Savoir, Apprendre et Faire pour être Indépendante : le pari gagnant du Ministère de la Jeunesse.
Elles avaient quitté les bancs de l’école. Aujourd’hui, elles tiennent un ordinateur, un chalumeau, une aiguille, ou le volant d’une voiture. À Nouakchott, Kiffa, Néma et désormais Sélibaby, le programme SAFIA redonne espoir à des milliers de jeunes filles.
Porté par le Ministère de l’Autonomisation des Jeunes, de l’Emploi, des Sports et du Service Civique, ce programme fait de la lutte contre l’abandon scolaire féminin une priorité de l’action gouvernementale.
SAFIA : d’un projet pilote à une politique d’Etat
Lancé en mai 2020, SAFIA – Savoir, Apprendre et Faire pour être Indépendante durant mon Adolescence est né pour répondre à une urgence : en Mauritanie, 1/3 des filles sont mariées avant 18 ans et seulement 38% atteignent le secondaire. La pauvreté, les mariages précoces et la COVID-19 ont aggravé le décrochage.
Financé au départ par via le MatchingFund – fonds public-privé à 50% Gouvernement français / 50% entreprises – le projet pilote de 940 000 euros sur 3 ans a ciblé 6 800 adolescentes de 10 à 24 ans.
Et la nouveauté en 2025, l’État reprend entièrement la gestion du programme. SAFIA devient un dispositif national du Ministère de l’Autonomisation des Jeunes, signe fort de son ancrage dans la SCAPP III et dans les priorités du Président de la République Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.
4 centres, 4 wilayas : Rapprocher la 2ème chance des filles
Les centres SAFIA sont de véritables campus de l’autonomisation. Ils accueillent des jeunes filles de 15 à 24 ans déscolarisées pour leur offrir formation, protection et perspectives.
Le réseau SAFIA en 2026 comprend les centres de Dar Naim Nouakchott. C’est le vaisseau amiral avec 1 400 filles. Depuis 2021, elles brisent les tabous en s’initiant à la plomberie, à l’informatique et à l’entrepreneuriat.
Il y a celui de Kiffa – Assaba : Ancré pour répondre aux besoins des zones rurales et pastorales.
Le centre deNéma – Hodh Echargui , 3ème centre, ouvert pour couvrir l’est du pays.
Et enfin le centre de Sélibaby – Guidimagha qui a été inauguré le 21 Novembre 2025. À plus de 700 km de Nouakchott, il vise à endiguer la rupture scolaire dans le sud-est du pays.
Chaque centre dispose d’infrastructures modernes : 20 ordinateurs, espace sportif, bibliothèque, salle de coaching psychosocial, et l’innovation « SafeBus » qui transporte en toute sécurité jusqu’à 200 filles par jour avec accès à internet.
La méthode SAFIA : 3 piliers pour insérer et autonomiser
Le succès de SAFIA tient à son approche globale. D’abord Savoir Apprendre : Raccrocher et réussir.
Ce volet comprend l’alphabétisation et la remise à niveau en français et en maths. 460 filles ont suivi 4h de français/semaine pendant 4 mois. Résultat : 80% ont atteint la dernière année.
150 enseignants formés et 14 écoles autour des centres équipées en EHA (Eau, Hygiène et Assainissement) pour réduire l’absentéisme des filles.
Le second volet, Savoir-Faire : Un métier, un revenu, une indépendance comprend des formations en couture, tissage, informatique, transformation agroalimentaire, et même plomberie.
Pour les chiffres 2023-2025 : 99% des filles améliorent leur prise de parole. 92% se fixent des objectifs. 56% envisagent de créer leur entreprise.
Des Activités Génératrices de Revenus sont lancées : vente de produits du centre. 15 filles ont obtenu leur permis de conduire en juin 2023, symbole d’autonomie.
3ème volet, Savoir-Être : Repriser confiance et droits. Là, 42 coachs accompagnent 2 800 adolescentes sur l’estime de soi, la protection contre les violences et le mariage d’enfants.
424 filles formées au journalisme ont animé 12 émissions sur la webradio SAFIA. 98% des participantes aux ateliers artistiques disent avoir « réalisé leur potentiel créatif ».
À Sélibaby, Vatimetou a dû arrêter l’école en 3ème. « Je restais à la maison ». En février 2026, elle entre à SAFIA. Passionnée d’informatique, elle suit le tronc commun.
« Avant j’étais très timide. Maintenant je m’exprime en public. Mon rêve, c’est de travailler dans l’informatique et devenir indépendante ».
Son parcours est soutenu par la Coopération monégasque, nouveau partenaire du centre de Sélibaby qui accompagne 1 400 jeunes filles chaque année.
Un investissement stratégique pour la Mauritanie de 2030
Pour le conseiller du ministre chargé de la jeunesse : « La formation professionnelle des filles déscolarisées est au cœur du programme du Président Ghazouani ».
L’enjeu dépasse le social. Chaque année d’éducation secondaire augmente de 25% les revenus futurs d’une femme. Et 90% de leurs revenus sont réinvestis dans la famille et la communauté.
Devenu « centre de référence » visité par les partenaires, SAFIA prouve qu’investir dans les filles, c’est investir dans la stabilité et la croissance.
La génération en marche
5 ans après, le bilan est là : 4 centres, des milliers de vies transformées, et une conviction : l’abandon scolaire n’est pas une fatalité.
Le défi 2026-2030 est désormais de démultiplier les centres, d’assurer l’insertion professionnelle des diplômées et de faire de chaque « Génération SAFIA » une génération de leaders.
Car comme le résume l’un des responsables du programme: « Notre mission est d’aider chaque jeune fille à réaliser ses espoirs pour un avenir meilleur ». Former une fille, c’est former toute une nation.
Bakari Gueye
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