Faty Ba, symbole d’une violence insoutenable et d’un cri d’alarme national

À Nouakchott, l’aube de samedi s’est levée sur une scène que nul regard ne devrait affronter. Dans le quartier de Dar Naïm, le corps de Faty Hamadou Ba gisait, abandonné, meurtri.

Elle était mère. Trois enfants. Une vie ordinaire, fragile, tenue debout entre travail et espoir. En quelques heures, tout s’est effondré.

Selon les premières confidences de la famille, Faty avait quitté son domicile vendredi soir, pour prendre part à une célébration de mariage.

Au matin, son corps sera retrouvé inerte; portant les marques d’une violence insoutenable : strangulation, coups, visage brisé, crâne fracassé. Une brutalité qui dépasse l’entendement.

Près d’une mosquée, lieu de recueillement et de paix, le drame prend une dimension encore plus vertigineuse. Comme si l’horreur avait choisi, délibérément, de défier toute humanité.Très vite, la nouvelle s’est propagée, traversant les rues sablonneuses, envahissant les foyers, s’imposant sur les écrans. L’indignation monte, sourde, brûlante. Les voix s’élèvent, mais elles tremblent d’une question lancinante : combien encore ?

Au-delà du crime, c’est une faille béante qui apparaît. Une blessure ancienne, jamais refermée. Celle de l’insécurité des femmes, de leur vulnérabilité dans l’espace public comme dans l’intime.L’Observatoire National des Droits de la Femme et de la Fille a annoncé l’ouverture d’un suivi de l’enquête.

Les autorités attendent les conclusions médico-légales, tandis que plane déjà l’ombre d’un viol précédant le meurtre. Mais pour beaucoup, l’essentiel est ailleurs : dans ce sentiment d’abandon qui s’installe, dans cette peur qui devient quotidienne.

Et au cœur de cette tragédie, une question politique ressurgit, implacable : celle de la loi Karama. Ce texte, destiné à protéger les femmes contre les violences, reste bloqué, suspendu, comme figé dans les contradictions d’une société. Pendant ce temps, les drames, eux, avancent.Faty Hamadou Ba n’est plus.

Mais son nom, désormais, résonne comme un cri. Un cri qui traverse Mauritania tout entière. Un cri qui demande justice. Et, plus encore, un sursaut.

Oumar elhaj Thiam

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