En marge du 4ème forum des médias organisé à Cotonou du 29 au 30 janvier par le Réseau des Médias Africains pour la Santé et l’Environnement (REMAPSEN), la traditionnelle distribution des prix des Awards du REMAPSEN dotés des prix Michel Sidibé a été organisée.
La liste des lauréats est établie comme suit. D’abord pour le prix des journalistes en Environnement :
1er prix Radio : Aguibou Coulibaly (ORTB Mali) ; 1er Premier Télé, Télé : Caroline Wété(CRTV) Cameroun ; 1er Prix Presse écrite : Ngoya Ndiaye (Rewmi Quotidien) Sénégal ; 1er Prix Presse en ligne: Michael Moukouangui ( Lettre verte) Gabon.
Pour les prix des journalistes en santé :1er Prix Radio: Emefa Atiamoah ( The multimedia group) Ghana ; 1er Prix Télé : Régis Talikpéti(E47 TV) Togo ;1er prix Presse Écrite :Kadijah Aliyu (Fédéral Corporation) Nigeria ; 1er prix Presse en ligne : Aboubacar Touré( Planet.224) Guinée
Enfin s’agissant des prix des meilleures coordinations nationales on a, le 1er Prix pour le Bénin ;2ème prix : Côte d’Ivoire ;3ème prix : Cameroun ;4ème prix : Ghana et 5ème prix :Togo.
A l’occasion de cette distribution des prix, le Dr Michel Sidibé Ancien Ministre de la Santé du Mali, Ancien Directeur exécutif de l’ONUSIDA, Ancien Envoyé spécial de l’Union africaine pour l’Agence africaine du médicament, a prononcé l’important discours qui suit :
Madame Jeanne Akakpo, Directrice de Cabinet, représentant Monsieur José Didier Tonato, Ministre du Cadre de vie et des Transports, chargé du Développement durable,
Dr Sonia Bédié, représentant le Dr Kouamé Jean Konan, Représentant résident de l’Organisation mondiale de la Santé au Bénin,
Monsieur Youssouf Bamba, Président du REMAPSEN,
Mesdames et Messieurs les représentants des organisations internationales, Chers partenaires,
Chers professionnels des médias, Distingués invités,
Je salue le peuple béninois et les autorités du pays pour leur accueil chaleureux et leur leadership constant en matière de santé publique, de prévention et de justice sociale. Accueillir ce Forum au Bénin n’est pas un hasard. C’est un choix politique, moral et stratégique.
Mesdames et Messieurs, Nous nous retrouvons aujourd’hui à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les maladies tropicales négligées. Ce n’est pas une journée symbolique. C’est une journée de rappel. Un rappel que des millions de femmes, d’hommes et d’enfants continuent de souffrir dans le silence, dans l’ombre, loin des projecteurs.
Et si cette journée existe, c’est pour une raison simple : l’élimination commence par l’indignation. Et l’indignation commence toujours par la lumière.
Chers amis, Je veux saluer le REMAPSEN et son Président pour leur sens élevé du devoir. Un devoir envers la vérité. Un devoir envers les populations invisibles. Un devoir envers l’Afrique.
Ce que vous portez n’est pas un simple engagement professionnel. C’est une responsabilité morale.
Vous avez fait un choix clair : faire du journalisme un instrument de justice.
Si nous sommes réunis aujourd’hui, ce n’est pas seulement pour parler des MTN. Nous sommes ici pour honorer un combat : le combat de la visibilité. Parce que, oui, l’élimination commence par l’indignation. Le Prix Michel Sidibé n’est pas un prix de carrière. C’est un prix de courage.
Le courage de regarder là où personne ne regarde. Le courage de dire ce que l’on préfère souvent taire. Le courage de refuser que la souffrance devienne normale.
Les maladies tropicales négligées existent parce qu’elles vivent dans l’ombre.
Et ce prix existe pour rappeler une vérité simple : Ce que l’on éclaire, on peut le vaincre. Ce que l’on ignore, on le condamne.
Ce prix célèbre celles et ceux qui transforment l’invisible en priorité nationale. Celles et ceux qui font d’un village oublié une question politique.
Celles et ceux qui transforment une douleur silencieuse en urgence collective. Une maladie devient « négligée » quand plus personne n’en parle. Elle commence à disparaître quand elle devient une indignation publique.
Recevoir ou décerner ce prix c’est accepter une responsabilité : ne plus jamais laisser une maladie être négligée par manque de voix.
Au Bénin, ce message résonne fortement. Car ici, la parole a toujours été une force. Et quand la parole rencontre la vérité, elle devient une force de libération.
Les maladies tropicales négligées ne disparaîtront pas seulement avec des médicaments. Elles disparaîtront :
• quand un journaliste décidera qu’un cas oublié mérite la une ;
• quand une rédaction décidera qu’une MTN vaut un débat national ;
• quand l’opinion publique décidera que cette souffrance est inacceptable.
• Un micro peut sauver autant de vies qu’un médicament.
• Une caméra peut faire reculer la stigmatisation.
• Un article peut provoquer une décision politique.
• Mettre une MTN à la une, c’est déjà commencer à l’éliminer.
Le Prix Michel Sidibé porte exactement ce message : la lutte contre les MTN commence par le courage
• De les nommer,
• De les montrer,
• Et de refuser qu’elles restent invisibles.
Le REMAPSEN n’est pas un réseau de témoins passifs. C’est un réseau d’impact.
• Vous ne produisez pas seulement de l’information.
• Vous fabriquez de la conscience.
• Vous transformez la science en responsabilité citoyenne.
Aux décideurs politiques, je dis : un État qui craint ses journalistes affaiblit sa politique de santé. Les médias ne sont pas des adversaires à contenir, mais des alliés stratégiques à mobiliser.
Sans transparence, il n’y a pas de confiance. Sans confiance, il n’y a pas d’adhésion. Et sans adhésion, aucune politique de santé ne peut réussir.
Aux lauréats de ce prix, je dis : Votre plume est une arme contre l’injustice. Votre micro est un outil de guérison collective. Votre caméra est un acte de résistance morale.
Passer de la négligence à la lumière, ce n’est pas une métaphore. C’est une stratégie. Une stratégie africaine pour vaincre l’injustice sanitaire.
Aujourd’hui, nous ne remettons pas un trophée. Nous remettons un signal.
Le signal que, désormais, aucune maladie ne sera tolérée parce qu’elle touche les plus pauvres. Le signal que le silence n’est plus une option.
Car une MTN qui fait la une est une MTN qui commence à reculer.
Et souvenons-nous de ceci : l’élimination commence par l’indignation. Je vous remercie.
A noter que cette 4ème édition du forum des Médias aura été un succès malgré les contingences financières qui l’avaient gravement compromise.
Bakari Gueye
![]()
