Lors de la cérémonie d’ouverture de la 39e session ordinaire de l’Assemblée de l’Union africaine (UA), organisée le 14 février au siège de l’UA à Addis-Abeba, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a qualifié l’Union africaine de « bastion du multilatéralisme » dans « un monde en proie aux divisions et à la méfiance ».
Alors que 2026 marque la dernière année de M. Guterres à la tête de l’Organisation – son second mandat s’étendant du 1er janvier 2022 au 31 décembre 2026 – il a réaffirmé que l’Afrique restera au centre de l’action des Nations Unies « jusqu’à la fin de [son] mandat », et au-delà.
Eau et assainissement : une priorité de l’UA, directement liée au Sénégal
Les dirigeants ont ouvert le Sommet autour du thème 2026 de l’UA portant sur la disponibilité durable de l’eau et l’assainissement sûr, présentant la sécurité hydrique à la fois comme une priorité de développement et un facteur de stabilité.
Dans son allocution, le Président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a mis en avant le rôle stratégique et fédérateur de l’eau – la décrivant comme « une dotation vitale » pour les populations et les économies, « un bien collectif » et « une source de paix et de rapprochement entre les nations ».
Le thème résonne aussi directement avec les préparatifs du Sénégal pour la Conférence des Nations Unies sur l’eau de 2026, que le Sénégal coorganisera avec les Émirats arabes unis du 2 au 4 décembre 2026 aux Émirats arabes unis.
« L’Afrique doit avoir voix au chapitre » : réforme, justice et multilatéralisme
M. Guterres a rappelé l’ampleur de la coopération ONU–UA au cours de la dernière décennie – des cadres communs sur la paix et la sécurité, le développement durable et les droits humains, à la collaboration durant la COVID-19 – et a évoqué les efforts récents visant à renforcer un appui prévisible aux opérations de soutien à la paix menées par l’Union africaine.

Il a renouvelé son appel à des réformes donnant à l’Afrique toute sa place dans la prise de décision mondiale, déclarant : « L’absence de sièges permanents pour l’Afrique au Conseil est indéfendable. Nous sommes en 2026, pas en 1946. » Et d’ajouter : « À chaque fois qu’il est question de l’Afrique et du monde, il faut que l’Afrique ait voix au chapitre. »
Rattachant la question des réformes aux exigences plus larges de justice, il a dit soutenir le leadership de l’Afrique pour affronter « les séquelles laissées par l’esclavage et le colonialisme », notamment en répondant aux appels à la mise en place de cadres de justice réparatrice.
Paix et sécurité : crises multiples et appel à une action coordonnée au Sahel
Sur le volet paix, le Secrétaire général a plaidé pour une relance des efforts face aux crises sur le continent – notamment au Soudan, au Soudan du Sud, en République démocratique du Congo, en Libye et en Somalie – et a insisté sur la nécessité d’un soutien durable et prévisible aux opérations de paix de l’UA.
Il a également mis l’accent sur l’Afrique de l’Ouest et le Sahel : « Dans toute l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, il est essentiel de mener des efforts coordonnés pour mettre fin aux cycles de violence, au terrorisme et aux déplacements. »
Finance équitable et climat : combler les écarts et protéger les plus exposés
M. Guterres a averti que les pays en développement font face à « un déficit de financement vertigineux des Objectifs de développement durable de quatre mille milliards de dollars par an », tandis que l’Afrique perd davantage en service de la dette et en flux financiers illicites qu’elle ne reçoit d’aide, et qu’elle supporte des coûts d’emprunt bien plus élevés.
Il a appelé à tripler la capacité de prêt des banques multilatérales de développement et à réformer l’architecture financière internationale afin que les pays en développement – en particulier les pays africains – disposent d’une voix et d’une participation réelles dans les décisions.
Sur le climat, il a rappelé : « Les pays du G20 sont à l’origine de presque 80 % des émissions mondiales », soulignant que des réductions majeures doivent être réalisées au cours de cette décennie. Il a aussi mis en avant l’opportunité considérable du continent – « l’Afrique, qui concentre 60 % du potentiel solaire mondial » – tout en notant que l’Afrique ne reçoit qu’une faible part des investissements mondiaux dans les énergies propres.
La cérémonie d’ouverture a également marqué la passation officielle de la présidence de l’Union africaine, du Président João Lourenço (Angola) au Président Évariste Ndayishimiye (Burundi), qui assume la fonction pour 2026.
« Ce n’est pas un adieu » : « Africa Sempre »
Pour conclure, M. Guterres a rejeté l’idée que sa présence soit un au revoir : « Certains ont décrit ma présence ici comme un adieu. C’est faux. »

Il a assuré que « jusqu’à la fin de [son] mandat, l’Afrique sera la priorité numéro un de l’ONU », avant de terminer sur un message de solidarité durable : « Africa Sempre. »
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