Agriculture : l’Afrique mise sur le numérique pour vaincre la faim


NOUAKCHOTT — Comment nourrir l’Afrique dans un monde secoué par les crises ?

La question a dominé les travaux de la dernière réunion régionale de la Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, qui s’est achevée ce vendredi dans la capitale mauritanienne.

Entre conflits persistants, dérèglement climatique et recul des financements internationaux, le continent est face à une équation urgente : produire davantage, mais surtout produire mieux — et par lui-même.
Sur place, Initiatives News a recueilli les analyses de Fatou Diouf, ministre sénégalaise de la pêche ainsi que celles de la Directrice générale adjointe de la FAO, qui dressent un constat sans détour : les ressources financières existent, mais leur orientation doit évoluer.
« C’est un moment où certains financements traditionnels pour l’agriculture ont changé. Des donateurs historiques se retirent pour investir dans d’autres priorités. Pourtant, il y a suffisamment de capitaux dans le monde pour améliorer l’alimentation et l’agriculture », a souligné la responsable de la FAO.
Des financements en mutation, une stratégie à repenser
Depuis plusieurs années, les flux d’aide publique au développement consacrés à l’agriculture africaine s’érodent. Les priorités globales ont changé, notamment sous l’effet des crises sécuritaires et sanitaires. Résultat : les États africains sont appelés à repenser leurs modèles de financement et à rendre leurs projets plus attractifs.
C’est dans cette logique que plusieurs pays, dont la Mauritanie, misent désormais sur l’innovation et la transformation numérique pour séduire investisseurs et partenaires techniques.
Le numérique comme levier de transformation
À Nouakchott, les autorités mauritaniennes ont clairement affiché leurs ambitions. Le pays, qui assurera la présidence régionale de la conférence pour les deux prochaines années, entend faire du numérique un pilier de sa stratégie agricole.
Applications mobiles pour relier producteurs et marchés, plateformes de commercialisation en ligne, analyse des sols par satellite : les pistes sont multiples.
Selon un responsable du ministère de l’Agriculture :
« Grâce aux plans d’investissement que nous avons préparés pour des filières prioritaires, nous voulons utiliser cette conférence comme une plateforme pour mobiliser des financements. L’innovation et les solutions numériques peuvent résoudre des problèmes concrets comme l’accès au marché ou l’analyse des sols. »
La mer et les terres, deux atouts à valoriser
Autre levier évoqué lors des échanges : l’exploitation durable des ressources halieutiques. Pour des pays côtiers comme le Sénégal, représenté par sa ministre de la Pêche, le potentiel reste considérable. L’articulation entre agriculture et économie bleue pourrait ainsi renforcer la sécurité alimentaire régionale.
Vers une agriculture plus autonome
Au-delà des discours, une conviction s’impose : l’Afrique ne peut plus dépendre exclusivement des importations ni des financements extérieurs pour nourrir sa population. L’enjeu est désormais celui de la souveraineté alimentaire.
Mieux connaître ses sols grâce aux données satellitaires, vendre ses récoltes via le téléphone mobile, optimiser les chaînes de valeur : le virage numérique apparaît comme une réponse concrète aux défis actuels.
La Mauritanie dispose désormais de deux ans pour transformer cette ambition en résultats et, peut-être, tracer la voie d’une agriculture africaine plus moderne, plus résiliente et plus indépendante.
Oumar Elhadj Thiam

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