L’exploitation effective du gaz est une très bonne nouvelle pour notre pays. Sur le papier, nous pouvons compter sur une augmentation de 500 million de dollars par an, correspondant à 4,5% du PIB. Les ressources de gaz sont supposées permettre le doublement du PIB nominal, en espérant que la croissance économique dépasse la croissance démographique d’au moins 2 ou de 3 points.

En cinq ans, nous allons passer de 11 milliards à 15 milliards de dollars. Ce qui est impressionnant et très significatif. Si nous divisons ces 15 milliards par 4 millions d’habitants, on aura un revenu per capita de 3700 $ au lieu de 2700 $ actuellement, pas loin du niveau de la Tunisie (3900$). Il s’agit donc d’une croissance réelle et soutenue qui pourrait contribuer, en moyenne et de manière statistique, à améliorer le revenu des citoyens, d’une année à l’autre.
Mais cette croissance (14,3% selon le FMI), qui reste principalement portée par le secteur des industries extractives, dissimule des inégalités flagrantes et on peut voir sur le terrain qu’elle est loin d’être partagée : la pauvreté reste très élevée et le pays continue à afficher des indicateurs sociaux alarmants.
En effet, ces chiffres n’auront pas une grande signification, dans la mesure où les ressources additionnelles ne seront certainement pas réparties équitablement et risquent de bénéficier à une couche très restreinte de la population qui a les capacités et les relations pour en profiter.
Concrètement, Ceux qui sont déjà riches (une petite minorité) vont devenir très riches. Ceux qui étaient pauvres (une grande majorité) peuvent voir leur situation s’améliorer sensiblement, s’ils ont les capacités techniques pour tirer profit de la croissance liée à l’exploitation du gaz. Mais tout indique qu’ils n’en ont pas, surtout que notre pays n’est, peut-être, pas en mesure de négocier, d’égal à égal, avec les sociétés et les opérateurs qui risquent d’importer une main d’œuvre étrangère.
Très dommage, surtout qu’on savait depuis plus de 5 ans qu’on allait exploiter des ressources gazières importantes (nos réserves à terme feraient de notre pays le troisième pays producteur de gaz en Afrique après le Nigeria et l’Algérie) . On aurait dû s’y préparer, en formant des cadres, des techniciens, une main d’œuvre qualifiée et les ressources humaines nécessaires. C’est ainsi qu’on peut impacter le marché de l’emploi et permettre aux plus pauvres de profiter des fruits de la croissance.
Le gouvernement doit saisir l’opportunité de l’exploitation du gaz pour trouver des palliatifs susceptibles d’améliorer les performances économiques et favoriser une croissance partagée, équitable et inclusive.
Mohamed El Mounir