Mauritanie : le financement durable de la SR/PF, levier de développement à consolider par un partenariat public-privé

Le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN), coordination Mauritanie, a organisé le 26 février 2026 à Nouakchott un atelier d’échanges intitulé : « Les sources de financement de la SR/PF en Mauritanie : Approche et perspectives ».

Cette rencontre s’inscrit dans le cadre du projet « Les Rendez-vous du REMAPSEN », mis en œuvre avec l’appui financier de l’Unité de Coordination du Partenariat de Ouagadougou (UCPO). Elle a réuni journalistes, acteurs de la société civile, experts en santé reproductive et représentants d’institutions publiques autour des enjeux cruciaux liés au financement de la santé sexuelle et reproductive (SR) et de la planification familiale (PF), considérés comme des investissements structurants pour le développement du pays.

Un contexte sanitaire toujours préoccupant

En Mauritanie, les indicateurs de santé reproductive demeurent alarmants. Le taux de mortalité maternelle est estimé à 424 décès pour 100 000 naissances vivantes, tandis que la prévalence contraceptive reste faible, autour de 14,3 %.

Ces chiffres compromettent l’atteinte des Objectifs de Développement Durable (ODD), notamment la réduction de la mortalité maternelle à 70 pour 100 000 naissances vivantes d’ici 2030 et l’augmentation du taux de prévalence contraceptive à 25 %.

Malgré la mise en œuvre du Plan d’Action National Budgétisé (PANB) depuis 2014, le taux d’utilisation des méthodes modernes plafonne à 12,8 %, en grande partie en raison de l’insuffisance des financements alloués aux services de SR/PF.

Les participants ont souligné que le sous-financement de ce secteur freine non seulement les progrès sanitaires, mais aussi le dividende démographique et la croissance inclusive.

Le REMAPSEN appelle à une meilleure information et mobilisation

Dans son mot de bienvenue, le coordonnateur national du REMAPSEN, Bakary Guêye, a rappelé la vision du réseau : promouvoir une information juste et de qualité sur les questions de santé et d’environnement en Afrique.

Il a indiqué que cet atelier vise à mieux outiller les journalistes avec des données actualisées sur la santé sexuelle et reproductive et son financement, afin de renforcer leur rôle de sensibilisation et d’interpellation des autorités sur la nécessité d’accroître les ressources domestiques consacrées à la SR/PF, tout en explorant des mécanismes innovants de financement.

L’appui de l’UNFPA et la question de la durabilité

Intervenant lors du premier panel, Dr Mohamed El Kory Boutou, Chef du Programme Santé de la Reproduction au bureau du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) en Mauritanie, a présenté les programmes et interventions déployés pour soutenir la SR/PF.

Il a mis en avant l’accompagnement technique et financier apporté au gouvernement mauritanien, notamment en matière d’approvisionnement en contraceptifs, de renforcement des capacités du personnel de santé et de plaidoyer pour une meilleure budgétisation de la planification familiale.

Toutefois, il a insisté sur la nécessité d’un engagement accru de l’État pour garantir la durabilité des acquis et réduire la dépendance vis-à-vis des financements extérieurs, en soulignant l’importance d’impliquer davantage le secteur privé dans l’écosystème de financement.

La société civile plaide pour une synergie élargie

Lors du second panel, Mme Zeinabou Taleb Moussa, Présidente de l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant (AMSME), a mis en lumière la contribution de la société civile dans la mobilisation de ressources et la sensibilisation communautaire.

Elle a déploré l’absence de coordination efficace entre le ministère de la Santé, les organisations de la société civile, les médias et les acteurs économiques. Selon elle, cette insuffisance limite l’impact des interventions et freine la mobilisation de financements conséquents en faveur de la SR/PF.

Pour Mme Zeinabou Taleb Moussa, une synergie d’actions élargie, incluant le secteur privé national (banques, assurances, entreprises extractives et télécommunications), permettrait de renforcer le plaidoyer, d’innover dans les mécanismes de financement et d’améliorer l’attractivité des programmes mauritaniens auprès des partenaires techniques et financiers.

Une volonté politique appelée à se traduire en actes

Prenant la parole au cours des échanges, le journaliste Cheikh Haidara a estimé que la volonté de l’État mauritanien de financer durablement la SR/PF doit se traduire par des engagements budgétaires plus visibles et prévisibles.

Selon lui, le positionnement de la planification familiale comme priorité de développement — et non comme simple dépense sociale — constitue un facteur déterminant pour attirer les investissements et mobiliser les partenaires, à l’image de certains pays de la sous-région qui ont fait de la PF un pilier de leur politique de santé publique.

Vers un partenariat public-privé pour la SR/PF

Au terme des discussions, les participants ont insisté sur l’urgence de :renforcer la ligne budgétaire nationale dédiée à la SR/PF ;institutionnaliser des mécanismes de financement innovants ;améliorer la coordination entre l’État, la société civile, les médias et le secteur privé ;encourager la responsabilité sociétale des entreprises en faveur de la santé reproductive ;accroître la production médiatique sur les enjeux de financement ;valoriser les engagements pris dans le cadre du Partenariat de Ouagadougou.

Les échanges ont convergé vers une conviction forte : la SR/PF constitue un investissement à fort rendement social et économique. Sa réussite dépendra de la capacité du gouvernement à jouer pleinement son rôle de chef de file, tout en mobilisant de manière structurée et durable les acteurs du secteur privé.

À travers cette initiative, le REMAPSEN entend contribuer à une meilleure visibilité des défis liés au financement de la santé reproductive en Mauritanie et promouvoir une approche partenariale, condition essentielle pour transformer la planification familiale en véritable moteur de développement durable.

Ousmane Hamed Doukouré

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