La direction de la cartographie et de l’Information Géographique (DCIG) logé au sein du ministère de l’habitat de l’Urbanisme et de l’Aménagement du Territoire joue un rôle de premier plan dans la réalisation, le suivi des études de direction et du contrôle des produits de tous les travaux géographiques, juridiques et cartographiques.
Malgré un personnel et des moyens limités, elle compte aujourd’hui à son actif des réalisations importantes depuis 2022 en parvenant à réaliser un réseau géodésique de premier ordre avec l’édification de 5 stations permanentes à Nouakchott, au niveau du port de Tanit, à Rosso, à Nouadhibou et Aleg.
Cela a permis de réaliser une cartographie de base au Nord du pays, des cartes au 1/50000 avec une précision beaucoup plus importante que celle des cartes au 1/200.000 qui existaient jusque-là.
Pour faire le point sur la mission, les activités et les réalisations de cette direction, le magazine mensuel Horizons a rencontré Mr Ahmed Ould Diah directeur de la DCIG. Entretien :
Quelle est la mission dévolue à la Direction de la cartographie et de l’Information Géographique (DCIG)
Conformément au décret N° 062/2022/PM/MHUAT fixant les attributions du ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de l’Aménagement du Territoire et l’organisation des attributions de l’administration centrale de son département, la Direction de la Cartographie et de l’information Géographique est chargée, sous l’autorité du Ministre de :
- La réalisation et du suivi des études, de l’exécution, du contrôle des produits des travaux géographiques, géodésiques et cartographiques sur l’ensemble du territoire national.
- L’archivage et la diffusion des produits cartographiques, photographies aériennes et images satellitaires ;
- La gestion des réseaux géodésiques et de nivellement ;
- délimitation des frontières ;
- La production et la diffusion d’une cartographie nationale de base ;
- L’élaboration, la mise à jour et la diffusion des bases de données géographiques ;
- La réalisation de systèmes d’information géographique ;
- L’élaboration d’une base de données toponymique en relation avec les départements concernés.
La (DCIG) est dirigée par un Directeur assisté d’un Directeur Adjoint et comprend deux services :
• Le Service de l’Information géographique qui comprend deux divisions :
- La division des interfaces géographiques ;
- La seconde division développement des systèmes ;
• Le service de la cartographie et des levés terrestres ;
- Division de la géodésie et de la photogrammétrie ;
- Division des limites et frontières.
Comment la cartographie peut-elle contribuer à la gestion foncière et au développement durable de nos villes ?
La cartographie joue un rôle central dans la gestion foncière et le développement durable des villes, notamment grâce aux outils modernes qui constituent le référentiel cartographique comme les systèmes d’information géographique (SIG) et l’imagerie satellitaire, imagerie aérienne.
Ce référentiel cartographique contribue concrètement à ces enjeux :
1. Gestation Foncière et Cadastrale
- Sécurisation foncière : Les infrastructures des données Géospatiales (référentiel cartographique ou référentiel géodésique) permettent de délimiter précisément les parcelles (cadastre), de suivre l’historique des terrains et d’enregistrer les droits de propriété, réduisant ainsi les conflits fonciers.
- Identification des gisements fonciers : Ces infrastructures des données Géospatiales (référentiel cartographique ou référentiel géodésique) aident à repérer les terrains vacants, les friches industrielles ou les sous-utilisés pour les réhabiliter, limitant ainsi l’étalement urbain.
- Planification et urbanisme : Ils servent de base à l’élaboration des documents d’urbanisme (PLU, SCoT) et à la planification des infrastructures
2. Développement Urbain Durable
- Lutte contre l’étalement urbain : En cartographiant l’utilisation des sols, les villes peuvent mieux densifier les zones existantes et protéger les espaces naturels ou agricoles.
- Gestion des risques naturels : La cartographie des zones inondables, de glissements de terrain ou de feux de forêt permet d’anticiper les risques et d’adapter les constructions.
- Mobilité durable : Les cartes permettent d’optimiser les réseaux de transports en commun, de planifier les pistes cyclables et de réduire les déplacements polluants.
- Gestion des ressources : Les infrastructures des données Géospatiales (référentiel cartographique ou référentiel géodésique) permettent le positionnement la location, le positionnement et le suivi des réseaux d’eau, d’énergie et la gestion des déchets.
Pour conclure, la cartographie facilite la gestion foncière transparente. Elle permet de clarifier la propriété des terrains, de limiter les conflits fonciers et de sécuriser les droits des habitants. Un cadastre bien cartographié rend les transactions plus fiables et réduit les litiges.
