Dans le noir à Nouakchott, la Mauritanie brille à l’étranger ?

Par Mohamed Feily dit Antar

Il y a des paradoxes qui méritent qu’on s’y attarde. Et celui que nous offre aujourd’hui la Mauritanie a quelque chose de presque théâtral.

À Nouakchott, on cherche la lumière. À Djeddah, la Mauritanie vient de la trouver.

D’un côté, des quartiers plongés dans l’obscurité, des familles qui suffoquent sous la chaleur et attendent le retour du courant. De l’autre, une diplomatie qui avance, conquiert des positions et place des Mauritaniens à des postes de plus en plus prestigieux.

Il faut reconnaître le contraste : pendant que la capitale peine à rester éclairée, le drapeau mauritanien, lui, semble avoir trouvé une belle source de lumière à l’étranger.

Ismaïl Ould Cheikh Ahmed : le coup de maître de Djeddah

Cette fois, il ne s’agit ni d’une candidature annoncée avec tambours et trompettes, ni d’une promesse diplomatique dont on attend encore les résultats.

C’est fait.

Ismaïl Ould Cheikh Ahmed est désormais secrétaire général de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), qui réunit 57 États. Pour la Mauritanie, c’est un succès diplomatique de premier ordre.

Après plusieurs mois de campagne, de tractations et de mobilisation diplomatique, Nouakchott décroche ainsi un poste stratégique au cœur du monde musulman.

Et ce succès n’arrive pas seul.

Il s’inscrit dans une séquence diplomatique qui commence à avoir fière allure.

Sidi Ould Tah préside désormais la Banque africaine de développement, après avoir remporté l’élection de 2025 avec plus de 76 % des voix. Un résultat spectaculaire qui avait déjà placé la Mauritanie sous les projecteurs du continent.

Et pendant que l’un dirige la BAD et que l’autre prend les commandes de l’OCI, Coumba Bâ porte à son tour les couleurs mauritaniennes dans la bataille pour le secrétariat général de l’Organisation internationale de la Francophonie.

Trois personnalités. Trois grandes institutions. Trois batailles diplomatiques.

Et derrière elles, une même ambition : installer la Mauritanie dans des espaces où elle ne figurait, il n’y a pas si longtemps, que discrètement.

À l’étranger, ça gagne. À l’intérieur, ça tousse.

Il serait intellectuellement malhonnête de bouder ces victoires parce que l’on conteste la politique intérieure du gouvernement.

La diplomatie mauritanienne mérite d’être saluée.

On peut dénoncer les défaillances de la SOMELEC, questionner la qualité des infrastructures, s’interroger sur les services publics et, dans le même temps, reconnaître qu’en matière diplomatique, certaines cartes ont été remarquablement bien jouées.

Mais voilà : le contraste est tellement grand qu’il finit par s’imposer à nous.

À Djeddah, un Mauritanien prend la tête d’une organisation qui rassemble 57 pays.

À Nouakchott, des Mauritaniens attendent encore que le courant revienne.

La diplomatie avance pendant que l’électricité recule.

Difficile de trouver une meilleure illustration du paradoxe mauritanien.

Car le rayonnement d’un pays ne se mesure pas uniquement au nombre de ses ressortissants occupant des postes prestigieux à l’étranger. Il se mesure aussi à ce que vit le citoyen ordinaire, celui qui n’a ni passeport diplomatique, ni bureau climatisé dans une grande institution internationale.

Le prestige extérieur compte. Mais le quotidien compte davantage.

Le vrai défi : éclairer la maison

La Mauritanie peut légitimement se réjouir de voir ses fils et ses filles accéder aux plus hautes responsabilités internationales.

C’est même une source de fierté nationale.

Mais le véritable défi commence précisément là où s’arrêtent les communiqués diplomatiques : dans les quartiers, les foyers, les écoles, les hôpitaux et les entreprises du pays.

Que vaut une influence internationale grandissante si, dans la capitale, la chaleur transforme chaque coupure d’électricité en épreuve quotidienne ?

Que vaut le rayonnement extérieur si le citoyen peine à bénéficier des services publics les plus élémentaires ?

Il ne s’agit pas d’opposer Djeddah à Nouakchott, ni la BAD à la SOMELEC. Il s’agit de comprendre qu’une puissance diplomatique durable repose aussi sur une maison solide.

Alors oui : bravo pour Djeddah.

Bravo pour la BAD.

Bravo pour cette ambition diplomatique qui permet à la Mauritanie de peser davantage dans les grandes institutions internationales.

Mais il reste un autre pari, moins spectaculaire, moins médiatique et infiniment plus difficile.

Faire en sorte que la lumière qui brille à l’étranger éclaire enfin durablement la maison.

Parce qu’au fond, la meilleure preuve du rayonnement d’un pays n’est peut-être pas seulement la place qu’il occupe dans le monde.

C’est aussi la lumière qu’il est capable de laisser allumée chez lui.

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