Par Mohamed Ould Mohamed El Hassan*
Excellence Monsieur le Président de la République,Aujourd’hui, Internet est devenu un outil indispensable dans notre vie moderne. Il offre d’immenses possibilités dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la communication, du commerce et de l’accès au savoir.Grâce à lui, les citoyens peuvent apprendre, travailler, investir et rester en contact avec leurs proches. De nombreuses administrations publiques ont également pu moderniser leurs services grâce à la transformation numérique.Cependant, Internet est aussi une arme à double tranchant. Ses effets négatifs ne cessent de s’aggraver de manière préoccupante et méritent une attention particulière.
Dans de nombreuses familles, les dépenses liées aux abonnements Internet constituent désormais une véritable charge financière. Beaucoup d’enfants demandent quotidiennement environ 200 ouguiyas pour acheter des données mobiles afin de jouer en ligne.
Cette dépense quotidienne finit par peser lourdement sur le budget familial.
La situation est encore plus préoccupante chez certains adolescents qui réclament chaque jour entre 500 et 1 000 ouguiyas, parfois pour des usages que leurs parents ignorent ou ne peuvent contrôler. Cela favorise l’isolement, l’exposition à des contenus inappropriés et, dans certains cas, des comportements à risque.Les dangers d’Internet ne concernent pas uniquement les enfants et les jeunes.
Les adultes sont également exposés à un mélange d’informations utiles, trompeuses, fausses ou nuisibles. Les rumeurs, les fausses informations et le sensationnalisme médiatique se propagent très rapidement, influencent l’opinion publique, alimentent les tensions et détournent les citoyens des véritables priorités.
L’un des plus grands défis de l’ère numérique est l’addiction aux médias numériques. Beaucoup de personnes passent de longues heures devant leur téléphone portable, au détriment de leur famille, de leur travail, de leurs études et de leur santé. Cette dépendance est aujourd’hui reconnue dans de nombreux pays comme un véritable problème de santé publique.
Excellence Monsieur le Président,Internet, tout comme la radio, la télévision et d’autres inventions, n’a pas été créé dans notre pays. Il est né dans des sociétés disposant d’une solide tradition scientifique et technologique, où les familles, les écoles, les universités, les centres de recherche, les médias et les pouvoirs publics participent à l’éducation des citoyens.
Les enfants, les jeunes, les personnes peu instruites ainsi que l’ensemble des adultes y reçoivent une sensibilisation permanente sur les avantages, les risques et les bonnes pratiques d’utilisation des nouvelles technologies.
Dans notre pays, en revanche, la culture de l’accompagnement et de l’éducation au numérique en est encore à ses débuts.Lorsqu’un citoyen achète un médicament, il reçoit une notice expliquant les indications, les contre-indications et les précautions d’emploi. En revanche, Internet est mis à la disposition de tous sans véritable « mode d’emploi » permettant aux citoyens d’en comprendre les avantages, les dangers et les limites d’utilisation.
Cette problématique est d’autant plus préoccupante que le niveau d’éducation demeure un défi national. Une part importante de la population rencontre encore des difficultés d’alphabétisation et de maîtrise des outils modernes.
Dans ces conditions, il devient difficile pour de nombreux citoyens de distinguer les informations fiables des informations trompeuses, de comprendre les dangers des réseaux sociaux ou de se protéger contre les effets d’une utilisation excessive d’Internet.
Il apparaît donc nécessaire de lancer une vaste campagne nationale permanente de sensibilisation, mobilisant tous les moyens de communication disponibles : télévision, radio, presse, réseaux sociaux, mosquées, établissements scolaires, universités, administrations publiques, associations et collectivités locales.
Cette campagne devrait expliquer, dans un langage simple et accessible, les avantages de la transformation numérique, mais aussi les risques, les effets nocifs, les dangers de l’usage excessif, les risques de dépendance ainsi que leurs conséquences sur la santé, la vie familiale, la réussite scolaire, la productivité et la cohésion sociale.
Cette campagne ne devrait pas être ponctuelle ou saisonnière, mais permanente, durable et adaptée aux différentes catégories de la population.
En développant une véritable culture numérique responsable, notre société pourra tirer pleinement profit de cette technologie tout en limitant ses effets négatifs.
Dans ce contexte, la responsabilité de l’État ne se limite pas au développement des infrastructures numériques. Elle comprend également la protection des citoyens par l’éducation, la prévention et l’encadrement.
Par conséquent, toute réflexion visant à limiter certains usages d’Internet devrait être précédée d’une vaste campagne nationale d’information et de sensibilisation. Sans préparation de l’opinion publique et sans prise de conscience des enjeux, toute mesure de ce type risquerait d’être mal comprise et de ne pas produire les résultats escomptés.
Ce n’est qu’après cette phase d’information, de sensibilisation et de dialogue qu’il serait opportun d’étudier les différentes options, en concertation avec les experts, les opérateurs de télécommunications, les éducateurs, les parents et les représentants de la société civile, afin de limiter l’usage excessif des médias numériques.
Parmi les pistes envisageables, à titre expérimental, on pourrait réfléchir à une suspension partielle ou à une limitation de certains services Internet deux jours par semaine, tout en maintenant les services essentiels tels que les secours, les administrations, l’enseignement, les activités économiques et les moyens de communication indispensables.
À ce propos, permettez-moi une remarque teintée d’humour : si les travailleurs bénéficient, à juste titre, de deux jours de repos hebdomadaires afin de préserver leur équilibre, pourquoi serait-il inconcevable d’envisager une forme de « repos numérique », alors qu’Internet est devenu, pour beaucoup, davantage un moyen de divertissement et de perte de temps qu’un véritable outil de travail ?
Cette réflexion ne constitue pas une conclusion définitive, mais une invitation à ouvrir un débat national serein et responsable.Excellence Monsieur le Président,Le progrès technologique doit rester au service de l’être humain, et non l’inverse. Il nous appartient à tous de trouver un équilibre entre les bénéfices de la transformation numérique et la protection de notre société contre ses effets néfastes.
J’exprime le souhait que cette lettre contribue à enrichir la réflexion visant à élaborer une politique nationale conciliant innovation, liberté, éducation, responsabilité et protection des citoyens.Je vous prie d’agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération et de mon profond respect.
*Président fondateur de l’Institut international de recherche et d’études stratégiques (2IRES)14 juillet 2026
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