La 13 eme édition du Festival «leyaali El Medh» (chants de louanges du Prophète, PSL), organisée par le centre Teranim pour les arts populaires, a pris fin le 14 mars dernier. Cette 14eme Edition, parrainée par la Première Dame Marieme Mohamed Fadel Dah, s’est déroulée au stade Cheikha Boidiya de Nouakchott. Pendant trois nuits, des milliers de nouakchottois ont veillé tard dans la nuit à l’écoute des medaha (chanteurs de medh.).
Quel est le bilan de cette 13 eme édition ? Quelles sont les perspectives du Centre Teranim ? Que lui apportera sont nouveau statut d’association d’utilité publique ? Pour réponses à ces questions et a d’autres, Horizons a rencontré Monsieur Mohamed Ali Bilal, directeur de ce Centre.
Horizons : La 13eme Edition du Festival Leyali El Medh s’est deroulé du 12 au 14 mars à Nouakchott. Pouvez-vous nous faire un bilan de cette Edition.
Mohamed Ali Bilal : La 13eme édition a été un grand succès à plusieurs niveaux. D’abord, le public a répondu massivement. Nous avons enregistré environ six mille personnes par jours pendant les trois soirées de Leyali El Medh.
En plus du succès populaire, la 13eme Edition a été marquée par une forte représentation officielle.
La Première Dame, Marieme Mohamed Fadel Dah, accompagnée quatre membres du gouvernement, était présente. Nous avons bénéficié du parrainage et du soutien actif de la première Dame. Nous avons aussi bénéficié du soutien des ministères de la culture et de la jeunesse. Deux départements ministériels qui soutiennent le festival Leyali El Medh, c’est une première.

Ensuite, une réussite au niveau de la diversité des activités. A la veille de l’ouverture de cette 13 eme édition, nous avons organisé une conférence sur la « Sira Al Nabawiya dans l’imaginaire populaire mauritanien» dans la salle de conférence de la Fédération mauritanienne de football.
Au moment de l’ouverture, un spectacle combinant Medh et Théâtre a fait ressortir la Sira Nebewiya dans ses différentes étapes. Ce spectacle a permis au public de constater la fidélité du Medh à la vraie histoire du Prophète (PSL).
De jeunes medaha, formés par le centre Teranim, ont, pour leur première fois, participée à cette 13 eme édition.
Le festival a enregistré la participation de troupes de medaha venues de l’intérieur du pays. Leurs prestations ont permis au public de Nouakchott de découvrir différents styles de Medh. L’art du Medh, en fait, c’est plusieurs écoles. Celle du Nord, du Sud, du Charg… C’est ainsi que pendant les trois jours du festival, en plus de la grande scène officielle, il y avait de petites scènes pour différents styles de Medh.

Autres activités pendant ces trois jours de festival : une exposition avec de jeunes artistes plasticiens, une exposition de livres en collaboration avec l’Institut pédagogique national et une association dénommée Ighra Maana. (Lis avec nous).
Il y avait aussi le stand du projet « Valorisons le patrimoine culturel Imraguen pour préserver le patrimoine naturel du Banc d’Arguin ». Il a été initié par le Centre Teranim, l’ONG Biodivercités et une association qui œuvre pour la sauvegarde de la culture Imraguen. C’est un projet qui s’étale sur deux ans avec des visites au Banc d’Arguin, zone d’habitation des Imraguen, pour écrire, filmer et produire du contenu sur leur culture
Horizons : Pendant cette 13 eme édition, un stand a aussi été réservé au projet « Voix de Teslem »…
Mohamed Ali Bilal : « Voix de Teslem » est un projet de Teranim. Son objectif est l’autonomisation de jeunes filles en déperdition scolaire par le canal de l’art. Nous avons constaté la faible présence de femmes chanteuse de Medh sur la scène culturelle mauritanienne. Une des figures fortes du Meh féminin était Teslem. Elle est décédée il y a quelques années. C’est pour perpétuer sa mémoire et lui rendre hommage que ce projet a été dénommé « Voix de Teslem. » Apres son décès, il y a eu une sorte de vide féminin dans le Medh. Le projet a été donc lancé pour encourager la présence de voix féminines.
Et, dans le cadre de ce projet, des formations ont été organisées au profit de 30 jeunes filles en déperdition scolaire. Elles ont été formées pendant 09 mois au Centre Teranim. Elles ont chanté pendant cette 13eme édition et dans d’autres soirées.
Le six mars derniers, elles ont animé une soirée à l’Institut français de Nouakchott. Elles ont aussi participé au Festival « Culture métis » de Nouakchott.
Récemment, la Première Dame a visité le Centre Teranim pour rencontrer ces jeunes filles. Ensuite, au cours de l’ouverture de la 13 eme édition de Leyali El Medh, la ministre de l’Action sociale a pris l’engagement d’appuyer Teranin dans ce projet d’autonomisation des jeunes filles.
Horizons : Le Centre Teranim a aussi un projet d’accord avec la Mairie de Rosso
Mohamed Ali Bilal : En 2018, le Centre Teranim a produit un album de Medh, « Eski ». Depuis deux ans nous travaillons sur la production d’un autre album consacré aux Sbeyniyatt. C’est un groupe très connu en Mauritanie par son styles, ses danses….Ce groupe est né dans la wilaya du Trarza en Mauritanie, au bord du fleuve Sénégal. Actuellement les chanteurs et danseurs Sbeyniyaat sont très âgés. Il y a donc risque de disparition de cet art avec ses derniers acteurs. C’est la raison du projet d’album consacré aux Sebeyniyaat.
Dans ce cadre, nous avions tenu des réunions avec la Mairie de Rosso qui sera partenaire de ce projet d’Album.
Horizons : En avril 2025, le Centre Teranim a été doté, en conseil des ministres, du statut d’association d’utilité publique. Quels seront les impacts de ce nouveau statut
Mohamed Ali Bilal : Le Statut d’association d’utilité publique, l’inscription du Medh au patrimoine mondiale de l’Unesco et un terrain pour le siège du Centre Terranin étaient nos trois principales revendications.
Les deux premières ont été satisfaites. Le statut d’association d’utilité publique nous donne d’abord, plus de visibilité, plus de partenariat avec les secteurs gouvernementaux et les partenaires.

