Aux grands carrefours de la capitale économique, ils tendent la main. Enfants de migrants, de réfugiés ou de familles démunies, ils mendient, traînent et finissent parfois dans les réseaux de la délinquance. A Nouadhibou, ville-port ouverte sur l’Europe, l’Association pour la défense des Droits de la Femme et de l’Enfant a choisi de les arracher à la rue. Depuis 8 ans.
« Ici, la rue est leur seule école »
Ville-carrefour et porte de sortie vers l’Europe, Nouadhibou concentre toutes les précarités. Les enfants paient le plus lourd tribut.
Sans papiers, sans école, sans repas, ils survivent au jour le jour. Beaucoup sont issus des communautés de migrants et de réfugiés installées dans les quartiers périphériques.
Face à ce vide, l’association de Mme Mekfoula Heibetna a monté un dispositif simple : une crèche et une classe. L’objectif est clair : donner une alternative concrète à la mendicité.
« On prend en charge l’enfant globalement : éducation, santé, état civil. Même pendant les fêtes religieuses on est là », explique la présidente.

Aujourd’hui, 25 enfants sont suivis. Certains intègrent aussi les jardins d’enfants municipaux, devenus des modèles dans la ville.
Autonomiser les mères pour protéger les enfants
L’ONG a compris une chose : on ne sort pas un enfant de la rue si sa mère reste dans la précarité.

En 2025, avec l’appui du HCR, elle a lancé un projet de 6 mois. Trois leviers :
-Un atelier de couture pour que les femmes apprennent un métier et gagnent leur vie
-Une crèche pour garder les enfants pendant que les mères se forment
-Une cellule d’écoute pour régler les conflits familiaux et prévenir les violences, dont les VBG

Une approche qui a convaincu le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés. En visite à Nouadhibou, M. Şükrü Canşizoğlu et Mme Carole Lalive, représentante adjointe du HCR en Mauritanie, ont salué « des résultats positifs sur le terrain ».
« Le partenariat avec le HCR est vital. Il nous permet de protéger les femmes et les enfants et de travailler sur l’inclusion sociale », a déclaré Mme Mekfoula lors de la visite.
La Mairie et la SNIM au rendez-vous, mais les besoins restent énormes
L’association ne travaille pas seule. Elle s’appuie sur la Mairie de Nouadhibou, la SNIM et le Commissariat aux Droits de l’Homme (CDHAHRSC).
Mais avec les flux migratoires qui ne faiblissent pas, les moyens manquent. L’ambition de l’ONG est désormais de créer un véritable centre de formation et d’éducation. « Un lieu qui serait une vraie alternative à la rue », insiste la présidente.

En attendant, chaque enfant sorti des carrefours et remis sur les bancs de l’école est une victoire. A Nouadhibou, la bataille pour l’enfance se joue dans les classes, les ateliers et les crèches. Pas dans les communiqués.
Par Bakari Gueye
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