Ils sont dans les associations, les organisations non gouvernementales. Ils sont au cœur de la souffrance du peuple, à son chevet ; au fin fond de la  Mauritanie. Ces militants de l’ombre ne se la racontent pas. Ils ne s’érigent pas en héros prématurés, ils ne sont pas obsédés par le pouvoir. Ils sont pragmatiques.

Ce ne sont pas des militants du « visa de l’exil », et autres « privilèges internationaux » ; ni des militants de la traîtrise prêts à sauter sur le moindre gâteau offert par ceux qu’ils qualifient de tyrans, d’oppresseurs. Ce sont des militants, des vrais. Des militants de l’ombre. Ceux de l’action concrète pour un changement véritable. Leur slogan : « à chaque problème, une solution concrète ou intermédiaire » ; pas le temps du dialogue ; du déchirement verbal  interminables. Le peuple qui souffre, qui agonise n’à point le temps.

Militer sans terrorisme intellectuel

Parler de ces militants-là, c’est l’occasion d’évoquer la conception du militantisme en Mauritanie aujourd’hui. Qu’est-ce que militer ? Qu’est-ce qu’un militant ?

Militer n’est pas colère. Un militant n’est pas un « terroriste intellectuel » qui veut que tout le monde pense comme lui, voie comme lui et dise comme lui. Militer n’est pas « problème », c’est « solution ».

La conscience collective de l’engagement en Mauritanie, est violée chaque jour par une seule conception du militantisme : celle de la colère, des problèmes ; du chacun ses problèmes mais jamais de solutions.

On se focalise sur celui qui blesse et non sur le blessé ; on se focalise sur comment lui faire payer et non sur le comment soigner, soulager le blessé. Et même pour soigner le blessé, chacun veut appliquer son médicament à la blessure, alors qu’un seul médicament peut suffire. Avec un blessé à terre, presque à  l’état d’agonie, au lieu de chercher à appeler l’ambulance, ils choisissent de « courir »  après l’agresseur qui est déjà à des milliers de kilomètres d’eux. Un peuple qui a faim et on le fait marcher, il ne peut pas tenir longtemps; un peuple qui a la santé fragile et on créée les conditions de son matraquage ; il risque la mort ou des remords.

Le peuple souffre, quotidiennement des maux concrets qui exigent des solutions concrètes de la part de tous les fils de la patrie.

 

Militantisme social…

À travers ce texte, j’aimerais faire la promotion d’une autre forme de militantisme qui n’est pas du tout visible mais qui a beaucoup plus d’impacts que le militantisme verbal ; que le militantisme des marches interminables par an ; que le militantisme de la rue.

Ce militantisme là ; c’est le militantisme social ; c’est être au cœur des solutions aux problèmes du peuple de Mauritanie et non être simplement des stimulants des problèmes en Mauritanie.

Pointer du doigt des problèmes, ne doit pas être uniquement le cheval de bataille d’un militant. Or en Mauritanie, on se rend compte que beaucoup militent plus contre que pour une cause ; on milite contre des personnes, pour une communauté ; on milite pour le pouvoir mais on ne milite réellement pas pour le peuple, pour son bien-être, dans son ensemble, sa diversité. Cette forme de militantisme fait peur parce que tout laisse à croire qu’une fois l’objectif atteint, c’est un système semble qui sera reproduit.

Le peuple a soif et a faim, donnez-lui à manger et à boire ; on n’éduque pas le peuple ; créez les conditions d’une éducation minimale pour le peuple. C’est cela le militantisme réellement. Et ces « anges de l’ombre » l’ont compris ; ils ont compris que le peuple n’a plus le temps de beaux discours, il n’a plus l’énergie de faire des marches kilométriques.

Là où il n’y a pas d’eau courante, ils creusent des puits ; ils essaient de combler les failles de l’éducation nationale par du soutien scolaire ; c’est cela le militantisme réellement : solution concrète ou intermédiaire à un problème concret. C’est avec une telle démarche qu’on peut faire bouger les lignes en Mauritanie.

 

L’opposition en rang dispersé ; le militantisme autour des personnes et non sur des idéaux n’ont rien produit de bénéfique pour le peuple de Mauritanie. Des années durant, les mêmes revendications ; la même démarche ; les mêmes personnes: n’est-il pas temps de la remise en question ? N’est-il pas temps de liquider politiquement une certaine forme d’opposition, de militantisme ? L’heure du bilan…

 

 

 Cheikhna Mbouh Tandia

Juriste d’affaires