ÉDITORIAL/Dialogue politique : L’inclusivité à l’épreuve de la méfiance

Le compte à rebours est lancé. Vendredi, le Président recevra les signataires de la feuille de route et le soir même, il s’adressera à la nation à travers une conférence de presse. Officiellement, le dialogue politique est sur les rails. Dans les faits, une partie de l’opposition flaire le guet-apens.

Après plus d’un an de tractations, l’enthousiasme des premiers jours s’est mué en lassitude. La confiance s’est effritée. Et aujourd’hui, le risque est réel : voir s’ouvrir un dialogue amputé de voix essentielles.

Le point de rupture a été la question des mandats présidentiels. Elle a suffi à faire claquer des portes. L’absence annoncée de poids lourds comme l’AJD-MR, les FPC, ou encore des figures du tandem RAG-IRA pose problème. En effet, le vide laissé par certains représentants des communautés négro-africaine et haratine n’est pas de bon augure.

Un dialogue qui se veut « national » et « inclusif » ne peut pas faire l’économie de ces acteurs. Sans eux, la légitimité du processus sera d’emblée entachée. Et ses conclusions, aussi pertinentes soient-elles, auront du mal à s’imposer. Le coordinateur lui-même, censé incarner la neutralité, sort affaibli de ces mois de blocages. Il en paie le prix politique.

Du côté des boycotteurs, les arguments sont connus et ne relèvent pas tous de la tactique : Un contexte politique tendu, marqué par le manque de confiance .L’opacité sur la méthode pour traiter des dossiers sensibles : le passif humanitaire, la question des langues, la réforme du système éducatif. La crainte du « déjà vu » : des dialogues dont les conclusions finissent aux calendes grecques.

Ces griefs ne peuvent pas être balayés d’un revers de main. Les ignorer, c’est prendre le risque de fabriquer un accord sans tous les représentants des citoyens.

Malgré tout, la porte reste entrouverte. Mardi, un pas a été franchi. Les pôles majoritaire et de l’opposition démocratique ont signé un document de référence articulé autour de 4 axes : Unité nationale et cohésion sociale, modèle démocratique, gouvernance, et intégration des groupes vulnérables.

Vendredi, les leaders des différents pôles remettront cette feuille de route au Président, quelques heures avant sa conférence de presse. C’est le signe qu’une partie du jeu politique veut encore y croire. Et c’est tant mieux pour le pays.

Le principal enjeu sera de passer des promesses aux garanties.

À ce stade, la question n’est plus de savoir s’il faut dialoguer. La question est : comment réussir ?

Deux garanties sont attendues par l’opinion. D’abord la garantie de l’inclusivité. La porte doit rester ouverte jusqu’au dernier moment pour ceux qui boudent encore. Un dialogue crédible ne se fait pas contre une partie des représentants de la classe politique et du peuple.

Et garantie de mise en œuvre. En effet, le vrai test commencera après la signature de l’accord final. Quel mécanisme de suivi ? Quel calendrier ? Quelles sanctions en cas de non-application ? Sans réponses claires, ce dialogue rejoindra la longue liste des rendez-vous manqués.

La Mauritanie n’a pas besoin d’un dialogue de plus. Elle a besoin d’un dialogue utile. Un dialogue qui apaise, qui réforme, et qui redonne confiance.

L’Histoire retiendra si, cette fois, nous avons choisi la responsabilité plutôt que le calcul. Le Président a la main. L’opposition a sa part. Et le peuple, lui, attend des actes.

Par Bakari Gueye

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