Par Ahmed Mohamed Hamada, Écrivain et analyste politique.
À Nouakchott, carrefour discret où se nouent ambitions économiques et contraintes géographiques, la rencontre entre le ministre des Mines et de l’Industrie, Édi Ould Zeine, et l’ambassadeur d’Espagne, Pablo Bárbara Gómez, ne saurait être réduite à un simple exercice protocolaire.
À première vue, il est question de renforcement de la coopération, de dynamisation des échanges commerciaux et de transfert de compétences.
Mais en filigrane, une interrogation autrement plus structurante s’impose : comment la Mauritanie peut-elle rompre avec son statut d’exportateur de matières premières pour devenir un véritable producteur de valeur ?Durant des décennies, le pays a vécu ce paradoxe persistant : une richesse abondante en ressources naturelles, mais une faiblesse chronique en transformation industrielle. Le fer est extrait, l’or est exporté — et avec eux s’évanouissent des pans entiers de valeur ajoutée.Aujourd’hui, un frémissement semble émerger, sinon une rupture, du moins une volonté affirmée de changement.
Dans ce contexte, il me semble que le climat d’investissement en Mauritanie connaît une évolution encourageante. Certes, les défis structurels demeurent, mais des signaux indiquent une volonté politique plus affirmée de promouvoir l’investissement, accompagnée de réformes progressives visant à simplifier les procédures et à renforcer l’attractivité du cadre juridique. À cela s’ajoutent un relatif climat de stabilité, une position géographique stratégique et une richesse en ressources naturelles, autant d’atouts qui confèrent au pays un potentiel réel.
Toutefois, cette dynamique reste à consolider, notamment par un renforcement de la transparence, une accélération de l’exécution et l’instauration d’une relation de confiance durable entre l’État et les investisseurs.Le transfert de savoir-faire espagnol dépasse le cadre technique : il révèle une prise de conscience plus profonde.
Le développement ne se joue plus uniquement dans les mines, mais dans les unités de transformation, les centres de formation et, surtout, dans la maîtrise des chaînes de valeur. De son côté, l’Espagne ne s’y trompe pas.
Le Sud n’est plus perçu uniquement à travers le prisme sécuritaire ou migratoire, mais comme un espace stratégique, porteur d’opportunités économiques et industrielles.Reste que le véritable enjeu ne réside pas dans la signature des accords, mais dans leur traduction concrète.
Combien d’initiatives prometteuses ont déjà été freinées par les inerties administratives ou diluées dans les failles de l’exécution ?
La Mauritanie se tient aujourd’hui à la croisée des chemins : des ressources considérables, une position géographique enviable et un intérêt international croissant.
Mais aussi une question essentielle : dispose-t-elle de la volonté politique et de la solidité institutionnelle nécessaires pour transformer ces atouts en leviers durables de développement ?
Le partenariat avec l’Espagne peut constituer un point d’inflexion.
Mais il ne saurait produire ses effets sans une vision nationale claire, faisant de l’industrialisation le cœur du projet économique.

En définitive, une interrogation persiste : assistons-nous à l’émergence d’une économie productive, ou à la simple reconfiguration d’un modèle ancien sous des atours nouveaux ? Les mois à venir en diront long.
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