Ce statut doit se matérialiser par un partenariat avec notre ministère de tutelle (la culture) pour la participation du Centre Teranim à toutes les activités liées à ses objectifs. Ce statut doit se matérialiser aussi par une subvention annuelle au profit du Centre.
Tous les ministères, pour les sujets liés à nos activités, doivent aussi nous appuyer. Le statut d’association d’utilité publique offre beaucoup d’opportunités.

Teranim était presque ignoré par son ministère de tutelle. Le Festival n’était pas ouvert par le ministère de la culture. Depuis trois ans, cette anomalie a cessé. Nos attentes, restent cependant, en grande partie, insatisfaites. Mais avec la relation forte que nous avons avec le gouvernement, à travers notre ministère de tutelle, il y a espoir.
Horizons : La 13eme édition du festival leyali El Medh a été un succès. Quelles sont les perspectives du Centre Teranim ?
Mohamed Ali Bilal : Nous avons actuellement des difficultés pour aller à la rencontre des medaha à l’intérieur de la Mauritanie. Nous avons en effet l’ambition de mener des activités dans les wilayas. Nous espérons, après la formalisation d’un partenariat avec le ministère de la culture, décentraliser nos activités à l’intérieur du pays, notamment à Atar, Kiffa, Nouadhibou, Rosso…
Au niveau international, nous sommes souvent invités en Tunisie, en Egypte, en Algérie…
Teranim, a aussi l’ambition d’inviter des troupes étrangères dans ses activités. Mais compte tenu de la faiblesse de nos moyens, nous ne l’avons pas encore fait. Nous envisageons d’inviter des artistes de nos voisins du Nord et du Sud pour nos prochains festivals, inchallah.
Horizons : Les activités de Terranim sont visibles à travers les Medaha, le tbal, laabe debouss. Envisagez-vous plus d’ouverture car la culture populaire, en Mauritanie, est diverse.
Mohamed Ali Bilal : Ce sujet a été beaucoup discuté au sein de Teranim. Le public nous connait plus à travers le festival Leyali El Medh qui est notre activité phare. Mais nous organisons aussi Leyalatoul Mahaba qui est déjà à trois éditions. C’est une nuit diversifiées avec les troupes de Teranim, mais aussi d’autre troupes, notamment venant de confréries. Nous voulons aller plus loin dans cette diversification avec l’inclusion d’artistes venant de toutes les composantes de la Mauritanie.

Horizons : Personnellement, vous êtes actif dans le développement depuis votre parcours, très jeune, au sein des pairs éducateurs. Actuelles vous organisez un festival qui est l’un des plus importants de l’agenda culturel de Nouakchott. Quel effet ça vous fait ?
Hamdoulilah. Je suis satisfait de ce parcours. J’ai cependant toujours de grands rêves dans le domaine de la culture, du développement.
Aux élections législatives passées, j’ai eu une expérience politique. J’étais candidat à la Mairie d’El Mina de Nouakchott et la députation pour la wilaya de Nouakchott Nord. J’ai totalisé plus de 1000 voix. Pour une première expérience, c’est significatif.
J’ai encore des projets dans la culture et le développement pour aider mes concitoyens.
Propos recueillis par Khalilou Diagana
Source Horizons (AMI)
![]()
