La Mauritanie à l’épreuve de la transition énergétique

À Nouakchott, experts et société civile tirent la sonnette d’alarme : sans stockage, sans réseau et sans gouvernance, le potentiel solaire et éolien géant du pays restera une promesse non tenue.

« Transition énergétique en Mauritanie: Réussir le pari d’une gouvernance partagée et inclusive », tel est le thème d’un atelier organisé à Nouakchott les 29 et 30 juillet par le Programme Régional Sahel pilotè par la fondation Konrad Adenauer Stiftung.

Selon Yacouba BERTHE, Coordinateur régional basé à Bamako, ce programme qui concerne les 5 pays de l’ex G5 fait un focus sur la question de la transition énergétique, notamment sur les énergies renouvelables.

En effet, a-t-il souligné à l’ouverture de l’atelier, ces pays sont confrontés à d’énormes difficultés énergétiques.

Les opportunités existent mais les politiques et les actions appropriées ne suivent pas, a-t-il souligné.

L’atelier animé par le Pr Alpha Oumar Dissa, expert international et ancien ministre de l’énergie et des mines du Burkina Fasso vise à offrir une plate-forme de partage et à favoriser la mise en réseau.

Le Pr Dissa a longuement exposé sur la stratégie d’intégration des énergies renouvelables au niveau des secteurs clés du développement.

La promotion du photovoltaïque et des bio-carburants, le développement des voitures électriques et l’exploitation de l’hydrogène vert, ce sont là autant d’opportunités qui s’offrent à un pays comme la Mauritanie.

Le professeur Dissa a mis en exergue les avantages du mix énergétique avec la mutualisation des différentes sources d’énergie.

Et cela est dit-il nécessaire pour assurer l’efficacité et l’efficience énergétique.

En effet selon lui dans ces pays, le mix énergétique est mal géré.

C’est ainsi par exemple qu’au Burkina il y a 15 centrales solaires mais sans aucun stockage.

C’est le cas aussi en Mauritanie où de grandes centrales comme celle de Chami existent mais sans batterie de stockage.

Un gâchis car l’énergie produite sur place ne peut pas être transportée  pour profiter à d’autres localités.

Au cours de la première journée, le panel 1 a traité de la transition énergétique en Mauritanie.

Le focus a porté sur les politiques publiques, la transparence contractuelle et la régulation.

Le panel était animé par Ba Aliou Coulibaly Coordinateur national PCQV et Abdoulaye Alioune Diop Secrétaire Permanent du Comité National Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE).

Pour Mr Coulibaly, un plaidoyer pour la transition énergétique s’impose pour faire comprendre aux autorités l’urgence de la problématique.

Pour lui les autorités s’intéressent beaucoup plus à la rente, ce qui dit-il doit cesser.

L’enjeu principal de la transition énergétique c’est l’impact social et environnemental a-t-il souligné.

La Mauritanie doit tirer profit de l’hydrogène vert et des métaux critiques.

Le pari de 2,5 milliards de dollars pour allumer le pays en 2030

Aujourd’hui en Mauritanie le taux d’accès à l’électricité s’élève à 55% dont 10% seulement en zones rurales.

Ainsi il y a 3,4 millions d’habitants supplémentaires à desservir. Et pour ce faire, la part du renouvelable doit être porté à 70% du mix énergétique donc multiplié par 1,66.

Donc la Mauritanie aura besoin de 1,23 milliard de dollars d’investissement pour accompagner la transition énergétique.

En 2019, le pays avait dépensé 250 millions de dollars soit 3,5% du PIB pour soutenir la SOMELEC.

Mr Coulibaly préconise l’application en Mauritanie de la vision minière de l’Union Africaine de 2009 qui prône le développement d’une politique plus rentable à partir de nos ressources.

De ce fait soutient-il, nos autorités doivent cesser de ne s’intéresser qu’à la rente et au bonus de signature et prendre en. compte l’intérêt des communautés.

Voilà dit-il qui justifie l’importance d’un plaidoyer de la Société Civile pour la création d’un soft-power centré sur les skills, les RH, la formation sur la négociation des contrats, pour le contenu local…

Pour sa part Mr Diop a affirmé que l’accès aux données est extrêmement important.

Et c’est là dit-il une exigence de l’ITIE qui a mis en place la plate-forme forme Data Warhouse.

L’ITIE doit aussi contribuer à l’accès des données au grand public.

Elle assure la publication des rapports, le rapprochement et les études de risque.

Le panel 2 portant sur l’intégration des énergies renouvelables et les défis d’infrastructures a été animé par Cheikh Mohamed Hama spécialiste en relations institutionnelles, Gouvernance Extractive et Logistique Pétrolière et Ahmed Mohamed Yahya Professeur titulaire de physique, tous 2 membres de l’unité de recherche sur les énergies renouvelables de l’université de Nouakchott.

Ils ont affirmé d’emblée le paradoxe mauritanien en avançant des chiffres.

450 GWC de solaire et 50GW d’éolien avec 615 MW installés dont 520 fonctionnels. 91% pour la ville et 6% pour les zones rurales.

5 verrous à faire sauter : Du panneau à la prise

Selon les 2 spécialistes, la Mauritanie n’a pas un réseau mais un archipel.

Ils ont souligné le problème des batteries de stockage qui n’existent pas.

Ainsi soutiennent-ils, produire l’énergie renouvelable c’est facile mais la transporter c’est difficile.

En effet, s’il faut 1 à 5 ans pour construire une centrale, il faut 15 ans ou plus pour transporter l’électricité à travers une ligne.

Donc le problème ce n’est pas la ressource.

Le problème intervient après l’installation du panneau solaire et de l’éolienne.

Il y a 5 verrous à surmonter: le fil, la seconde, le cerveau, la logistique, l’humain et l’argent.

Face à ces grands défis, 2,5 milliards de dollars seront nécessaires pour fournir l’électricité à tous les mauritaniens en 2030.

A noter qu’à ce jour, la centrale solaire de Taziast est la seule en Mauritanie où existe un stockage d’énergie grâce à une batterie en lithium.

D’une capacité de 34 MW comptant environ 80 000 panneaux, achevée fin 2023 et pleinement opérationnelle en 2024 elle est destinée à alimenter la mine d’or de Kinross Tasiast

De ce fait soulignent les 2 experts, la question du stockage est fondamentale et il faut chercher la technologie la plus adaptée au climat mauritanien.

Les panneaux solaires sont de technologies différentes et il convient d’éviter les erreurs du passé.

Il y a en guise d’exemple la centrale Cheikh Zayed mise en place en 2016 avec des installations inadaptées, toutes dégradées aujourd’hui.

Et parmi les défis il y a le réseau d’interconnexion aussi qui doit être adapté.

Les perspectives sont bonnes et des projets importants existent comme le projet BREST de la CEDEAO financé par  la Banque Mondiale pour l’électrification rurale en Mauritanie, au Sénégal, au Mali et au Burkina.

Il porte sur une capacité de 90 kilovolts avec une bretelle à Bèni Naji. Il traverse le Trarza et le Brakna via le réseau de l’OMVS et devrait fournir l’électricité à 100.000 habitants.

L’étude a été bouclée en 2025 et on en est actuellement à la sélection des entreprises pour l’exécution.

A noter qu’il s’agit là d’une électricité dont le coût de revient devrait revenir moins cher pour les foyers, à condition que l’autorité de régulation revoit les tarifs ce qu’elle rechigne à faire jusque-là

Bakari Gueye

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