Par Oumar ElHadj Thiam
En Mauritanie, le mois sacré de Ramadan débute dans un climat de vive tension. Le fossé se creuse entre les autorités et l’organisation abolitionniste IRA (Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste). Au cœur de la discorde : une nouvelle affaire d’esclavage présumé et l’arrestation de plusieurs militants, dont des cadres du mouvement.
Le mouvement, dirigé par le député Biram Dah Abeid, dénonce une « répression systématique » après l’interpellation de six de ses membres ces dernières semaines. Ce nouveau bras de fer trouve son origine le 30 janvier dernier, lorsque l’organisation a révélé le cas de la jeune Nouha Mohamed, présentée comme victime présumée d’esclavage.
Depuis, le climat reste lourd à Nouakchott, et la situation semble dans l’impasse. L’IRA affirme que ses militants sont la cible de violences et d’interpellations lors de rassemblements pacifiques, notamment le 23 février 2026, jour de l’arrestation d’Abdoulaye Diop, chargé de la protection des droits humains au sein du mouvement.
Interrogé, Biram Dah Abeid ne cache pas sa colère. Il estime que les autorités préfèrent s’en prendre aux lanceurs d’alerte plutôt que de sanctionner ceux qui pratiqueraient encore l’esclavage.
De son côté, la justice mauritanienne défend une lecture différente. Elle explique que ces arrestations répondent à des impératifs de maintien de l’ordre public et de lutte contre la diffusion de « fausses informations ». Concernant le cas de Nouha Mohamed, le parquet assure qu’une enquête est en cours, tout en appelant le mouvement abolitionniste à ne pas interférer avec le travail des juges.
L’affaire a toutefois pris une dimension internationale avec l’implication de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH). Son président, El Bekaye Ould Abdel Malick, a confirmé le déploiement d’une mission d’enquête conjointe avec le Bureau du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. Dans ce cadre, une équipe mixte s’est rendue, mercredi 25 février, à la prison centrale pour rencontrer les détenus de l’IRA. Un rapport d’investigation est attendu à l’issue de cette mission.
Ce dossier illustre, une fois de plus, la difficulté du dialogue entre le gouvernement et les défenseurs des droits humains dans un pays qui fut le dernier au monde à abolir officiellement l’esclavage en 1981. Bien qu’une loi adoptée en 2015 qualifie désormais cette pratique de « crime contre l’humanité », passible de 20 ans de prison, des organisations internationales estiment que des milliers de personnes vivraient encore sous le joug de pratiques assimilées à l’esclavage.
Pour de nombreux acteurs de la société civile, le faible nombre de condamnations fermes demeure le principal obstacle à l’éradication définitive de ce fléau, tandis que les inquiétudes persistent quant au respect de la liberté d’expression en Mauritanie.
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