À Nouakchott, le palais présidentiel a été, ces jours-ci, le théâtre d’un intense ballet diplomatique. Le président mauritanien, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a reçu le général de corps d’armée Mohammed Berrid, inspecteur général des Forces armées royales (FAR) du Maroc.
Cette audience s’inscrit dans le cadre de la 5ᵉ session de la commission militaire mixte maroco-mauritanienne.
Pendant 72 heures, de hauts responsables militaires du Maroc et de la Mauritanie ont travaillé pour dresser le bilan de la coopération sécuritaire et renforcer la surveillance des frontières dans un contexte régional marqué par une instabilité persistante au Sahel.
Renforcer la coopération sécuritaire face à la menace sahélienne
Les discussions ont porté sur l’échange de renseignements et la coordination des actions pour lutter contre les groupes armés opérant notamment aux abords du Mali. Le Maroc et la Mauritanie entendent ainsi consolider leur partenariat sécuritaire afin de contenir les menaces terroristes et les trafics transfrontaliers.
Cette dynamique illustre une convergence stratégique entre Rabat et Nouakchott, soucieuses de sécuriser leurs espaces et de prévenir toute déstabilisation dans une zone particulièrement volatile.
Un équilibre diplomatique sous tension
Pour Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, l’équation reste délicate. La Mauritanie s’efforce de maintenir une position d’équilibre entre ses deux partenaires régionaux majeurs : le Maroc et l’Algérie.
Parallèlement au renforcement des liens avec Rabat, Nouakchott poursuit ses discussions avec Alger.
En avril 2025, la Mauritanie et l’Algérie ont d’ailleurs signé des accords portant sur la protection des informations sensibles, illustrant une volonté de coopération sécuritaire élargie.
Le dossier du Sahara occidental, ligne de fracture persistante
Un autre sujet sensible vient compliquer cet équilibre : la question du Sahara occidental. Le président mauritanien reçoit ponctuellement des représentants du Front Polisario qui milite pour l’autodétermination du territoire.
Ces contacts suscitent l’irritation du Maroc, qui revendique sa souveraineté sur cette région stratégique. Cette ligne de fracture persistante dans les relations maghrébines demeure constante. Elle requiert le dialogue avec tous.
Face à ces tensions, Nouakchott semble maintenir une doctrine inchangée : dialoguer avec l’ensemble des acteurs. Une posture de neutralité active qui vise à préserver ses intérêts stratégiques tout en évitant de s’aligner ouvertement sur l’un ou l’autre camp.

Dans un contexte régional fragmenté, la Mauritanie continue ainsi de jouer une partition subtile, entre coopération sécuritaire, prudence diplomatique et recherche d’équilibre.
Oumar Elhaj Thiam
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