Dans le cadre des activités du Réseau Maghrébin contre la peine de mort une délégation dudit réseau séjourne à Nouakchott actuellement.
Accueillie par l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme (AMDH) la délégation a tenu hier matin une conférence de presse en présence de Me Fatimata Mbaye, présidente de l’AMDH.
La délégation est composée de Me Abderahim Jamai Coordinateur de la coalition marocaine contre la peine de mort et coordinateur du réseau des Avocats contre la peine de mort et Chokri Latif Président de la Coalition Tunisienne contre la peine de mort. Le représentant algérien qui a raté son vol n’a pas pu effectuer cette visite.
La peine de mort n’est pas une bonne solution
Au cours de la conférence de presse les responsables du réseau ont rappelé ses objectifs, à savoir l’abolition totale de la peine de mort dans les législations nationales, la commutation des peines des condamnés actuels et la sensibilisation, notamment auprès des parlementaires.

Le réseau affirme que la peine de mort n’est pas une solution à la criminalité et s’oppose à son utilisation.
Parmi les objectifs de cette mission il y aura les échanges autour du cas mauritanien, vu que le terrain mauritanien soulève beaucoup de contraintes qu’ils soient d’ordre culturel ou religieux par rapport au débat sur cette thématique.
Ainsi, selon Mohamed chargé de projet à l’AMDH, « l’objectif est de profiter de l’expérience de nos voisins qui sont en avance par rapport à notre situation mais aussi de partager des expériences qui peuvent être utiles pour la Mauritanie. »
Parce qu’il y a des raisons diverses qui poussent à abolir la peine de morte actuellement même si on est dans une situation de moratoire mais on tend vers cette abolition.
Selon Me Abderahim Jamai, la presse est un outil essentiel et primordial pour sensibiliser l’opinion publique sur l’importance de cette thématique qui concerne tous les peuples et surtout dans ces moments historiques où nous voyons les guerres de destruction au Soudan au Nigéria, en Iran….
Selon l’avocat marocain, les études sur l’impact de la peine de mort même aux États-Unis nous ont permis de voir qu’elle n’est pas dissuasive et que ce n’est pas une solution.
Les erreurs judiciaires sont fréquents, affirme-t-il, ajoutant que quelquefois on trouve aux États-Unis que des gens qui ont passé 30 ans 40 ans et après leur libération il se trouve qu’ils ont été condamnés abusivement et que la réalité est tout autre.

