Azawad : quand le rêve dépasse les rapports de force

Par Mohamed Ould Oumar

Si l’on veut comprendre le destin d’un État, il ne suffit pas d’observer la volonté de ceux qui le revendiquent ; il faut également examiner les rapports de force qui l’entourent.

Les intentions nourrissent les rêves, mais ce sont les réalités qui façonnent les États. C’est en substance l’idée développée par le Dr Mohamed Mokhtar Chinguitti lors d’une conférence donnée à Nouakchott après son retour au pays.

Dans une lecture stratégique, l’Azawad apparaît comme un vaste territoire où se croisent des volontés contradictoires et des intérêts multiples.

Croire qu’une déclaration d’indépendance suffit à faire naître un État revient à penser que planter un drapeau sur une colline équivaut à remporter une guerre. La véritable victoire ne se mesure pas à l’annonce d’une souveraineté, mais à la capacité de protéger le territoire, d’administrer la population, d’assurer les ressources nécessaires et d’obtenir la reconnaissance des voisins comme de la communauté internationale.

L’histoire montre qu’un acteur qui affronte simultanément tous ses adversaires épuise ses forces avant même d’atteindre son objectif. Dans le cas de l’Azawad, le projet d’un État indépendant se heurte à la volonté de l’État malien, aux réticences des pays voisins et à un système régional qui redoute qu’une réussite séparatiste ne provoque une succession incontrôlable de nouvelles divisions.

Lorsque plusieurs volontés convergent pour empêcher une évolution donnée, sa réalisation devient d’autant plus difficile, quelles que soient la légitimité des revendications ou la puissance des slogans.

Par ailleurs, un territoire marqué par la diversité des allégeances, des tribus et des intérêts ne peut prétendre à une stabilité durable sans un large consensus interne. Aucun bâtisseur avisé ne construit sa maison sur un terrain encore instable, pas plus qu’il ne fonde son autorité sur un accord inachevé.

Un État qui ne parvient pas à rassembler ses composantes autour d’une vision commune demeure vulnérable aux turbulences, même après avoir proclamé son indépendance.La complexité du dossier est accentuée par la situation sécuritaire du Sahel, devenu un espace où prolifèrent groupes armés, réseaux de trafics et menaces transnationales.

Dans un tel environnement, la question n’est pas seulement de savoir comment proclamer un État, mais surtout comment le préserver après sa naissance. Car le défi majeur n’est pas la conquête du pouvoir ; il réside dans la capacité à l’exercer durablement.

C’est pourquoi il convient de distinguer entre l’idéal souhaité et le possible. L’idéal peut être celui d’un État pleinement souverain ; le possible, dans le contexte actuel, pourrait résider dans un renforcement de l’autonomie locale, une meilleure représentation politique et des politiques de développement capables de traiter les causes profondes des tensions. Ceux qui évaluent lucidement leurs capacités et les réalités du terrain peuvent obtenir des acquis durables.

Ceux qui les ignorent risquent de perdre même ce qui était à leur portée.Dans une perspective stratégique plutôt qu’émotionnelle, l’avenir de l’Azawad semble aujourd’hui davantage orienté vers la recherche d’un compromis politique au sein du cadre existant que vers la création d’un État indépendant à court ou moyen terme.

Cette réalité est comprise depuis longtemps par de nombreux acteurs de la région. Cependant, selon les partisans de l’Azawad, les autorités centrales de Bamako ont régulièrement remis en cause les engagements contenus dans les accords signés avec les mouvements de libération azawadiens.

La guerre n’est jamais une simple confrontation militaire. Elle est un calcul permanent entre capacités, opportunités et risques.

Lorsque le coût d’un objectif dépasse les chances raisonnables de l’atteindre, la sagesse consiste à explorer d’autres voies susceptibles de garantir la stabilité, de préserver les intérêts essentiels et d’éviter de nouveaux conflits.

Dès lors, la véritable question n’est pas de savoir s’il est possible de proclamer un État en Azawad. Elle est de déterminer quelle option possède les meilleures chances de durer. Car la sagesse politique ne recherche pas la victoire immédiate, mais celle qui s’inscrit dans le temps.

Article original en arabe : https://www.miraatelwatan.net/ar/node/2847

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