A l’occasion la Journée Internationale des Droits des Femmes, Galien Africa en partenariat avec le Réseau des Medias Africains pour la Santé et l’Environnement (REMAPSEN), a organisé aujourd’hui un webinaire placé sous le thème : «Leadership des femmes en santé mondiale : Influence stratégique sur les politiques publiques, justice sociale et modèles innovants de financement dans un contexte de ressources limitées. »
A l’ouverture de cette conférence le Pr Awa Marie Col Seck, présidente du Forum Galien Afrique, a rappelé l’importance de cette journée soulignant au passage que les femmes sont les véritables architectes de la société d’où affirme-t-elle la nécessité de reconnaitre leur leadership pour un système de santé plus efficace.
Et d’ajouter que leur rôle est décisif pour la mise en place d’un modèle de financement plus résilient qui serait de nature à peser sur les politiques publiques.
5 panélistes triés sur le volet ont animé ce wébinaire. Il s’agit de : Dr Sennen Hounton, directeur Régional UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Le Dr Sennen a derrière lui une vingtane d’années d’expérience en prospective stratégique, systèmes de santé résilients et dividende démographique.

Dr N’da Konan Michel Yao, Représentant de l’OMS au Sénégal et qui est un médecin ivoirien de renommée, spécialiste en médecine de catastrophe et d’urgence.

Pr Fatou Samba Ndiaye, Présidente de l’Association des femmes médecins du Sénégal, première femme agrégée en hématologie clinique au Sénégal.

Caty Fall Sow, directrice des politiques, des relations gouvernementales et des partenariats pour l’Afrique de Gates Foundation.

Et enfin Dr Raymonde Goudou Koffie, Ministre, Gouverneure originaire de la Cote d’Ivoire.

La discussion a été modérée par Mme Viviane Onano, fondatrice et directrice Leading Light initiative.

Adopter des mécanismes de financement innovants
Les débats ont tourné autour de la nécessité pour les pays africains d’adopter des modèles de financement innovants et plus résilients et d’impliquer beaucoup plus les femmes dans les prises de décisions ayant trait au financement des programmes qui leurs sont destinés.
A la question de savoir quels sont les modèles de financement les plus appropriés, Dr Sennen a insisté sur l’importance de maximiser les ressources nationales en prenant des décisions allant dans le sens de la restructuration de la dette afin d’investir plus.
Il a donné l’exemple de pays comme la Sierra Léone et le Cap Vert qui ont respectivement porté les taux de financement de l’éducation et la santé respectivement à 25% et 13%.
Une autre option existe selon lui et qui consiste à lever des taxes sur des produits comme l’alcool ou les cigarettes pour promouvoir la santé et l’autonomisation des femmes.
Des taxes de solidarité sont aussi un appoint intéressant.
Le Dr Sennen a aussi fait état de certaines initiatives de l’UNFPA dont la promotion des fonds de jumelage.
Katy Fall Sow de la fondation Gates a souligné l’importance du partenariat avec le Forum Gallien. Elle a parlé des financements innovants et intelligents promus par la fondation Gates qui a décidé l’année dernière d’injecter 200 Milliards de dollars d’ici 2045.Un engagement sur 20 ans qui vise à lutter contre les maladies infectieuses, la mortalité infantile et à soutenir l’éducation.
Pour définir les besoins et gérer cette manne financière, 3 bureaux régionaux devraient être ouverts au Sénégal, au Kenya et en Afrique du Sud. Il s’agit là d’une première dans l’histoire de la philanthropie, a noté Mme Sow qui a ajouté : « Nous ne nous substituons pas aux bailleurs traditionnels mais nous sommes des catalyseurs. »
Mme Sow a aussi souligné l’importance de la nutrition pour la santé des femmes ainsi que la nécessité pour elles, pour les fermières notamment d’accéder aux marchés financiers.
Cette intersection entre nutrition, sécurité alimentaire et santé est fondamentale, selon elle.
Au sujet de l’influence des femmes leaders sur les politiques étatiques, Pr Fatou Samba Ndiaye a dit que le leadership devrait constituer un levier stratégique.
Pour elle le leadership en santé doit sortir des hôpitaux pour investir les ministères des Finances et du Plan, afin de peser sur les décisions.
Et pour ce faire poursuit le Pr Ndiaye, les femmes doivent démontrer la fiabilité de l’approche retour sur investissement et ce pour forcer les décideurs à agir face à des preuves irréfutables.
Il faut aussi dit-elle, renforcer le plaidoyer collectif via les associations de la Société Civile.
Le lobbying scientifique doit être usité. Il faut harmoniser les standards de soins et maitriser les codes de la vie publique.
Les femmes doivent se former aux relatons internationales et à la gouvernance publique.
Pour le Pr Fatou Samba Ndiaye, les femmes doivent transformer leur expertise en influence.
Les mécanismes innovants pour financer la santé de la femme seraient une option intéressante a estimé le Dr N’da Konan Michel qui a reconnu que la marge de manœuvre de l’OMS a été affecté par la réduction des financements traditionnels.
Il préconise l’adoption de mécanismes de financements locaux avec une première option consistant au renforcement domestique du financement de la santé basé sur des réformes appropriées.
Il convient dit le Dr N’da d’impliquer les femmes leaders et améliorer les ressources locales pour atteindre les objectifs des programmes locaux.
2ème type de financement suggéré par l’OMS : taxer certains produits comme l’essence et le tabac et diriger les dividendes vers les communautés de femmes.
Autre option, c’est le partenariat Public/Privé et le soutien aux solutions digitales de santé.
Ainsi, pour le Dr N’da : « Investir dans l’entreprenariat des femmes est fondamental et il faut qu’il y ait des marqueurs de genre. »
L’ex ministre ivoirienne de la Santé, Mme Raymonde Koffie a rappelé les engagements non tenus de Beijing affirmant que la présence des femmes aux postes de décision reste mitigée en Afrique subsaharienne.
En effet déplore-t-elle-même si au niveau des postes de santé les femmes représentent 56% des effectifs, au niveau des postes de décision elles représentent moins de 15%.
En plus ajoute-t-elle, en Côte d’Ivoire l’enveloppe consacrée à la santé tourne autour de 6%, loin des recommandations d’Abuja.
Pour le Pr Fatou Samba Ndiaye il faut beaucoup d’audace pour les femmes, beaucoup de solidarité aussi. Il faut dit-elle arriver à mettre le genre dans les budgets. Il est temps que les femmes passent de la table des soins à la table des négociations budgétaires.
Il convient de rappeler que le Forum Galien Afrique qui a organisé ce wébinaire, offre une plateforme d’échanges scientifiques de haut niveau sur des questions d’intérêt commun, les priorités du continent pour les africains et par les africains.
Il réunit des Prix Nobel, des Leaders politiques, des experts, des chercheurs, des étudiants, des médecins, des socio-anthropologues, des biologistes, des innovateurs, des investisseurs, des organisations internationales, la société civile et le secteur privé.
Bakari Gueye
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