TOUR CYCLISTE DU SAHEL : QU’EST-CE QUI BLOQUE LA SIXIÈME ÉDITION ?

Par Mohamed Feily dit Antar

Prévue en février 2026, la compétition internationale de cyclisme attend toujours le feu vert du ministère. Malgré les relances de la Fédération mauritanienne de cyclisme, le dossier demeure en suspens.

Pendant ce temps, la Mauritanie risque de compromettre un rendez-vous sportif qui contribue à son rayonnement international et à la promotion de sa destination touristique.

Pourquoi la sixième édition du Tour du Sahel international de cyclisme n’a-t-elle toujours pas été organisée ?

C’est la question qui se pose aujourd’hui, alors que cette compétition, initialement prévue en février 2026, continue d’accumuler les retards.

Selon les informations recueillies directement auprès de la Fédération mauritanienne de cyclisme, les démarches et les relances entreprises auprès du ministère de tutelle n’ont toujours pas permis d’obtenir la réponse attendue pour débloquer la situation.

La Fédération a-t-elle atteint les limites de ses moyens d’action ? Le ministère mesure-t-il suffisamment les enjeux de cette compétition ? Et pourquoi un événement ayant acquis une reconnaissance internationale se retrouve-t-il ainsi dans l’incertitude ?Autant de questions qui appellent des réponses.

Un acquis international construit depuis 2018Lancé en 2018, le Tour du Sahel a progressivement fait sa place dans le calendrier du cyclisme africain. Après trois premières éditions organisées en 2018, 2019 et 2020, la compétition a connu des interruptions avant de revenir en 2023.

Cette quatrième édition a marqué une étape importante avec son inscription au calendrier de l’Union cycliste internationale (UCI), dans la catégorie 2.2 de l’UCI Africa Tour.

Une reconnaissance qui a permis à la Mauritanie de rejoindre le cercle des pays africains capables d’accueillir une course internationale par étapes.

Après une nouvelle interruption en 2024, la cinquième édition s’est tenue du 22 au 26 janvier 2025.

Elle a réuni des coureurs de plusieurs nationalités et consacré le Néerlandais Stefan Verhoeff au classement général individuel.

En cinq éditions, le Tour du Sahel a ainsi dépassé le cadre d’une simple compétition nationale. Il est devenu une vitrine du cyclisme mauritanien et un outil de promotion du pays auprès des équipes étrangères, des médias et des instances sportives internationales.

Mais cette reconnaissance exige une continuité. Une compétition internationale ne peut durablement se construire sur des rendez-vous régulièrement interrompus ou reportés.

Une Fédération qui multiplie les démarches, mais attend toujours une réponse

C’est précisément là que se situe le problème. D’après les informations que nous avons recueillies auprès de la Fédération mauritanienne de cyclisme, la sixième édition était programmée pour février 2026. La Fédération a entrepris des démarches auprès du ministère de tutelle et multiplié les relances pour obtenir les conditions nécessaires à l’organisation de la course.

À ce jour, selon ces mêmes informations, elle attend toujours une réponse permettant de faire avancer le dossier.Les conséquences sont concrètes : plus le temps passe, plus la préparation de l’épreuve devient difficile, notamment pour la coordination des équipes étrangères, la programmation des étapes, la mobilisation des partenaires et l’organisation logistique.

La Fédération ne peut raisonnablement engager seule tous les préparatifs d’une compétition internationale sans visibilité sur les moyens dont elle disposera.La question n’est donc plus seulement de savoir quand le Tour du Sahel aura lieu, mais pourquoi les démarches de la Fédération n’ont toujours pas abouti à une décision.

S’agit-il d’un problème de financement, d’un arbitrage administratif ou d’une autre difficulté ? En l’absence d’explication officielle, il serait hasardeux d’avancer une cause précise. Mais le retard, lui, est bien réel et appelle une clarification.

Le président de l’UCI attendu : une opportunité à préserverL’enjeu prend une dimension supplémentaire.Selon les informations recueillies auprès de la Fédération, le président de l’Union cycliste internationale aurait même promis d’assister à l’une des étapes de cette sixième édition.

Si cette présence se concrétise, elle pourrait donner à la compétition une visibilité institutionnelle encore plus importante et renforcer les relations entre la Mauritanie et les instances dirigeantes du cyclisme mondial.

La venue du premier responsable de l’UCI représenterait une occasion de valoriser le travail accompli par la Fédération mauritanienne et de présenter les perspectives de développement de cette discipline dans le pays.

Mais une telle opportunité suppose que la compétition soit effectivement organisée, avec un calendrier arrêté et des conditions d’accueil à la hauteur de l’événement.

Peut-on se permettre de laisser cette perspective dans l’incertitude alors qu’elle pourrait contribuer à renforcer la position de la Mauritanie dans le cyclisme africain ?La question mérite toute l’attention des autorités concernées.

