Les accords gaziers entre la Mauritanie, le Sénégal, BP et Kosmos Energy: des enjeux stratégiques majeurs et des risques graves pour les intérêts mauritaniens

LETTRE Ouverte à Son Excellence Monsieur le Président de la République,À Monsieur le Premier ministre,À l’opinion publique.

Je n’entends ni m’étendre sur le sujet, ni entreprendre de nouvelles études, ni formuler de recommandations.

Mon expérience des sept dernières années m’a appris que mes analyses et mes alertes suscitent rarement l’intérêt qu’elles méritent, sauf lorsque les circonstances finissent par imposer qu’on s’y intéresse.Je ne suis satisfait ni de cette situation ni de la nature des échanges, qui n’ont jamais véritablement fonctionné dans les deux sens et se sont peut-être même limités à une communication à sens unique.

Je me demande parfois si les messages qui vous étaient destinés ont seulement atteint leur destination ou s’ils se sont perdus, voire ont été interceptés, en cours de route.Pour autant, mon patriotisme, les responsabilités qu’implique ma position et ce que l’histoire exige de moi ne me permettent pas de garder le silence sur des questions stratégiques d’une extrême gravité.Le hasard a voulu que, à la demande d’une chaîne de télévision étrangère, j’étudie la question de l’énergie et du gaz.

J’en ai tiré des conclusions qui ne sauraient échapper à quiconque a étudié les accords, leur évolution et le contexte dans lequel ils ont été conclus.

1. Le choix de la date du 9 février 2018 pour la signature des accords avec les deux sociétés concernées, à la fin de deux mandats, ne relevait pas du hasard.

2. Ces accords n’ont tenu compte, ni de près ni de loin, des intérêts de la Mauritanie et du Sénégal.

3. Même les dispositions prévues par ces accords n’ont pas fait l’objet d’un contrôle permettant de garantir la préservation des intérêts des deux pays.

4. Les sociétés étrangères ont saisi l’occasion pour s’approprier, sans la moindre gêne, l’intégralité des revenus de la première phase du projet, privant ainsi la Mauritanie et le Sénégal de recettes durant cette étape.

5. La décision de procéder à un audit, prise par les gouvernements mauritanien et sénégalais, est intervenue très tardivement. Toutefois, cet audit a révélé des éléments que ni les populations mauritanienne et sénégalaise ni quiconque d’autre n’auraient pu imaginer.

6. Les rapports d’audit n’ont pas été publiés, pas plus que les textes intégraux des accords, car leur contenu serait difficilement conciliable avec les exigences de la conscience humaine et populaire.

7. Jusqu’à présent, et si les accords ne sont pas révisés et si des mesures correctives ne sont pas prises, le gaz risque d’être davantage préjudiciable que bénéfique à la Mauritanie, même au regard des seuls chiffres.

8. C’est ce que réclament certains milieux au Sénégal. Pour notre part, nous nous contentons de demander l’accélération de la réalisation des deuxième et troisième phases, dans l’espoir qu’elles puissent enfin nous apporter des revenus et des retombées positives.

9. En réalité, ces sociétés n’ont d’autre intérêt que l’exploitation intensive et l’épuisement des ressources dans le cadre de l’accord du 8 février 2018.

10. Le débat sur la troisième phase, qui nous avait fait miroiter des milliards, semble désormais s’être éteint.

11. Quant à la deuxième phase, tous les éléments disponibles indiquent que les sociétés risquent de multiplier les retards jusqu’à ce que les deux États, acculés par les privations et la pauvreté, finissent par céder à des conditions inacceptables, qui ne servent pas leurs intérêts et ne leur laissent, au bout du compte, ni la moindre part ni le moindre bénéfice, comme lors de la première phase.

12. Plus grave encore, aucun accord relatif à l’exploitation du gaz de Bir Allah ne pourra échapper aux conséquences de l’accord du 9 février 2018. Il risque de suivre la même voie, comme on dit chez nous : « Lemkhitayir ».

J’ai écrit et expliqué la situation de la SOMELEC en 2019, mais mes observations n’ont pas retenu l’attention nécessaire.

Les événements qui ont suivi sont connus.Aujourd’hui, je vous avertis que ce que les faits ont révélé jusqu’à présent, ainsi que ce que l’avenir pourrait encore nous réserver concernant le dossier gazier, est bien plus grave et préoccupant. Et, en mer, comme on le dit chez nous, il y a bien des choses étonnantes qui restent à découvrir.

Que Dieu accorde la réussite. Celui qui avertit a accompli son devoir*****

Mohamed Ould Mohamed El Hacen Président – fondateur de l’Institut International de Recheche et d’Etudes Strategiques 11 Octobre 2026

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