À BOUT DE SOUFFLE : QUAND LA FAIM ET LA PEUR DÉTRUISENT LA DIGNITÉ

Par Assa-Tocka DIAGANA*

Je prends la parole aujourd’hui non par plaisir, mais par devoir. Comment la Mauritanie en est-elle arrivée à une situation où tant de familles peinent à satisfaire leurs besoins essentiels et où le père ou la mère de famille voit sa dignité mise à rude épreuve par la précarité ? Le monde traverse certes des crises économiques. Mais chez nous, la question demeure : pourquoi la vulnérabilité des ménages semble-t-elle s’aggraver aussi brutalement ? Le pouvoir d’achat recule, les prix augmentent et de nombreuses familles se sentent abandonnées face à une économie qui rend chaque jour plus difficile la vie quotidienne.

QUEL BILAN POUR QUEL AVENIR ?

Dans ce contexte, parler d’un éventuel troisième mandat sans répondre aux préoccupations fondamentales des citoyens soulève de légitimes interrogations. La politique ne devrait pas être une affaire de personnes, mais de résultats. Quel bilan économique et social peut-on présenter aux Mauritaniens ? Quelles réponses sont apportées à la pauvreté, au chômage des jeunes et à la cherté de la vie ? La jeunesse attend un avenir. Les familles attendent des solutions. Les femmes attendent davantage de protection. Et la société, dans son ensemble, attend un État capable de restaurer la confiance.

QUAND LA CRISE FRAGILISE LA SOCIÉTÉ

La crise économique ne détruit pas seulement le pouvoir d’achat. Elle fragilise la famille et le lien social. Que devient une société lorsque le chef de ménage ne peut plus répondre aux besoins des siens ? Quelle espérance offrir à une jeunesse confrontée au chômage, au désespoir et parfois à la tentation de l’exil ?

Dans cette crise, les femmes paient souvent le prix le plus lourd. Elles compensent les difficultés du foyer, portent les charges familiales et affrontent, trop souvent, la précarité dans le silence. Mais à la crise économique s’ajoute une autre violence : l’insécurité des femmes et des filles.

LES FEMMES ENTRE PEUR ET ABANDON

Chaque jour, des femmes et des filles vivent avec la peur : peur dans la rue, peur dans certains foyers, peur face au silence et à l’insuffisance de protection.La Mauritanie ne peut continuer à détourner le regard. La question de la protection des femmes contre les violences physiques, sexuelles et psychologiques doit être traitée comme une priorité nationale. Une société ne peut prétendre défendre ses valeurs tout en laissant ses femmes et ses filles sans protection suffisante.

La loi communément appelée « loi Karama », destinée à renforcer la lutte contre les violences faites aux femmes, demeure au cœur des attentes et des débats. Au-delà des controverses, une exigence doit nous rassembler : aucune considération politique, sociale ou idéologique ne doit justifier l’abandon des victimes. La véritable morale consiste à protéger les plus vulnérables, à rendre justice et à sanctionner les violences.

NI SILENCE, NI COMPROMIS

Aux autorités, aux parlementaires, aux oulémas et à la société civile, nous adressons le même appel : le silence ne peut être une réponse. Les femmes mauritaniennes ne demandent pas la charité. Elles demandent leurs droits. Elles demandent la sécurité, la justice et la possibilité de vivre sans peur. Nous avons besoin de lois efficaces, de mécanismes de protection, d’une justice accessible et de politiques publiques capables de prévenir et de combattre toutes les formes de violence.

LA DIGNITÉ AVANT TOUT

Parler n’est pas trahir. Alerter n’est pas détester son pays. C’est, au contraire, l’aimer suffisamment pour refuser le silence. La Mauritanie mérite mieux que la gestion de la pénurie, de la peur et du désespoir. Elle mérite un véritable projet de société, fondé sur la justice sociale, la dignité, l’emploi, la sécurité et l’égalité devant les droits.

Monsieur le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, les Mauritaniens attendent des réponses concrètes à leurs difficultés quotidiennes. Le père de famille, la cheffe de ménage, le jeune sans emploi, la fille et la femme sans protection ne peuvent plus se contenter de discours. Il est temps de choisir clairement :

Une République qui protège ou une République qui abandonne. La dignité des Mauritaniens ne doit jamais devenir une variable politique.

*Citoyenne mauritanienne – Membre de la société civile
Présidente du Groupement des Femmes Leaders – Égalité et Justice

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