« L’impact du changement climatique et des changements environnementaux sur la santé cérébrale »

Un Comité d’experts interdisciplinaire réuni par Neuro Climate Working Group (NCWG) a élaboré un rapport scientifique sur « L’impact du changement climatique et des changements environnementaux sur la santé cérébrale » qui paraïtra en marge du sommet des Nations Unies le 24 Septembre 2026 .

Ce rapport a été élaboré par Pendant plus de deux ans, il a fait l’objet de plusieurs cycles de rédaction, d’examen par des experts, de révision et de recherche de consensus. Il s’appuie également sur les contributions de l’ensemble de la communauté du NCWG, d’experts invités ainsi que sur un appel international à la soumission d’études de cas, de récits d’expérience vécue, de perspectives de jeunes et d’analyses d’experts.

Plusieurs éléments de ce rapport ont également fait, ou font actuellement, l’objet d’un examen indépendant par les pairs dans le cadre de leur publication sous forme de revues scientifiques et de commentaires sur les politiques publiques dans des revues universitaires.

Le rapport synthétise les données scientifiques actuellement disponibles sur la manière dont les expositions environnementales liées au climat affectent la santé neurologique, la santé mentale, les fonctions cognitives, le neurodéveloppement et le vieillissement cérébral.

Outre la présentation du Cadre Neuro-Climat, le rapport identifie les principales orientations pour les recherches futures à travers le Programme de recherche Neuro-Climat et formule, à travers la Feuille de route pour l’action Neuro-Climat, des recommandations adaptées aux différents acteurs concernés.

Il fournit ainsi des orientations pratiques destinées aux chercheurs, aux décideurs politiques, aux professionnels de santé, aux enseignants, aux communautés, aux individus et aux organisations internationales.

Lorsque nous réfléchissons aux effets du changement climatique sur la santé, nous pensons souvent à nos poumons, à notre cœur ou à la propagation des maladies infectieuses. Nous pensons rarement à l’organe qui nous permet d’apprendre, de nous souvenir, de créer, de prendre soin les uns des autres et de nous adapter à un avenir incertain : le cerveau.

Pourtant, notre cerveau est constamment façonné par les environnements dans lesquels nous vivons. L’air que nous respirons, les aliments et l’eau que nous consommons, les températures auxquelles nous sommes exposés, les catastrophes que nous subissons et les communautés dans lesquelles nous grandissons influencent tous le développement cérébral, les fonctions cognitives, le bien-être mental, la santé neurologique et le vieillissement en bonne santé. À mesure que le changement climatique transforme ces environnements, il transforme également la santé cérébrale, d’une manière que nous commençons seulement à comprendre.

En tant que neuroscientifique, j’ai été frappé(e) de constater que, malgré un nombre rapidement croissant de travaux de recherche établissant un lien entre les expositions environnementales liées au climat et la santé cérébrale, ces données demeuraient dispersées entre différentes disciplines, maladies et facteurs de risque environnementaux. Neurologues, psychiatres, psychologues, spécialistes des sciences de l’environnement, épidémiologistes, pédiatres, experts en santé publique et décideurs politiques posaient souvent des questions différentes, utilisaient des langages scientifiques différents et travaillaient en parallèle plutôt qu’ensemble. Il n’existait ni cadre commun, ni programme de recherche partagé, ni feuille de route permettant de transformer ces connaissances en actions concrètes. Burcin Ikiz, PhD,Founder and Chair, International Neuro Climate Working Group

Le Groupe de travail international Neuro Climate Working Group (NCWG) a été créé pour contribuer à changer cette situation. Dès le départ, notre vision allait au-delà de la création d’un réseau scientifique. Nous voulions construire une communauté mondiale capable de relier la science aux politiques publiques, à l’expérience vécue, à l’éducation et à l’action. Nous estimions que comprendre les effets du changement climatique sur le cerveau nécessitait non seulement une collaboration interdisciplinaire, mais aussi un véritable partenariat avec les personnes qui vivent ces changements au quotidien.

