Mauritanie et droits de l’homme : une réforme progressive et le pari de la légitimité internationale

Par Ahmed Mohamed Hamada*

Dans un monde où les droits de l’homme s’imposent de plus en plus comme un critère central de mesure de la légitimité des États et de la solidité de leurs institutions, la participation de la Mauritanie à la soixante-et-unième session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies à Genève apparaît comme l’expression d’un choix politique et stratégique fondé sur un engagement responsable au sein du système international des droits humains, loin de toute logique d’isolement ou de confrontation.

La présence de la Mauritanie dans cette instance onusienne de premier plan ne relève pas d’une simple participation protocolaire, mais traduit une orientation souveraine visant à renforcer l’État de droit, à consolider la culture des droits et des libertés, et à affirmer le principe de coopération avec les mécanismes internationaux pertinents, en cohérence avec les transformations institutionnelles qu’a connues le pays ces dernières années.

L’État mauritanien a ainsi opté pour une approche réaliste et progressive dans la gestion du dossier des droits de l’homme, fondée sur la réforme institutionnelle, le renforcement des garanties juridiques et le développement des politiques sociales, loin des approches populistes ou des pressions conjoncturelles susceptibles de fragiliser les équilibres sociaux et la stabilité générale.

Dans des sociétés caractérisées par des structures sociales complexes, la réforme des droits humains ne saurait procéder par rupture brutale, mais s’inscrit dans un processus cumulatif conciliant impératifs de transformation et exigences de stabilité.Cette orientation réformatrice s’est traduite par un ensemble de mesures juridiques et institutionnelles concrètes ayant renforcé le cadre national de protection des droits.

La Mauritanie a notamment adopté la loi n° 031–2015 criminalisant l’esclavage et réprimant les pratiques assimilées, laquelle a renforcé les sanctions et qualifié ce crime de crime contre l’humanité. Des juridictions spécialisées dans les affaires liées à l’esclavage ont également été instituées en vertu de la loi n° 039–2015, marquant une avancée significative dans l’efficacité des poursuites judiciaires. Par ailleurs, la loi n° 017–2020 relative à la lutte contre la traite des personnes et à la protection des victimes a été adoptée conformément aux engagements internationaux du pays.Dans le domaine des libertés publiques, le cadre législatif a connu des évolutions notables, notamment avec l’abolition des peines privatives de liberté pour les délits de presse à travers la loi de 2011 sur la protection du journaliste professionnel, ainsi que le renforcement de la liberté associative à travers la loi n° 004–2021 relative aux associations, réseaux et fondations. Le rôle de la Commission nationale des droits de l’homme a également été consolidé en tant qu’institution nationale indépendante conforme aux standards internationaux, parallèlement à la poursuite de l’harmonisation de la législation nationale avec les conventions internationales et les mécanismes de l’Examen périodique universel, traduisant une volonté politique claire de consolider l’État de droit et de renforcer le système de protection des droits et libertés dans un cadre réformateur progressif et durable.Dans ce contexte, certaines thèses évoquant une « opacité généralisée » de la situation des droits de l’homme en Mauritanie apparaissent comme des jugements globalisants ne reposant pas toujours sur une analyse objective de l’évolution institutionnelle et législative du pays. Toute évaluation équitable d’une expérience nationale en matière de droits humains devrait s’appuyer sur l’analyse des indicateurs juridiques et institutionnels ainsi que des transformations effectives, plutôt que sur un discours alarmiste ou une lecture sélective des faits. Malgré des défis structurels communs à de nombreux pays en développement, la Mauritanie a réalisé des avancées tangibles dans le renforcement de l’État de droit, l’élargissement des libertés publiques et la protection juridique des groupes vulnérables, comme en témoigne la dynamique de réforme et la coopération continue avec les mécanismes des Nations unies.

Dans la même perspective, certains discours tenus à l’étranger sur la situation des droits de l’homme en Mauritanie — notamment les déclarations de Biram à Berlin — soulèvent des interrogations quant à leur objectivité et à leur conformité avec les exigences de la responsabilité nationale. Présenter une image uniformément négative de la situation des droits humains sur les tribunes internationales, en faisant abstraction des réformes en cours, ne contribue pas à soutenir les efforts nationaux, mais tend plutôt à renforcer des narratifs réducteurs ignorant la complexité du contexte social et la nature progressive du processus de transformation engagé par l’État.

Le débat sur les droits humains doit, par essence, demeurer un cadre de promotion de la réforme et du développement institutionnel, et non un instrument de politisation ou d’internationalisation des questions internes au détriment des intérêts stratégiques du pays.

Dans cette optique, la participation de la délégation mauritanienne au Conseil des droits de l’homme constitue un message politique clair attestant de l’engagement de l’État en faveur de la transparence et de l’ouverture aux mécanismes internationaux d’évaluation, ainsi que de sa volonté de présenter les progrès réalisés dans la promotion et la protection des droits et libertés et dans la mise en œuvre des recommandations issues des mécanismes onusiens de suivi.

Cette démarche traduit la confiance des institutions nationales dans la trajectoire réformatrice engagée et consacre le choix de la coopération plutôt que celui du repli.Les rencontres bilatérales menées en marge de la session témoignent également d’une prise de conscience croissante de l’importance du partenariat international dans le développement du système national de protection des droits humains, qu’il s’agisse d’appui technique, d’échanges d’expertise ou de renforcement de l’action humanitaire, conformément à la vision de l’État visant à consolider ses capacités institutionnelles et à améliorer ses mécanismes de gouvernance.

Par ailleurs, il convient de distinguer entre la critique constructive, susceptible d’améliorer les performances en matière de droits humains, et les discours cherchant à instrumentaliser cette question à des fins politiques ou partisanes.

La protection des droits de l’homme ne saurait être garantie par des surenchères médiatiques, mais par un travail institutionnel responsable et un dialogue national constructif.

L’expérience mauritanienne en matière de droits de l’homme, malgré les contraintes liées au contexte socio-économique, s’inscrit ainsi dans une dynamique de consolidation de l’État de droit, de renforcement des libertés publiques et d’élargissement de la participation citoyenne, processus qui requiert un soutien collectif et une évaluation objective, loin des jugements préconçus.

En définitive, la défense des droits de l’homme en Mauritanie ne constitue pas un simple slogan politique ou un sujet de controverse conjoncturelle, mais relève d’un projet national et d’une responsabilité collective engageant l’avenir de l’État, sa stabilité et son unité. La phase actuelle exige des forces nationales, des élites intellectuelles et des acteurs des droits humains qu’ils élèvent leur discours au niveau des défis et contribuent au renforcement du processus réformateur et de la confiance dans les institutions, plutôt que de fragiliser celles-ci.

La Mauritanie, engagée avec constance sur la voie des réformes, a aujourd’hui besoin d’une mobilisation nationale fédératrice pour consolider ses acquis, renforcer l’État de droit et promouvoir les valeurs de justice et de citoyenneté. Car la force de l’État réside dans la cohésion de son peuple et sa stabilité dans l’unité de ses rangs.

Le véritable enjeu demeure que la nation reste au-dessus de toute considération, et que les efforts convergent vers la construction d’un avenir à la hauteur des aspirations de la Mauritanie : un État fort par ses institutions, juste par ses lois, uni par sa volonté collective et résolument tourné vers un avenir plus stable et plus équitable.

*Écrivain et analyste politique mauritanien

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