Canal+ et TV5MONDE : quand le cyclisme fait la promotion de la MauritanieLe Tour du Sahel ne se limite pas à une succession d’étapes et à la désignation d’un vainqueur. Il offre également une exposition médiatique internationale à la Mauritanie.

Lors des précédentes éditions, notamment celle de 2025, des médias comme Canal+ et TV5MONDE ont contribué à donner une visibilité à l’événement et à la destination mauritanienne.

Les images des coureurs traversant les paysages désertiques, les reliefs de l’Adrar et les territoires de l’intérieur constituent un support de communication touristique particulièrement intéressant.

Elles permettent de présenter une Mauritanie qui ne se résume ni à sa capitale ni à ses seules infrastructures urbaines, mais qui dispose d’un patrimoine naturel, culturel et touristique susceptible d’attirer des visiteurs.

Cette dimension mérite d’être pleinement intégrée dans l’appréciation de l’événement. Le Tour du Sahel contribue à la promotion du sport, mais également à celle du tourisme et de l’image du pays à l’étranger.

Dès lors, son organisation ne devrait-elle pas mobiliser une approche interministérielle, associant les secteurs du Sport, du Tourisme et de la Communication, ainsi que les partenaires privés ?

Lorsqu’une compétition sportive devient aussi un instrument de visibilité internationale, son intérêt dépasse largement le seul cadre de la fédération qui l’organise.Un paradoxe mauritanienLe paradoxe est frappant.

Alors que des pays cherchent à faire reconnaître leurs compétitions et à obtenir une place au calendrier international, la Mauritanie dispose déjà d’une course qui a franchi cette étape.

L’inscription au calendrier de l’UCI représente un acquis qu’il a fallu construire. Elle offre une visibilité, facilite l’attractivité internationale de l’épreuve et crée des perspectives pour les coureurs nationaux.

Mais cette reconnaissance ne produit pleinement ses effets que si la compétition est organisée avec régularité.Les interruptions des années précédentes et le retard de la sixième édition soulèvent donc une question fondamentale : quelle stratégie les autorités entendent-elles mettre en œuvre pour pérenniser le Tour du Sahel ?Car il ne suffit pas d’obtenir une reconnaissance internationale.

Encore faut-il réunir les conditions nécessaires pour la préserver et la développer.

À défaut, la Mauritanie risque de voir s’affaiblir un acquis sportif qui pourrait pourtant servir ses ambitions en matière de cyclisme, de jeunesse et de tourisme.

Décembre 2026 ou janvier 2027 : une nouvelle échéance en suspensInitialement prévue en février 2026, la sixième édition pourrait désormais être envisagée pour décembre 2026 ou janvier 2027, selon les perspectives évoquées autour du dossier.Toutefois, cette nouvelle échéance reste conditionnée à une réponse du ministère permettant à la Fédération d’avancer dans ses préparatifs.Nous sommes le 9 octobre 2026.

Si une organisation en décembre ou en janvier est envisagée, la question du calendrier devient urgente. Les équipes, les partenaires et les prestataires doivent pouvoir disposer d’une visibilité suffisante pour préparer leur participation.La Fédération a effectué ses démarches et multiplié les relances.

Qu’attend-on désormais pour lui donner une réponse claire ?

Cette interrogation ne relève ni de la polémique ni d’une mise en cause personnelle. Elle découle simplement de la nécessité de préserver une compétition internationale dont le pays peut tirer des bénéfices sportifs, médiatiques et touristiques.

Le ministère est-il disposé à accompagner cette sixième édition ? Si oui, dans quels délais et selon quelles modalités ? Si des contraintes empêchent son organisation, pourquoi ne pas les exposer clairement afin de permettre aux responsables concernés d’envisager une solution ?

Le silence ou l’absence de décision définitive ne peut constituer une réponse durable à une difficulté qui engage l’avenir d’un événement international.

Le Tour du Sahel mérite une décision

Depuis 2018, le Tour du Sahel a parcouru un chemin important.

Cinq éditions ont été disputées, une reconnaissance internationale a été obtenue et des médias étrangers ont contribué à faire connaître la Mauritanie au-delà de ses frontières.

La sixième édition devait permettre de consolider ces acquis. Elle est désormais devenue le symbole d’une difficulté plus large : celle de transformer une reconnaissance sportive en un rendez-vous durable, soutenu par une programmation et des moyens prévisibles. La Fédération mauritanienne de cyclisme ne peut porter seule cette ambition.

Elle a besoin d’un accompagnement institutionnel à la hauteur des enjeux. La perspective d’une présence du président de l’UCI, si elle se confirme, renforce encore l’intérêt de trouver rapidement une issue.Décembre 2026 ? Janvier 2027 ?

Ou un nouveau report ?La réponse appartient désormais aux responsables concernés. Le Tour du Sahel a besoin d’une date, mais surtout d’une décision.

La Mauritanie a réussi à ouvrir les portes du calendrier international ; elle doit maintenant se donner les moyens de les maintenir ouvertes.

Alors, qu’est-ce qui bloque réellement la sixième édition du Tour du Sahel ?

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