Les louanges présidentielles ne font pas le destin politique

Par Yedali Fall

En saluant publiquement le travail du gouvernement « coordonné par le Premier ministre Moctar Ould Diaye », que le chef de l’État a qualifié de « remarquable dans un environnement difficile », le Président de la République a adressé un message de confiance à son équipe.

Une déclaration qui a rapidement été interprétée par de nombreux internautes comme une consécration politique du Premier ministre, certains allant jusqu’à parler d’une distinction exceptionnelle ou d’une médaille de reconnaissance.
Une telle lecture mérite toutefois d’être nuancée.
Dans tout régime où le gouvernement agit sous l’autorité du Président de la République, il est naturel que celui-ci apprécie positivement l’action de l’équipe qu’il a lui-même nommée et dont il définit les grandes orientations.

Ces propos s’inscrivent donc d’abord dans le fonctionnement normal des institutions et traduisent une volonté d’afficher la cohésion de l’exécutif. Ils ne constituent pas, à eux seuls, un événement politique hors du commun.

Surtout, l’histoire politique récente de la Mauritanie invite à la prudence. Les éloges présidentiels ne constituent ni une assurance de longévité politique ni une garantie contre un changement de situation. Le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani avait lui-même, à plusieurs reprises, rendu hommage à son prédécesseur et ancien compagnon politique, Mohamed Ould Abdel Aziz, avant que ce dernier ne soit poursuivi, condamné et incarcéré.
Le Premier ministre Moctar Ould Diaye s’était lui aussi illustré par des déclarations particulièrement élogieuses à l’égard de Mohamed Ould Abdel Aziz, allant jusqu’à affirmer que celui-ci était « plus important pour les populations que l’eau et l’électricité ». Une formule qui reste gravée dans les mémoires et qui rappelle combien les louanges politiques sont souvent tributaires des circonstances.

En politique, les compliments relèvent souvent du moment. Ils traduisent un rapport de confiance à un instant donné, mais ne préjugent ni de l’avenir des hommes ni de l’évolution des rapports de force. L’expérience montre que les trajectoires politiques peuvent changer rapidement et que les éloges d’hier ne constituent jamais un passeport pour demain.

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