Nation : A propos du dialogue en vue

Depuis‭ ‬ ‭deux‭ ‬décennies,‭ ‬ et‭ ‬à‭ ‬différentes‭ ‬ ‭ ‬occasions,‭ des‭ ‬rencontres politiques, concertations‭ ‬ou dialogues ont eu lieu en Mauritanie.

Quels que soient le mobile, les objectifs et le contexte de ces rencontres, le résultat a, à chaque fois, été en deçà des attentes pour ce qui est du renforcement de la démocratie et de l’amélioration de gouvernance du pays.

Aujourd’hui un‭ ‬nouveau dialogue‭‬ ‭ ‬(ou une‭ ‬ ‭ ‬nouvelle concertation)‭ ‬ ‭se profile‭ ‬ à l’horizon‭ ‬ dans un contexte bien différent des éditions passées et le Président de la République a désigné, pour faciliter l’organisation de cette retrouvaille, un coordinateur dont le choix a été salué par la classe politique nationale.

Les objectifs visés par ce dialogue,son étendue et les participants qui y prendront part restent à définir en concertation avec les acteurs politiques et la société civile.

Le présent dialogue revêt une importance particulière car il intervient à un moment où les partis de l’opposition historique n’occupent plus le terrain laissant place, notamment, à des courants véhiculant des discours extrémistes voire haineux.

Le conflit générationnel, attisé par le pouvoir qui était en place lors du déclenchement du « printemps‭ ‬ arabe », prend de l’ampleur sous la catalyse des réseaux sociaux.

La gouvernance du pays n’enregistre pas d’évolution et côté institutions, le parlement actuel, fruit d’une élection fortement contestée, est très décrié‭ ‬; son apport à la gouvernance et à la consolidation de la démocratie est insignifiant.

Les risques extérieurs ‭sont aussi substantiels : insécurité persistante à toutes nos frontières, flux migratoires sans précédents (entrées massives de migrants et large migration irrégulière des jeunes mauritaniens vers les États Unis).

Dans une telle conjoncture un dialogue est le bienvenu mais à condition qu’il aboutisse à des résultats concrets de nature à promouvoir la cohésion sociale, l’enracinement de la démocratie et la bonne gouvernance du pays. Il est vrai que les capacités limitées des partis politiques et de la société civile rendent l’atteinte de ces résultats hypothétiques.

Les points à discuter devraient cibler les questions les plus importantes telles‭ ‬:

1.‭ ‬Le passif humanitaire

2.‭ ‬Les disparités sociales et la pauvreté en particulier en milieu rural

3.‭ ‬L’utilité effective des institutions démocratiques actuelles

4.‭ ‬La juste répartition des élus en fonction du poids démographique réel des circonscriptions

5.‭ ‬La‭ ‬ transparence‭ ‬des‭ ‬élections‭ ‬‬:‭ ‬ ‭ ‬mise‭ ‬ ‭ ‬sur‭ ‬pied‭ ‬d’un‭ ‬code‭ ‬électoral‭ ‬ ‭ ‬conforme‭ ‬ ‭ ‬aux‭ ‬normes internationales et la constitution d’une organisation chargée de la gestion des élections sur une base objective et transparente

6.‭ ‬La gouvernance : gestion efficiente et transparente des ressources humaines et financières, juste accès aux marchés publics

7.‭ ‬La lutte contre l’extrémisme religieux et ethnique

8.‭ ‬La définition d’un mécanisme de mise en œuvre des livrables du dialogue.

Malgré des réticences exprimées par certains partis ou structures politiques, l’opportunité de dialogue ainsi offerte est à saisir. Les partis politiques et la société civile ne doivent se soustraire à leurs responsabilités et au consentement des sacrifices nécessaires afin de dégager, cette fois, les grandes lignes d’un modèle de gouvernance démocratique, concerté et adapté à nos réalités. Il est temps, après 65 années d’indépendance et 34 années d’organisation régulière d’élections, de passer à un Etat ayant des‭ ‬institutions‭ ‬démocratiques‭ fonctionnelles.‭ Cette‭ ‬transition‭ ‬ nécessaire‭ ‬et‭ ‬tant‭ attendue‭ par‭ ‬les mauritaniens est le seul gage de la cohésion sociale et de l’avenir de la Mauritanie.‭ ‬Il est, donc, du devoir de tous de la faire, rapidement, aboutir.

Mohamed Ould Abdy

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