Au niveau du ministère est-ce que la cartographie est prise en compte dans la planification et l’aménagement des villes ?
Oui dans les normes, la cartographie est fondamentale et systématiquement prise en compte dans la planification et l’aménagement des villes. Elle constitue la base technique et visuelle permettant de comprendre, analyser et structurer le territoire.
Elle intervient comme :
- Outil de diagnostic et d’analyse : Avant tout projet, la cartographie permet de visualiser les contraintes (relief, risques naturels, réseaux souterrains) et d’analyser l’occupation des sols, les flux de circulation et la densité des bâtiments.
- Support des documents réglementaires : Les plans d’urbanisme, comme le Plan Local d’Urbanisme (PLU) ou les schémas d’aménagement, sont essentiellement des documents cartographiques. Ils délimitent les zones constructibles, les espaces verts et les infrastructures.
- Modélisation et simulation (SIG et 3D) : Les Systèmes d’Information Géographique (SIG) et la cartographie 3D permettent de simuler l’impact de nouveaux aménagements, d’optimiser l’implantation d’infrastructures et de gérer les réseaux.
- Aide à la décision : Elle aide les décideurs à prendre des décisions éclairées pour un développement urbain durable, par exemple en identifiant les zones de chaleur ou en planifiant la proximité des commerces.
Qu’en est-il pour la cartographie des zones à risques pour la prévention et la gestion des catastrophes. Qu’est ce qui est prévu à ce niveau ? Et la protection de l’environnement ? Est-elle prise en compte afin de concilier le développement de l’habitat avec la préservation des écosystèmes et de la biodiversité ?
Dans une carte topographique toutes les contraintes (relief, risques naturels, réseaux souterrains) sont cartographiées et une base de données fiable est établie. Ces informations permettront aux autorités et spécialistes de prendre des décisions éclairées pour un développement urbain durable.
On peut citer certains aspects clés de la cartographie des risques dans ce domaine :
1. Objectifs de la cartographie des risques
- Prévention et atténuation : Identifier les zones dangereuses pour limiter l’installation de nouvelles infrastructures et planifier l’aménagement du territoire en conséquence.
- Gestion de crise : Faciliter la localisation des zones à risque, anticiper les inondations (par exemple, via la cartographie 3D) et visualiser les points de vulnérabilité.
- Information et sensibilisation : Informer les citoyens et les décideurs via des outils visuels (cartes de prévision des dommages, sites d’évacuation).
2. Usage dans la gestion des catastrophes (avant, pendant, après)
- Avant (Prévention) : Les cartes permettent de réglementer l’urbanisme (ex: Plans de Prévention des Risques – PPR).
- Pendant (Crise) : Elles servent à identifier les itinéraires d’évacuation et les sites d’accueil.
- Après (Retour d’expérience) : Elles aident à analyser les dégâts en croisant les zones inondées avec les indemnités de catastrophe naturelle, ajustant ainsi les futures mesures de prévention.
3. Des exemples de cartes sont illustrés dans ce domaine :
- carte topo de NKTT à 1/ 10 000 iéme
- carte à 1/ 50 000 iéme et 1/ 200 000 iéme
En ce qui concerne l’aspect environnemental, la cartographie moderne intègre la dimension de l’environnement pour concilier le développement de l’habitat avec la préservation des écosystèmes et de la biodiversité
En résumé, La cartographie des zones à risques est un outil fondamental de la gestion des catastrophes, permettant de visualiser, d’analyser et de hiérarchiser les menaces (naturelles ou technologiques) pour protéger les personnes et les biens. Elle combine l’analyse des aléas (historique, intensité) avec la vulnérabilité du territoire.
Quelle place occupe la cartographie dans la prise de décision pour la validation des projets d’aménagements ?
Les données géospatiales qu’ils s’agissent du référentiel Géodésique (réseau géodésique, réseau de nivellement et réseau de gravimétrie), ou de référentiel cartographique (de cartographie aérienne, d’imagerie satellitaire, ou de systèmes d’information géographique (SIG)), elles constituent un socle essentiel pour la prise de décision éclairée. Leurs intégrations dans les politiques publiques permettent d’améliorer significativement la planification, le suivi et l’évaluation des actions de l’État.
Par exemple :
1. Sécurité et stabilité territoriale
Les infrastructures géospatiales jouent un rôle clé dans la prévention et la gestion des crises sécuritaires. Elles permettent une surveillance précise des territoires, facilitent la détection des mouvements suspects et renforcent les capacités de réponse rapide des forces de sécurité. Dans les zones sensibles, elles contribuent à une meilleure anticipation des risques et à une coordination efficace des interventions.