Et le monde entier partage des valeurs qui vont dans le sens de protéger tous les droits y compris le droits à la vie qu’on doit éviter de bafouer, note-t-il.
Il a rappelé que le Maroc avait arrêté les exécutions depuis 1993, presque 30 ans de moratoire de fait.
Par ailleurs, ces dernières années, il y a eu un changement dans le texte de la procédure pénale qui prévoit qu’aucun jugement de peine de mort ne sera prononcée sauf s’il y a une unanimité des magistrats.
Il s’agit là poursuit-il d’une transformation en profondeur, c’est à dire d’une certaine protection, pas d’une protection à 100% mais une protection à des sentences à des jugements de par la conviction de plusieurs personnes.
Le Maroc n’a pas voté le moratoire depuis 2007 et nous avons plaidé pour cela.
Nous avons demandé que le Maroc se mette à se ranger au rang des pays qui ont voté le moratoire comme la Tunisie qui a voté depuis les années comme l’Algérie aussi.
Le Maroc tient à garder la peine de mort comme l’une des peines de haut niveau dans son arsenal pénal.
Le Maroc a déjà eu à exécuter des peines de mort dans les années 60 70 jusqu’à 1993.
Mais maintenant il y a un courant qui va dans le sens d’arrêter les exécutions.
Nous avons si réseaux contre la peine de mort. Aujourd’hui, au Maroc, il y a plusieurs réseaux contre la peine de mort.
Entre autres, le réseau des parlementaires contre la peine de mort, ceux des avocats, des journalistes, des médecins, des enseignants et des entrepreneurs.
Aujourd’hui au Maroc il y a presque 58 personnes condamné à mort. Il y avait 2 femmes dont la dernière a été graciée l’année dernière.
Notre seul but déclare Me Abderahim Jamai c’est de protéger le droit à la vie comme le droit à la liberté d’opinion, le droit à l’égalité entre hommes et femmes, ce sont des droits qui sont un tout.
C’est pour cela que nous avons comme référentiel le droit humain international.
Mr Chokri Latif a rappelé à l’entame de son intervention que le réseau maghrébin contre la peine de mort a été lancé le 20 décembre 2019, à Tunis, en marge de la Conférence sur les stratégies pour aller vers l’abolition de la peine de mort organisée par la Coalition tunisienne contre la peine de mort (CTCPM) et ECPM (Ensemble contre la peine de mort).
Des représentants de la Ligue Algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH), de la Coalition marocaine contre la peine de mort (CMCPM), de l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme (AMDH) et de la Coalition Tunisienne contre la peine de mort (CTCPM), ont officiellement lancé le Réseau maghrébin contre la peine de mort, en partenariat avec ECPM (Ensemble contre la peine de mort.
Ses membres affirme-t-il essaient d’harmoniser leurs actions et leur plaidoyer auprès des décideurs politiques et de la société civile dans leurs pays respectifs.
Pour lui il est impératif de respecter les droits politiques, les droits économiques, les droits sociaux des individus et garantir aux associations le droit de participation à la vie politique et associative.
En effet, poursuit-il, si on viole ce droit, tous les autres droits sont anéantis ; et d’ajouter que la peine de mort est injuste parce qu’elle cible dans plusieurs cas des innocents et si elle est irrévocable.
Cette peine assure Mr Chokri est un outil utilisé par les puissances coloniales dans nos pays pour asservir.
Ainsi, soutient-il, aux États-Unis la première cible des exécutions sont les afro-américains et les immigrés latino tandis que les blancs aux États-Unis sont une infime partie par rapport à la majorité des gens qui sont condamnés à mort et exécutés.
Donc, justifie Mr Chokri, c’est pour tout cela que nous luttons contre la peine de mort.
Il a rappelé que la Tunisie a arrêté les exécutions depuis 1991 et depuis 2012 après la chute du président Ben Ali, elle a commencé à voter pour le moratoire universel sur les exécutions.
Le vote sur le moratoire se passe tous les 2 ans lors d’une assemblée générale des Nations Unies.
Ainsi, les pays du monde entier votent favorablement ou s’abstiennent au vote comme c’est le cas de la Mauritanie qui s’abstient régulièrement lors des votes de l’Assemblée générale des Nations Unies concernant le moratoire universel sur la peine de mort.
Le droit pénal mauritanien est influencé par la charia, et la législation a été durcie en 2018, rendant la peine de mort obligatoire pour les cas d’apostasie et de blasphème.
Des condamnations à mort sont régulièrement prononcées (plus de 150 personnes sous le coup d’une sentence à la fin 2024), notamment pour des actes de terrorisme, meurtre ou apostasie.
De nombreux condamnés sont détenus dans des conditions difficiles, notamment à la prison de Bir Moghreïn, une zone reculée.
Au cours de leurs interventions, les responsables du réseau ont vivement condamné la loi sur l’exécution des prisonniers palestiniens, la considérant comme contraire aux valeurs démocratiques et aux normes des droits de l’homme.

A noter enfin que l’un des objectifs de cette mission du réseau maghrébin contre la peine de mort c’est d’échanger avec les décideurs politiques mauritaniens pour les convaincre de la nécessité d’avoir une harmonie des positions des pays du Maghreb concernant au moins le vote en faveur de la résolution des Nations Unies qui va se passer au mois de décembre prochain.
Bakari Gueye
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