Jugé à tort ou à raison peu loquace et pas toujours à l’aise devant un micro, le président Ghazouani s’est soumis à un exercice assez délicat qui lui aura plutôt bien réussi.
Il s’agissait pour lui de faire une sortie médiatique avec pour objectif principal de répondre aux préoccupations des mauritaniens et ce à la veille du 2ème anniversaire de son second mandat.
Le format choisi, celui de la conférence de presse n’était pas aussi évident et sa mise en œuvre relevait du casse-tête chinois, au vu de l’anarchie qui règne dans le secteur de la presse et de la pléthore de médias et de journalistes, le plus souvent n’ayant aucune existence réelle dans le paysage médiatique et agissant en sous-fifres sous la coupole de lobby aux agendas pas toujours arrimés aux objectifs stratégiques du président de la République.
La sélection kafkaenne des participants à la conférence de presse en dit long sur la désinvolture et l’amateurisme des services de communication chargés de la préparation de cette conférence de presse.
Sur la cinquantaine de journalistes et non journalistes invités à cette conférence de presse, seuls près d’une dizaine d’intervenants triés sur le volet ont eu droit à la parole et ont posé des questions visiblement dirigés et bien encadrées.
Quoiqu’il en soit, le président Ghazouani qui a accusé un léger retard était décontracté et très à l’aise face à des questions qui étaient pour certaines incisives et très critiques de la gestion des affaires publiques.
Il a pris le temps de répondre méticuleusement à toutes les questions, sans chercher à les esquiver ou à les déformer.
Et ses réponses étaient parfois étayées par des chiffres, ce qui dénotait d’une certaine maitrise de ses dossiers.
Grace à cette méthode doublée d’un calme et d’une assurance à toute épreuve, le président Ghazouani a tenté de déconstruire certaines idées reçues sur des questions fondamentales ayant trait à la richesse du pays et à la gestion des marchés publics.
L’économie du pays se porte bien et le ratio de la dette, qui s’élevait en 2019 à environ 91 % du produit intérieur brut en incluant la dette koweïtienne, et à 79 % hors celle-ci, est aujourd’hui ramené à un niveau compris entre 40 % et 45 %.
Il a ajouté que cette amélioration est confirmée par d’autres indicateurs économiques, notamment l’enregistrement, par le passé, d’un excédent budgétaire et la réduction actuelle du déficit à moins de 1 %. Il a estimé que ces résultats traduisent des progrès tangibles dans la gestion des finances publiques et le renforcement de la stabilité économique.
Concernant le projet gazier commun avec le Sénégal, le Président de la République a rappelé que l’accord signé en 2015 repose sur un partenariat clairement défini entre les deux pays. Il a précisé que la participation de la Mauritanie s’est faite par l’intermédiaire de la Société mauritanienne des hydrocarbures, à hauteur de 7 %, une participation qui a nécessité un financement colossal de 300 millions de dollars.
Voilà pourquoi on ne doit pas espérer grand-chose de la première phase de la production gazière, a-t-il affirmé..
Sur le volet politique, le Président a écarté tout lien entre le dialogue national et la question des mandats. Il a qualifié le débat sur un 3ème mandat de « prématuré » et de « confusion » visant à « perturber les réalisations en cours ». Il a réaffirmé : « Je ne suis pas en faveur de toute mesure qui ne soit pas prévue par la constitution ou décidée par le peuple ». Sa priorité : appliquer le programme de son 2ème mandat.
Répondant à une question sur la lutte contre la corruption, il a prôné la tolérance zéro. Il a rappelé que 20 personnes ont été incarcérées en 2025 et que « des dizaines de hauts fonctionnaires » ont perdu leurs postes pour mauvaise gestion. Il a appelé à écarter tout responsable poursuivi par la justice jusqu’au jugement. Il a salué la loi sur les lanceurs d’alerte et invité les journalistes à transmettre leurs preuves sur les questions de corruption. Pour lui, la corruption est « systémique » : financière, morale, sociale et politique.
Le président a insisté sur la nécessité de « surmonter les lacunes » et de « consacrer l’indépendance des pouvoirs ».
Ghazouani a promis une solution définitive du passif humanitaire. Une commission planche actuellement sur le sujet et traite directement avec les ayant droits où qu’ils se trouvent.
Il a mis en garde contre les discours « nuisibles qui cherchent à diviser le peuple et à répandre la haine entre ses différentes couches ».
Il a appelé à un débat « responsable » et a insisté sur le fait qu’il parle « du peuple, de la nation et de l’avenir du pays en général ».
A une question sur la fameuse Loi sur les « symboles », le Président s’est dit gêné par le nom « Loi des symboles » et a demandé qu’il soit changé. Il a nié que la loi vise à protéger le gouvernement et a laissé entendre qu’elle pourrait être révisée ou voire même abrogée. Il a déploré la baisse du niveau du débat public et les discours « nuisibles » qui « divisent et sèment la haine », tout en réaffirmant l’importance de la critique libre.
Bref, Ghazouani a fermé la porte à toute révision constitutionnelle, affichant une ligne dure anti-corruption, et appelant à un dialogue responsable loin des polémiques.
Cette conférence de presse assez édifiante a permis au président de tirer son épingle du jeu, en répondant clairement à toutes les questions de l’heure.
L’ouverture, l’affabilité frisant la familiarité avec les journalistes ont révélé un président sûr de lui et bien rodé pour le débat public.
Bakari Gueye
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