2. Démarcation et gestion des frontières
La délimitation claire et consensuelle des frontières est un enjeu majeur pour la paix et la coopération entre États. Les outils géospatiaux offrent des solutions fiables et transparentes pour la cartographie et la matérialisation des frontières. Ils permettent également de réduire les conflits liés aux ambiguïtés territoriales et de soutenir les processus diplomatiques par des données objectives et vérifiables.
3. Gouvernance et transparence
Une gouvernance moderne repose sur l’accès à une information fiable et partagée. Les infrastructures géospatiales favorisent la transparence en rendant les données accessibles aux institutions, aux partenaires et aux citoyens. Elles soutiennent la décentralisation en permettant aux collectivités locales de mieux planifier l’utilisation des ressources et d’améliorer la prestation des services publics.
4. Planification et projets de développement
Qu’il s’agisse d’infrastructures routières, de gestion urbaine, de gestion foncière, d’agriculture ou de gestion des ressources naturelles, les données géospatiales sont indispensables. Elles permettent d’optimiser l’allocation des ressources, d’identifier les zones prioritaires et d’assurer un développement harmonieux et durable. Elles contribuent également à la résilience face aux changements climatiques en facilitant la gestion des risques environnementaux.
Quelles sont vos recommandations, pour une meilleure intégration de la cartographie dans le développement du pays ?
Afin de tirer pleinement parti des infrastructures géospatiales, je propose de:
– Mettre en place des politiques nationales de gestion et de partage des données géospatiales ;
– Coordonner entre les structures concernées ;
– Renforcer les capacités techniques et humaines dans ce domaine ; –
– Promouvoir la collaboration interinstitutionnelle et régionale ;
– Investir dans des technologies modernes et des systèmes interopérables ;
– Garantir un cadre juridique adapté pour la protection et l’utilisation des données.
En conclusion, les infrastructures géospatiales ne sont plus un luxe technologique, mais une nécessité stratégique. Elles constituent un pilier fondamental pour assurer la sécurité, renforcer la souveraineté territoriale, améliorer la gouvernance et accélérer le développement économique et social.
Propos recueillis Par Bakari Gueye
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ENCADRE
Projets réalisés par la DCIG
Au cours de la période 2022- 2025, la direction a réalisé les actions suivantes :
I – volet infrastructures Géodésiques
Au cours de cette période la DCIG a exécuté les actions suivantes :
a) Réseau spatial
– Cinq (5) Stations permanentes GNSS CORS (Nouakchott, Port Tanit, NDB, Rosso et Aleg) sur seize (16) Stations prévues sur l’ensemble du pays.
b) Réseau physique
– Réseau Géodésique de 1er ordre composé de 72 bornes réparties sur l’ensemble du pays ;
– Réobservassions et réhabilitation du réseau de triangulation de Nouakchott.
II- volet infrastructures Nivellements
a) Réseau de Nivellement de 1er ordre
– Installation d’un Marégraphe ;
– Élaboration des tdrs pour la réalisation de ce réseau de nivellement de1er ordre sur 300 km environ sur les axes (Nouakchott- Chami, Nouakchott -Akjoujt, Nouakchott-Rosso- Barrage de Manantali et Nouakchott- Aleg) ;
– Elaboration de cahiers charges pour la pose et la confection de bornes de nivellement sur l’axe Nouakchott- Chami et l’axe Nouakchott-Rosso- Barrage de Manantali.
III – volet Cartographie
– Élaborations de plusieurs TDRS (projet de cartographie, PNG, ING et géoportail ;
– Lancement des Études de ces projets,
– Résultats des études : projet de Plan National de Géomatique (PNG), un projet Institut National Géographique (ING), cartographie à moyen échelle, mise en place d’un géoportail, …)
IV. Projets en cours
1 – volet infrastructures Géodésiques et de nivellement
– La pose et la confection de bornes de nivellement sur l’axe Noukchott- Chami et l’axe Nouakchott-Rosso- Barrage de Manantali est programmée dans le plan action annuel (PAA) au niveau de la commission Ad hoc.
2 – volet Cartographie
– Pour la mise en œuvre de ces deux projets (PNG et ING) dont les communications sont en cours ;
– Projet de cartographie au 50000ème en cours de réalisation pour une superficie de 62000km2 qui couvre une partie des régions de l’Inchiri, Adrar et Tiris Zemmour.
Ce projet sera terminé avant la fin de l’année en cours ;
– Projet de la mise en place d’un Géoportail dont le contrat a reçu l’approbation de Commission de Passation des Marchés Publics (CPMP) et dont la procédure est en cours ;
– Matérialisation des limites territoriales conformément à la réglementation en vigueur (traçage fidèle sur la carte des limites territoriales sur la base des textes législatifs et réglementaires en vigueur).
