Migration : Quand la solidarité devient une protection pour l’enfant en situation de mobilité

À Nouadhibou, des familles ouvrent leur porte aux enfants migrants non accompagnés et leur offrent bien plus qu’un hébergement : un cadre de vie, des repères et une protection. Depuis 2022, le mécanisme des Familles d’Accueil Temporaire, mis en œuvre par l’ONG Initiative pour le Développement avec l’appui de l’OIM et en partenariat avec le ministère de l’Action sociale, de l’Enfance et de la Famille, place la solidarité familiale au cœur de la protection de l’enfant.

Par Dooro Gundo Moodi

À Nouadhibou, la solidarité prend parfois la forme d’une porte qui s’ouvre à un enfant inconnu. Un enfant séparé de sa famille, engagé sur les routes migratoires ou confronté à une situation de vulnérabilité. Depuis 2022, un dispositif particulier de protection alternative permet à des enfants migrants non accompagnés de trouver temporairement un environnement familial sûr : celui des Familles d’Accueil Temporaire (FAT).

Le mécanisme est mis en œuvre par l’ONG Initiative pour le Développement (ONG ID), grâce à l’appui de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), en partenariat avec le ministère de l’Action sociale, de l’Enfance et de la Famille (MASEF), à travers le Centre de protection et d’insertion des enfants (CPISE) et la Direction régionale de l’action sociale, de l’enfance et de la famille (DRASEF).

Son principe est simple : lorsqu’un enfant migrant se retrouve seul et en situation de vulnérabilité, lui offrir temporairement un cadre familial protecteur plutôt que de le laisser exposé à l’errance, aux violences ou à d’autres formes d’exploitation.

Derrière le migrant, un enfant à protéger

La présence d’enfants en situation de mobilité n’est pas nouvelle en Mauritanie. Dans les sociétés sahéliennes, la mobilité des enfants constitue depuis longtemps une réalité sociale, notamment à travers le phénomène des enfants talibés.

Mais les parcours migratoires contemporains exposent certains enfants à des vulnérabilités particulières. Migration irrégulière, séparation familiale, absence de documents d’état civil, naufrages en mer, disparition des parents, errance, violences, exploitation ou traite : autant de situations qui peuvent transformer le parcours d’un enfant en une véritable épreuve.

Lorsqu’un enfant se retrouve seul dans un contexte migratoire, la question ne relève donc plus uniquement de la migration. Elle devient avant tout une question de protection de l’enfant et de respect de son intérêt supérieur.

C’est dans cette perspective que s’inscrit le mécanisme des Familles d’Accueil Temporaire.

Bien plus qu’un toit

Une famille d’accueil ne fournit pas seulement un hébergement. Elle offre un repas, une présence, une écoute, de l’affection et des repères.

Pour un enfant ayant parfois vécu la séparation, la peur ou le traumatisme, retrouver un environnement familial peut constituer une première étape vers la reconstruction.

Les familles qui participent au dispositif sont sélectionnées selon des critères précis. Elles bénéficient également de formations et de sensibilisations sur les droits et la protection de l’enfant, la prévention des violences, le respect de la dignité ainsi que la prise en compte des besoins spécifiques de chaque enfant accueilli.

Accueillir un enfant représente toutefois une responsabilité importante et peut entraîner des charges supplémentaires pour les ménages. Le dispositif prévoit donc plusieurs formes d’accompagnement afin de permettre aux familles d’assumer pleinement leur rôle.

Mais au-delà des appuis matériels, c’est avant tout l’engagement humain des familles qui fait vivre le mécanisme.

Des familles mobilisées par solidarité

Une famille accepte d’ouvrir sa porte à un enfant qu’elle ne connaît pas. Elle partage avec lui son espace, son temps et parfois ses propres ressources. Elle accepte de l’accompagner, de le rassurer et de veiller quotidiennement sur lui.

Cet engagement constitue l’un des acquis majeurs du projet.

Grâce à la mobilisation des familles d’accueil, 38 enfants ont été accueillis en 2022, 42 en 2024 et 11 en 2026.

Ces chiffres témoignent d’une solidarité concrète en faveur des enfants migrants non accompagnés, dont plusieurs sont originaires de pays de la sous-région.

Aucune aide matérielle ne peut véritablement mesurer cette disponibilité et cette générosité. Les appuis apportés aux familles facilitent l’accueil, mais ils ne remplacent jamais la volonté de celles-ci de contribuer, par solidarité, à la protection d’un enfant vulnérable.

Une protection qui dépasse l’hébergement

L’action menée à Nouadhibou ne s’est pas limitée à l’accueil des enfants migrants.

Au total, 277 enfants, dont 25 filles, ont bénéficié d’un accompagnement au cours des différentes phases du projet. Parmi eux figurent des enfants migrants placés dans des familles d’accueil, des enfants issus de ces familles ainsi que des enfants provenant de ménages vulnérables.

Les interventions ont porté sur l’éducation, la formation professionnelle et l’accès aux soins.

Pour les enfants migrants, les formations ont notamment permis de renforcer leurs compétences et d’améliorer leurs perspectives de réinsertion socioéconomique, notamment dans la perspective d’un retour dans leur pays d’origine.

L’approche repose ainsi sur une vision plus large de la protection : répondre aux besoins immédiats de l’enfant tout en contribuant à préparer son avenir.

Renforcer aussi les familles

Le projet a également mis l’accent sur le renforcement de la résilience économique des ménages.

Au total, 70 activités économiques ont été financées, dont 38 au profit des familles d’accueil et 32 en faveur de familles vulnérables.

Plusieurs de ces activités ont continué au-delà du financement initial et génèrent aujourd’hui des revenus qui contribuent à l’amélioration des conditions de vie des ménages.

L’impact du projet dépasse donc la seule prise en charge des enfants. En renforçant l’autonomie économique des familles et leur capacité à faire face aux vulnérabilités, il contribue également à créer un environnement plus favorable à la protection de l’enfant.

Ainsi, l’action menée n’a pas seulement permis de répondre à des besoins ponctuels. Elle a participé au renforcement durable de la protection des enfants, de l’autonomie des familles et de la résilience des communautés.

Une responsabilité partagée

L’expérience de Nouadhibou montre également que la protection des enfants migrants ne peut être assurée par un seul acteur.

Elle repose sur une complémentarité entre les pouvoirs publics, les organisations internationales, les organisations de la société civile et les communautés.

Dans ce dispositif, le ministère de l’Action sociale, de l’Enfance et de la Famille, à travers le CPISE et la DRASEF, joue un rôle institutionnel essentiel dans la protection de l’enfant.

L’Organisation internationale pour les migrations apporte son appui au mécanisme, tandis que l’ONG Initiative pour le Développement assure, depuis 2022, l’encadrement et l’accompagnement opérationnel des Familles d’Accueil Temporaire à Nouadhibou.

Cette collaboration permet de rapprocher les mécanismes institutionnels de protection de la réalité quotidienne vécue par les enfants et les familles.

Car derrière chaque enfant migrant non accompagné, il y a avant tout un enfant qui a besoin d’être protégé, écouté et respecté.

Et lorsqu’une famille ouvre sa porte à cet enfant, elle ne lui offre pas seulement un toit. Elle lui redonne une place, des repères et une part de confiance en l’avenir.. C’est là que la solidarité devient une véritable protection pour l’enfant en situation de mobilité.

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