«Nous avons plus de 850 millions de dollars de réserves en devises. Cela permet d’assurer les importations pendant au moins trois mois, par conséquent une dévaluation n’est pas à l’ordre du jour ».

C’est en substance la réplique du gouverneur de la Banque centrale de Mauritanie visiblement agacé par la question d’un journaliste qui mettait en doute le chiffre de 850 millions de dollars de réserves en devises et cherchait à savoir si la démonétisation n’était pas faite pour dissimuler la dévaluation de la monnaie nationale.

poursuivre une politique de dévaluation entamée depuis mars 2017

Faut-il croire le gouverneur? Tout indique que la Mauritanie va poursuivre une politique de dévaluation entamée depuis mars 2017.Comment le pays en est-il arrivé là? En dilapidant ses réserves en devises.

2012, la Mauritanie affiche le chiffre record de plus 900 millions de dollars de réserves en devises. Fort d’une telle embellie, le pouvoir repousse l’offre de financement faite par le FMI en 2013 et se met à financer ses projets sur fonds propres.

L’erreur se paye cash. En effet en 2015 l’argent a déjà pris la clé des champs. Le pays se tourne alors vers le Fonds qui n’est pas bon prêteur.

En 2016 le couperet tombe. Le FMI est décidé à délier les cordons de la bourse à condition que l’ouguiya soit dévaluée à hauteur de 40%. Aziz du côté de la BCM et du ministère de l’Économie et des Finances rejette l’idée de dévaluation.

une chute continue de la valeur de l’ouguiya

Mais dans les faits, le Fonds et la Mauritanie entament des négociations portant sur un prêt d’une enveloppe de 200 millions de dollars contre 30% de la dévaluation de l’ouguiya. Les pourparlers commencent à la mi-mars 2017.

Dès lors on remarquera une chute continue de la valeur de l’ouguiya comparée au dollar et à l’euro. En effet entre mars et décembre 2017 le prix de l’euro et ne cesse d’augmenter par rapport à l’ouguiya. Le prix d’un euro est passé de 389,64 en mars à 424,79 UM en décembre. En dépit de tout cela la Mauritanie continue à clamer qu’elle a déjà  entamé une dévaluation de sa monnaie et qu’elle compte poursuivre cette dévaluation.

des lendemains incertains

Le FMI qui de son côté n’a jamais rendu public le taux de la dévaluation décidée lors des pourparlers a laissé entendre en filigrane que l’ouguiya a été bel et bien dévaluée en saluant le glissement de la monnaie auquel  le pays s’est soumis aux termes de négociations qui ont abouti à un prêt de 163 millions de dollars en novembre passé. Quid du changement de la valeur faciale des billets de banque et de pièces de monnaie ? Certains économistes pensent qu’il s’agit d’un mauvais présage qui vient annoncer des jours plus difficiles pour les Mauritaniens en proie à une dévaluation continue de leur monnaie nationale.

 Samba Camara