V. Projets programmés
1-Volet infrastructures Géodésiques et de nivellement
Quatre (4) Stations permanentes GNSS CORS et achat d’équipements sont programmés et dont l’exécution nécessite une convention d’entente entre notre Département et celui de la Défense Nationale.
2-Volet Cartographie
– Réalisation d’une cartographie de base à l’échelle 1/ 50000ème sur une partie du territoire national façade maritime (régions Nouakchott et Nouadhibou) et la partie ouest des régions de (Inchiri, Adrar et Tiris Zemmour)
– Mise ajour de la carte topographique de Nouakchott (échelle 1/10000ème).
VI-Coopération nationale et internationale
1) Coopération nationale :
a) Les projets déjà réalisés dans les domaines des infrastructures géodésiques et cartographiques ont été exécutés dans le cadre d’une convention cadre signée en 2018 entre le Ministère de la Défense Nationale et le Ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et de l’Aménagement du Territoire ;
b) Convention entre notre Département et l’université de Nouakchott ;
c) La DCIG est membre de la commission nationale de la gestion des frontières (Mauritanie-Sénégal, Mauritanie-Mali et Mauritanie- Algérie).
2) Coopération internationale :
a) Une convention avec la France dans le domaine de la cartographie qui n’a jamais été mise en œuvre ;
b) Organismes régionaux et internationaux spécialisés : absence de présence de la DCIG.
VII. Contraintes
– Manque de coordination entre les différents intervenants du secteur : défaut d’harmonisation dans l’information géographique ;
– Insuffisances des moyens humain et ainsi que des équipements et un local adéquat et adapté.
VIII.Perspectives
– Développer une coopération sous régionale et internationale ainsi qu’avec les organismes internationaux spécialisés ;
– Redynamiser la présence au niveau des rencontres avec les Organismes régionaux et internationaux spécialisés ;
– Renforcer la coordination intersectorielle,
– Prendre des dispositions réglementaires pour le respect des normes et les règles de l’art pour l’utilisation des données géo spatiales ;
– Créer un Institut National de Géographie.
IX. Conclusion et Propositions
Pour permettre à la Direction de respecter son programme, il est nécessaire de mettre en place rapidement une convention d’entente entre les deux Départements (MDN et le MHUAT).
Prendre les dispositions réglementaires nécessaires pour l’approbation des projets de textes portant création d’un Institut National de Géographie et l’adoption du PNG.
La cartographie, la géodésie, la gestion des systèmes d’information géographique (SIG), et l’analyse spatiale sont aujourd’hui des outils indispensables à la planification urbaine, à la sécurité, à la gestion des ressources naturelles, à l’environnement, aux infrastructures et à la prévention des risques.
Malgré les besoins croissants, notre pays ne dispose pas d’une institution nationale dédiée à la production, la gestion et la diffusion de l’information géographique de référence.
C’est ainsi que la création d’un Institut National de Géographie s’impose dans un contexte marqué par l’accélération des dynamiques de développement, la gestion efficace de l’espace national et l’accès à des données géographiques fiables qui sont devenus des enjeux stratégiques.
Le Plan National de la Géomatique (PNG) est un programme stratégique pour structurer et développer l’utilisation des données et des outils géomatiques sur leur territoire.
L’objectif principal d’un PNG est généralement :
• Améliorer la gestion de l’espace territorial et la prise de décision grâce à l’information géographique.
.Mettre en place une Infrastructure Nationale de Données Géographiques (INDG) pour collecter, gérer, diffuser et pérenniser les données géographiques de référence et sectorielles.
• Renforcer les capacités (formation et expertise) des acteurs nationaux dans le domaine de la géomatique.
• Assurer la coordination et le pilotage de la production et de l’utilisation de l’information géographique entre les différentes entités publiques et privées.
Exemples
Ces plans s’articulent souvent autour de plusieurs axes :
• Pilotage et coordination du secteur.
• Mise en place d’un référentiel géographique national.
• Diffusion et catalogage de l’information géographique
• Réalisation de projets sectoriels pilotes (aménagement du territoire, agriculture, gestion de l’eau, prévention des risques, etc.).
• Formation et acquisition de compétences.
• Communication et accompagnement du changement.
En résumé, le Plan National de la Géomatique est un levier de la bonne gouvernance économique et sociale visant à une meilleure connaissance et maîtrise du patrimoine national géo-référencé.
Ahmed Ould Diah
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