Par Ahmed Mohamed Hamada Écrivain et analyste politique
La politique étrangère mauritanienne connaît ces dernières années une dynamique croissante reflétant une interaction continue avec les transformations régionales et internationales accélérées, notamment dans un contexte marqué par l’intensification des défis sécuritaires dans la région du Sahel, la montée de la compétition internationale pour l’influence en Afrique et la recomposition des équilibres du système international.
Dans ce contexte, les récentes nominations diplomatiques opérées par le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani constituent des indicateurs importants quant à l’orientation de la diplomatie mauritanienne, aux limites de la continuité de ses choix traditionnels et à son degré d’adaptation aux mutations géopolitiques actuelles.
Ces changements ne peuvent être interprétés comme de simples mesures administratives visant à combler des postes diplomatiques vacants, mais plutôt comme un processus de redéfinition des priorités de la politique étrangère de l’État et une tentative de repositionnement de la Mauritanie dans ses environnements africain, arabe et international selon une approche conciliant stabilité stratégique et adaptation aux transformations globales. Dans cette perspective, cette analyse vise à examiner les implications des nouvelles nominations diplomatiques, à éclairer leurs contextes politiques et stratégiques, et à les comparer aux orientations qui ont marqué les nominations précédentes sous la présidence de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.
Dans ce cadre général, les récentes nominations diplomatiques revêtent une importance particulière en tant qu’indicateur concret des orientations actuelles de la politique étrangère mauritanienne, notamment à travers la redistribution de la présence diplomatique dans des capitales stratégiques et auprès d’organisations internationales influentes. Ces changements permettent également de mieux comprendre les priorités de l’État dans la gestion de ses relations extérieures, qu’il s’agisse du renforcement de la diplomatie multilatérale, de la consolidation de l’ancrage africain ou de la diversification des partenariats internationaux.
Les nominations récentes indiquent une orientation claire vers le renforcement de la présence mauritanienne dans la diplomatie multilatérale, notamment à travers l’attention accordée à la représentation auprès des Nations Unies, ce qui est lié à des dossiers régionaux et internationaux sensibles tels que la sécurité dans le Sahel, la migration irrégulière ainsi que les enjeux du développement et de la stabilité. Cette orientation traduit une prise de conscience croissante de l’importance des institutions internationales dans la gestion des défis transnationaux et dans le renforcement du positionnement de l’État au sein du système international.
Par ailleurs, les nominations dans plusieurs pays africains, en particulier dans l’espace ouest-africain et sahélien, reflètent la continuité de l’attention accordée par la politique étrangère mauritanienne à sa profondeur africaine en tant que sphère vitale pour la sécurité nationale et la stabilité intérieure. Cette orientation revêt une importance particulière dans un contexte marqué par des transformations sécuritaires rapides dans la région du Sahel, la montée des menaces liées au terrorisme, à la criminalité transnationale et à la migration irrégulière, ainsi que par l’intensification de la compétition internationale pour l’influence sur le continent africain. Elle confirme également la volonté de la Mauritanie de renforcer la coordination régionale et de développer des partenariats sécuritaires et économiques avec son environnement immédiat.
Dans le même temps, les nominations dans certaines capitales internationales influentes traduisent une orientation vers la diversification des partenariats internationaux et le renforcement de la diplomatie économique, en cohérence avec les transformations du système international vers un monde multipolaire. Cette orientation témoigne de la volonté de la Mauritanie de maintenir un équilibre dans ses relations extérieures, d’élargir les opportunités de coopération économique, technologique et d’investissement, et de soutenir ses objectifs de développement national tout en renforçant son intégration dans l’économie mondiale.
Quant aux nominations dans l’espace arabe, elles confirment la permanence de la dimension arabe de la politique étrangère mauritanienne, tant du point de vue des considérations sécuritaires liées à la stabilité régionale que des relations économiques, culturelles et religieuses. Elles traduisent ainsi la volonté de la Mauritanie de préserver un équilibre entre ses différentes sphères d’appartenance stratégique : africaine, arabe et internationale.
Ces nominations, à l’instar de celles effectuées lors des phases précédentes du mandat du président Ghazouani, se caractérisent également par le recours à d’anciens responsables politiques et ministériels pour occuper certains postes diplomatiques, reflétant une conception de la diplomatie comme prolongement direct de la décision politique et instrument de mise en œuvre des orientations stratégiques de l’État. Ce schéma illustre également la fonction des nominations diplomatiques comme mécanisme de redistribution des élites et de renforcement de la cohérence entre politique intérieure et politique extérieure.
La comparaison avec les nominations diplomatiques intervenues au début du mandat du président Ghazouani depuis 2019 révèle des éléments évidents de continuité dans l’orientation de la politique étrangère mauritanienne. Les nominations antérieures se caractérisaient déjà par un accent marqué sur l’environnement africain en tant qu’espace vital pour la sécurité et la stabilité, la Mauritanie ayant maintenu une présence diplomatique active dans les pays du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest dans le cadre d’une stratégie visant à protéger ses frontières et à renforcer la coopération régionale face aux menaces communes.
Les nominations précédentes reposaient également sur une approche fondée sur l’équilibre des relations internationales, la Mauritanie s’efforçant de préserver des relations équilibrées avec divers partenaires internationaux tout en évitant l’alignement sur des axes conflictuels, traduisant ainsi une politique étrangère pragmatique orientée vers la défense des intérêts nationaux dans un environnement international complexe.
Elles se caractérisaient également par une présence significative de personnalités politiques dans les postes diplomatiques sensibles, soulignant la dimension politique de la diplomatie mauritanienne et confirmant l’articulation étroite entre politique étrangère et gestion des équilibres internes.
Toutefois, les récentes nominations révèlent également certains éléments d’évolution par rapport aux pratiques antérieures, notamment l’élargissement de l’intérêt porté à la diplomatie économique et technologique, le renforcement de la présence dans de nouveaux espaces internationaux et l’importance croissante de la diplomatie multilatérale dans un contexte marqué par des mutations géopolitiques profondes. Ces évolutions traduisent l’adaptation de la politique étrangère mauritanienne aux transformations du système international.
Ces changements doivent être compris dans un contexte plus large marqué par les transformations de la région du Sahel, l’intensification de la compétition internationale en Afrique et l’interdépendance croissante entre sécurité, développement et migration. La diplomatie mauritanienne sous la présidence de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani semble ainsi s’orienter vers un modèle fondé sur l’articulation entre sécurité régionale et développement économique, le renforcement de la présence internationale et la diversification des partenariats, tout en maintenant la stabilité intérieure comme priorité stratégique.
Dans leur ensemble, ces nominations révèlent un équilibre entre continuité et adaptation dans la politique étrangère mauritanienne, confirmant la permanence des priorités traditionnelles liées à la sécurité régionale et à l’équilibre international, tout en introduisant des ajustements reflétant les transformations de l’environnement international et régional. Elles peuvent ainsi être interprétées comme s’inscrivant dans un processus progressif de repositionnement stratégique de la diplomatie mauritanienne visant à renforcer la présence du pays sur les scènes régionale et internationale et à accompagner les mutations géopolitiques accélérées selon une approche conciliant réalisme politique et ouverture stratégique.
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