C’est pourquoi ce rapport rassemble des données scientifiques ainsi que des témoignages issus de l’expérience vécue, des perspectives de jeunes, des analyses d’experts et des études de cas provenant du monde entier. C’est également la raison pour laquelle nous avons accordé une place prioritaire aux perspectives des pays à revenu faible ou intermédiaire et des communautés particulièrement touchées par le changement climatique, en reconnaissant que les conséquences les plus lourdes sont souvent supportées par ceux qui ont le moins contribué à cette crise.

Ce rapport est le fruit de plus de deux années de travail collaboratif mené par un comité international et interdisciplinaire d’experts, avec la contribution de nombreuses personnes issues de l’ensemble de la communauté du NCWG. Il fait la synthèse de nos connaissances actuelles, identifie ce qu’il nous reste encore à apprendre et propose des pistes concrètes pour aller de l’avant à travers le Cadre Neuro Climate, le Programme de recherche Neuro Climate et la Feuille de route pour l’action Neuro Climate. Notre objectif n’est pas simplement de documenter le problème, mais de contribuer à accélérer la mise en œuvre de solutions. Le message le plus porteur d’espoir qui ressort peut-être de ce travail est que la protection de la santé cérébrale et la protection de la planète sont profondément liées. Bon nombre des mesures qui permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de renforcer la résilience face au changement climatique — une meilleure qualité de l’air, des villes plus vertes et plus fraîches, des systèmes alimentaires et hydriques plus sains, des systèmes de santé résilients et des communautés plus équitables — contribuent également à protéger et à favoriser la santé cérébrale. Investir dans la santé cérébrale, c’est investir dans notre capacité collective à innover, à coopérer et à répondre aux défis qui nous attendent.

Nous espérons que ce rapport constituera une ressource utile pour les chercheurs, les professionnels de santé, les enseignants, les décideurs politiques, les responsables communautaires et toutes les personnes qui œuvrent en faveur d’un avenir plus sain et plus résilient. Plus important encore, nous espérons qu’il contribuera à faire de la santé cérébrale une perspective fondamentale à travers laquelle nous pourrons comprendre, relever et, à terme, surmonter l’un des défis majeurs de notre époque.

Notre compatriote, membre de l’ordre national des médecins de Mauritanie, de l’Association American Psychiatry (APA) et de Climat Psychiatry Alliance (USA), Docteur Sissako Sidi El Mokar Ould Mohamed yahya El Welaty, qui fait partie des 57 scientifiques ayant élaboré ce 1er rapport explique : La chaleur extrême continue dans le Sahel dépasse les seuils d’adaptation humaine. Elle dure toute l’année, sans aucun répit nocturne, et accroît la vulnérabilité des populations.

En tant que psychiatre mauritanien, j’observe quotidiennement l’impact de cette chaleur extrême et continue sur la santé mentale et cérébrale des populations en Mauritanie et dans le Sahel, en particulier chez les personnes les plus vulnérables.

C’est une souffrance cachée derrière les sourires et une résilience apparente.

L’aspect migratoire est visible : des villages se vident de leur force vitale parce que leur terre leur est devenue étrangère. Seuls les anciens restent. Des décès surviennent, alors même que les enterrements deviennent problématiques faute de personnes suffisamment valides pour les assurer.

Je constate également l’émergence de conflits intercommunautaires, car l’ennemi commun — la chaleur et la raréfaction des ressources — reste invisible.

Au Sahel et en Mauritanie, la chaleur aggrave les inégalités en matière de santé cérébrale. Sans accès à la fraîcheur, les plus pauvres s’épuisent plus rapidement. Le soutien psychosocial à lui seul ne suffit plus.

Ignorer ce lien, c’est laisser toute une région vieillir et souffrir en silence.

Comme solution, je propose de mener des études de recherche appliquée sur la chaleur et la souffrance cérébrale dans le Sahel, de sensibiliser les populations et les décideurs à la dimension médicale de la souffrance liée à la chaleur, et d’agir concrètement sur le terrain : développer des logements adaptés à la chaleur, former les professionnels de santé et dépasser le seul cadre psychosocial afin d’intégrer pleinement la dimension médicale.

Sid’Ahmed BEYLILATOU

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