valeurs qui fondent notre identité nationale.Son œuvre ne relevait pas seulement de la création littéraire ; elle constituait un véritable travail de mémoire.
En écrivant son pays, il en préservait l’histoire, en révélait les réalités et offrait aux générations futures des clés pour mieux comprendre leur identité et leur destin commun.
La postérité lui a déjà rendu l’un des plus beaux hommages qu’un écrivain puisse recevoir : son œuvre est entrée dans l’espace universitaire.
Le Professeur Mbouh Seta Diagana, éminent universitaire et critique littéraire, a très tôt reconnu la portée intellectuelle et patrimoniale des écrits de Djibril Zakaria Sall. En les étudiant et en les faisant étudier à l’Université de Nouakchott, il a contribué à inscrire durablement cette œuvre dans le champ de la recherche, de la critique et de la transmission du savoir.
Ce geste est hautement symbolique. Lorsqu’une œuvre est enseignée à l’université, elle cesse d’appartenir à son seul auteur pour devenir un patrimoine commun, une source de réflexion et un héritage transmis de génération en génération.
Grâce à cette reconnaissance académique, Djibril Zakaria Sall occupe désormais une place de choix dans l’histoire littéraire de la Mauritanie, autant que dans celle de son administration.
Cette rencontre entre deux grandes figures des lettres mauritaniennes est riche de sens. D’un côté, Djibril Zakaria Sall, qui a raconté la Mauritanie avec la sensibilité de l’écrivain et la lucidité du témoin ; de l’autre, le Professeur Mbouh Seta Diagana, qui a permis à cette œuvre d’entrer dans l’univers de la recherche et d’être transmise aux nouvelles générations.
L’un a créé une œuvre fondatrice ; l’autre a contribué à en assurer la pérennité. Ensemble, chacun à sa manière, ils ont enrichi le patrimoine intellectuel national.Aujourd’hui, nous pleurons un homme.
Demain, nous continuerons à lire ses livres. Après-demain, d’autres étudiants les découvriront, d’autres chercheurs les analyseront et d’autres lecteurs y trouveront encore un miroir fidèle de la société mauritanienne.
Tel est le privilège des grands écrivains : ils ne disparaissent jamais tout à fait. Ils continuent de vivre à travers leurs mots, leurs idées et les consciences qu’ils éveillent.
À l’illustre famille Sall, à ses proches, à ses anciens collègues de la Police nationale, à ses compagnons de plume et à l’ensemble du peuple mauritanien, nous adressons nos condoléances les plus sincères.
Puisse Allah, dans Son infinie miséricorde, lui pardonner, l’accueillir dans les plus hauts degrés du Paradis, élargir sa tombe, illuminer sa demeure et faire de son œuvre une lumière qui continuera d’éclairer la Mauritanie.
Djibril Zakaria Sall laisse derrière lui bien plus que des livres et une carrière exemplaire. Il laisse une mémoire, une vision, une éthique du service public et un héritage littéraire qui appartient désormais à la Nation. Tant que ses œuvres seront lues, enseignées et méditées, son nom continuera de vivre dans la conscience collective des Mauritaniens.
Tandia Moussa
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