Niébé en Mauritanie : enjeux nutritionnels et sociaux d’une légumineuse clé en Afrique

Par Ousmane Hamed Doukouré

Longtemps considérées comme des cultures secondaires, les légumineuses — haricot, niébé, pois d’Angole ou soja — occupent aujourd’hui une place centrale dans les stratégies de sécurité alimentaire. En Mauritanie, le niébé, également appelé haricot à œil noir, s’impose comme une ressource essentielle, à la croisée des enjeux nutritionnels, sociaux et agricoles.

Un levier nutritionnel face aux carences alimentaires

Dans un contexte marqué par la persistance de l’insécurité alimentaire, le niébé constitue une réponse accessible et efficace aux besoins nutritionnels des populations, notamment les plus vulnérables.
Riche en protéines, en fer et en vitamines, il contribue à la prévention de nombreuses carences, en particulier l’anémie chez les femmes enceintes et les enfants. Sa consommation régulière permet de compenser, en partie, l’insuffisance d’accès aux protéines d’origine animale.
Batouly Gaye, femme au foyer, témoigne :
« À chaque grossesse, lorsque je souffrais d’anémie, les sages-femmes me conseillaient de consommer régulièrement du niébé. Cela m’a beaucoup aidée à retrouver des forces et à améliorer ma santé. »
Ce témoignage illustre une réalité largement partagée, où les pratiques alimentaires traditionnelles rejoignent les recommandations des professionnels de santé.
Selon Selly, nutritionniste :
« Les légumineuses, et particulièrement le niébé, sont essentielles dans notre alimentation. Elles apportent des protéines de qualité, du fer et des fibres. Dans un contexte où l’accès aux protéines animales reste limité pour certaines populations, le niébé représente une alternative fiable et économique. »
Au-delà de la lutte contre les carences, sa richesse en fibres et sa faible teneur en matières grasses en font également un allié dans la prévention des maladies liées à une alimentation déséquilibrée.
Un marqueur social et culturel ancré
Le niébé ne se limite pas à ses apports nutritionnels. Il occupe également une place importante dans les dynamiques sociales et culturelles en Mauritanie.
Il est notamment associé aux pratiques de cousinage à plaisanterie, où l’expression « mangeur de niébé » est utilisée de manière affectueuse pour taquiner un proche. Ce type d’interaction contribue à renforcer les liens sociaux, à apaiser les tensions et à entretenir une convivialité au sein des communautés.
Ainsi, le niébé s’inscrit dans un registre symbolique fort, en tant que vecteur de cohésion sociale et d’identité collective.
Un atout agricole et environnemental stratégique
Sur le plan agricole, le niébé présente des avantages significatifs dans un contexte de changement climatique et de pression sur les ressources naturelles.
Sa capacité à fixer l’azote atmosphérique contribue à améliorer la fertilité des sols, réduisant ainsi le recours aux engrais chimiques. Cette caractéristique en fait une culture particulièrement adaptée aux systèmes agricoles durables, notamment dans les zones arides et semi-arides de la Mauritanie.
Par ailleurs, sa résilience face aux conditions climatiques difficiles renforce son rôle dans les stratégies d’adaptation des agriculteurs.
Vers une meilleure valorisation de la filière
Malgré ses multiples atouts, le potentiel du niébé reste encore sous-exploité. Les défis liés à la transformation, à la commercialisation et à la structuration de la filière limitent son impact économique.
Les experts appellent ainsi à renforcer les investissements dans la recherche agronomique, la valorisation des produits dérivés et la promotion de sa consommation. L’objectif est de faire du niébé un véritable levier de développement durable, capable de répondre simultanément aux enjeux alimentaires, économiques et environnementaux.

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