Nouakchott 2026 : vers une modernité plus inclusive

Nouakchott avance dans une dynamique de modernisation : développement urbain, nouvelles infrastructures, projets structurants, volonté affichée de bâtir une ville tournée vers l’avenir.

Cette ambition mérite d’être reconnue. Elle traduit une vision claire : celle d’une capitale moderne, attractive et inclusive.Cette transformation est porteuse d’espoir.

Toutefois, comme tout projet de grande envergure, elle révèle également des zones qui nécessitent encore attention, ajustements et investissements complémentaires afin que les bénéfices du progrès profitent à tous.

L’accès à l’eau : un défi à relever pour compléter la modernité

À quelques kilomètres du centre-ville, dans des quartiers périphériques comme Dubaï ou Hay Jedida, l’accès à l’eau potable demeure un défi quotidien. L’absence de réseau hydraulique régulier oblige encore de nombreuses familles à dépendre de camions-citernes et d’initiatives solidaires.Une enquête de terrain menée le 23 janvier 2026 par l’association IMPACT auprès de 200 ménages met en lumière la fragilité de ce mode d’approvisionnement. L’accès à l’eau gratuite repose essentiellement sur une distribution hebdomadaire, le plus souvent le vendredi. Cette aide, bien que vitale, ne permet généralement de couvrir les besoins des foyers que pour moins de 24 heures.

Durant les six jours suivants, les familles doivent se procurer de l’eau par leurs propres moyens. Le prix d’un baril peut atteindre 200 MRU, une charge importante pour des ménages en situation de précarité. Un seul baril ne suffisant pas aux besoins quotidiens d’une famille, certains foyers sont contraints de réduire leur consommation ou de dépendre de la solidarité du voisinage.Cette difficulté est accentuée par l’état des équipements de stockage : de nombreux réservoirs, souvent vétustes ou endommagés, entraînent des pertes significatives d’eau, fragilisant davantage l’équilibre quotidien des familles.Garantir un accès durable, régulier et abordable à l’eau potable constituerait ainsi une étape essentielle pour parachever la modernisation de la capitale.

L’ éducation : un autre pilier à renforcer

Au défi de l’eau s’ajoute celui de la scolarisation. Dans plusieurs quartiers périphériques, l’offre scolaire publique reste limitée.

Les écoles sont parfois éloignées et, lorsqu’elles existent à proximité, il s’agit le plus souvent d’établissements privés, financièrement inaccessibles pour de nombreuses familles.« Nos enfants sont trop petits pour marcher des kilomètres, et nous sommes trop pauvres pour payer leur avenir », confie un parent interrogé lors de l’enquête.

Les familles enquêtées comptent en moyenne entre trois et sept enfants, ce qui rend l’accès à l’éducation encore plus complexe sur les plans économique et logistique. Les données recueillies sont préoccupantes : près de 66 % des enfants ne sont pas scolarisés.Privée de bancs d’école, une partie de cette jeunesse se retrouve livrée à elle-même, augmentant les risques de marginalisation et de délinquance juvénile. En privant ces enfants d’éducation, c’est la sécurité et le développement futur de toute la nation qui se trouvent fragilisés.

De l’urgence à des solutions durables

Les actions humanitaires et solidaires, portées notamment par des associations engagées comme IMPACT, permettent de répondre aux besoins immédiats. Elles jouent un rôle essentiel, mais ne peuvent se substituer à des politiques publiques structurelles.

Parachever la modernité de Nouakchott implique ainsi la mise en œuvre de solutions durables, notamment, étendre progressivement le réseau hydraulique vers les quartiers périphériques, en l’intégrant aux plans d’aménagement urbain, construire des châteaux d’eau de proximité, adaptés à la croissance démographique et aux besoins des populations, intégrer durablement la gestion de l’eau dans la planification urbaine, afin d’anticiper les besoins futurs et de réduire les inégalités d’accès.Intégrer la planification scolaire au développement urbain, pour que chaque quartier dispose, dès sa conception, d’infrastructures éducatives publiques. • Mettre en place un suivi statistique régulier de la scolarisation, afin d’identifier les zones sous-dotées et d’ajuster les politiques éducatives.Parachever la modernité par l’inclusionUne capitale moderne se construit autant par ses infrastructures visibles que par sa capacité à garantir l’accès aux services essentiels à tous ses habitants. Faire en sorte que chaque quartier bénéficie de l’eau potable et de l’éducation, c’est renforcer la cohésion sociale et assurer un développement durable.Parachever la modernité de Nouakchott, c’est veiller à ce que personne ne reste sur le bord du chemin.

Manthita TIRÉRA,Présidente de l’association IMPACT

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